Mardi 19 mars 2019 | Dernière mise à jour 21:34

Berne Les «gilets jaunes» inquiètent les parlementaires suisses

A Berne, chacun a suivi à sa manière les émeutes spectaculaires de Paris. Olivier Français était même sur place au cœur des événements. Roger Golay craint, lui, l'engrenage.

Samedi dernier, devant l'Arc de Triomphe, les «gilets jaunes» ont montré leur efficacité en déjouant les dispositifs policiers jusqu'à l'Arc de Triomphe. Un défi que doit relever l'Etat français d'ici la fin de la semaine.

Samedi dernier, devant l'Arc de Triomphe, les «gilets jaunes» ont montré leur efficacité en déjouant les dispositifs policiers jusqu'à l'Arc de Triomphe. Un défi que doit relever l'Etat français d'ici la fin de la semaine. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Hasard du calendrier, le conseiller aux Etats Olivier Français (PLR/VD) était en visite à Paris ce week-end : «J'étais dans les quartiers où cela s'est passé. Les gens que j'ai vus avaient vraiment la volonté d'en découdre. Certains avaient des boules de pétanques comme projectile, d'autres ont trouvé des outils dans les chantiers en ville. Ce sont les gens des banlieues qui étaient là, pas les gens de la ville.»

Comme d'autres touristes pris dans le périmètre des événements, il ne peut qu'observer impuissant: «Vers la Concorde, on voyait des groupes partir d'un côté ou de l'autre et se disperser rapidement. Vers l'Hôtel de Ville, j'ai vu un groupe d'une dizaine de gilets jaunes se faire cerner par une quinzaine de policiers, des robocops. Finalement, les gilets jaunes cherchaient à toucher les symboles de la démocratie. Quand on voit le contenu des tags sur l'Arc de Triomphe, c'est vraiment inquiétant.»

«En Suisse, cela finirait en référendum»

Sur la cause première de cette crise – la hausse du prix de l'essence et la transition écologique – le Vaudois estime que Emmanuel Macron veut aller trop vite: «En Suisse, les mesures que nous mettons en place sont engagées depuis des années et notre projet évolue. Sur le fond, je pense que l'objectif de Macron est juste, mais sur la forme c'est trop précipité, il faut y aller par paliers. Chez nous, cela finirait en référendum, comme on l'a vu avec la vignette.»

De la guérilla urbaine

Ancien policier, le conseiller national Roger Golay (MCG/GE) a regardé les images des émeutes jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche: «La situation a rapidement tourné en guérilla urbaine avec des groupes très mobiles. C'est la difficulté de la police qui a des équipements lourds. On est ici au bord d'émeutes civiles, cela n'a plus rien à voir avec la gestion de hooligans ou de black block. Il y avait des casseurs certainement, mais aussi beaucoup de gens tout à fait ordinaires.»

Des gens qui n'ont rien à perdre

Pour la conseillère nationale Rebecca Ruiz, ces gens ordinaires sont à bout, d'où leur passage à la violence: «Ce sont des «woorkings poors», des gens qui travaillent et qui malgré tout n'arrivent pas à joindre les deux bouts, qui n'arrivent plus à payer leurs factures. Ils n'ont rien à perdre. Ces manifestations vont continuer si des mesures ne sont pas prises pour garantir la dignité des gens dans leur travail.»

«Dimanche matin, tout était propre ou presque, constate Olivier Français. Je me suis promené, on voyait encore les endroits où des voitures avaient brûlé ou des vitrines cassées, mais l'essentiel était remis en ordre. Les autorités de Paris ont réagi avec une réactivité adéquate pour les touristes et les habitants.» Est-ce qu'il pense que cela va recommencer samedi prochain? «Je n'en suis pas si sûr...»

Pessimiste pour samedi prochain

Roger Golay est plus pessimiste: «Ce qui est inquiétant dorénavant, c'est la quantité de personnes qui peuvent encore se mobiliser samedi prochain. Les forces de l'ordre risquent d'être dépassées à cause de la fatigue, l'épuisement, la lassitude. La fatigue des deux côtés ce n'est pas bon du tout.»

Pour Rebecca Ruiz, c'est l'inconnue: «Cette situation est subite et très préoccupante. Ce sont des revendications très différentes qui s'expriment dans cette rage. Il y a quelque chose qui ne va plus en France au niveau de la cohésion sociale. Le Gouvernement doit entendre la rue et prendre rapidement des mesures concrètes, sinon cela va dégénérer.»

Enfin, pour Benjamin Roduit (PDC/VS), cela doit servir d'exemple au Parlement lorsque l'on prend des mesures écologiques: «En France on voit que les gens sont touchés dans leur quotidien par ces taxes, simplement pour se rendre à leur travail. D'accord, il faut lutter contre le réchauffement climatique, mais il faut que les gens puissent encore vivre.»

C'est le fameux paradoxe entre ceux qui luttent contre la fin du monde et ceux qui luttent contre les fins de mois difficiles. Pour l'instant, tout le monde craint la fin de la semaine.

(Le Matin)

Créé: 04.12.2018, 07h12

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.