Mardi 20 août 2019 | Dernière mise à jour 13:23

Santé La guerre aux energy drinks

Un enfant de 11 ans boit trois fois plus de boissons énergisantes qu’il y a dix ans. Stéphane Montangero, député vaudois, interpelle le Conseil d’Etat.

Image: Darrin Vanselow

INTERVIEW DE L’EXPERT

Dr THIERRY FAVROD-COUNE Médecin-chef de clinique de l’unité des dépendances des Hôpitaux universitaires de Genève

● Les boissons énergisantes sont-elles dangereuses pour les enfants?

Le danger est potentiel, mais il ne faut pas diaboliser ces boissons. Dans des doses anormalement élevées, il y a un risque d’intoxication à la caféine. Sur un long terme, le surpoids lié au sucre est le problème principal. Puis il existe le risque d’en boire de manière compulsive. L’enfant développera une addiction non pas à la substance, mais plutôt à un comportement.

● Quels sont les symptômes physiques liés à une surconsommation?

A partir de plusieurs canettes par jour, des nausées, des palpitations cardiaques et de l’anxiété apparaissent. Elle a des effets sur le sommeil et, pour les enfants en pleine croissance, ça diminue l’absorption du calcium pour les os. C’est rare, mais on a relevé des cas d’épilepsie.

● Quels conseils donner aux parents?

En parler avec l’enfant. Ces boissons sont des stimulants, ils ne devraient pas être nécessaires dans l’hygiène
de vie d’un enfant. Là où la prudence est de mise, c’est avec l’alcool. Le cocktail caféine et alcool est très toxique et augmente les risques liés à l’alcool.

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Elles sont vendues à côté des bonbons, à la portée des plus jeunes. Les boissons énergisantes font désormais de plus en plus le bonheur des enfants de moins de 15 ans. Ainsi, deux études menées en Suisse montrent qu’un garçon de 11 ans en consomme trois fois plus qu’il y a dix ans, mais surtout en ingurgite plusieurs canettes par jour. «Une vraie bombe à retardement», s’inquiète Stéphane Montangero. Ce député vaudois est l’un des premiers politiciens à se soucier du danger de ces stimulants sur la santé de nos bambins. Une timide motion parlementaire en 2009 avait été balayée d’entrée de jeu car, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les entreprises respectent la consigne «Ne convient pas aux enfants». Un avertissement qui ne les empêche pourtant pas d’en boire. Surtout que, malgré des interdictions en Suède, des recommandations en Angleterre et mille overdoses aux Etats-Unis en un an, aucune étude n’a pu être réalisée de manière indépendante.

Au-dessus des lois

Bien que la loi soit fédérale, Stéphane Montangero, également secrétaire général de la Fourchette verte, s’insurge face aux marques d’energy drinks: «Ils se croient au-dessus des lois.» Ainsi, le député a tiqué quand la mention légale de ne pas mélanger le Red Bull avec l’alcool avait disparu pour les canettes vendues en territoire vaudois. «Au vu de la tendance à la consommation des enfants et des ados, je me suis alarmé. On sait que la caféine est un produit addictif. Dans une canette, il y a l’équivalent de deux cafés. On ne donne pas deux cafés à boire d’un coup à un enfant de 11 ans.» Et d’argumenter: «Comme pour le tabac, il y a un risque que ces jeunes deviennent prisonniers d’un produit.» Le député de gauche attend de pied ferme les réponses du Conseil d’Etat à ces questions: «Selon l’ordonnance du Département fédéral de l’intérieur, ces substances sont définies comme des aliments spéciaux, mais sait-on exactement ce qu’elles contiennent? Sont-elles dangereuses? J’aimerais qu’on prouve de manière indépendante l’innocuité de ces produits.»

Pour Addiction Suisse, une étude sur les réels dangers pour la santé de ces substances serait la bienvenue. «Un enfant de 11 ans qui consomme une à deux canettes par jour, forcément cela questionne, réagit Corinne Kibora, porte-parole d’Addiction Suisse. Depuis plusieurs années, on se préoccupe des boissons énergisantes, notamment en raison du mélange fréquent avec l’alcool. Ces boissons sont perçues comme un produit magique, un shot et ça ira mieux. C’est problématique en soi.» Bien plus concentrés que les «drinks», les shots contiennent encore plus de caféine et dépasseraient même les doses légales. Mais la recette permet au fabricant de jouer avec les limites du droit suisse puisqu’ils sont définis comme «un complément alimentaire», ce qui facilite la commercialisation.

Fixer un âge légal

«Au Conseil d’Etat peut-être de prendre des mesures, insiste le politicien vaudois. Si la mention «Ne convient pas aux enfants» y figure, et qu’on fixe bien l’âge de l’enfant: est-ce moins de 16 ans? Ou à partir de 7 ans? Je ne veux pas interdire cette boisson, mais les fabricants doivent être plus clairs et les règles du jeu connues.» Pour le neurobiologiste Benjamin Boutrel, la situation est d’autant plus alarmante que les fabricants jouent sur la corde sensible des ados: «Le goût sucré génère une attirance, une réaction du type «j’aime» chez les enfants. Chez l’adolescent aussi, mais l’ado s’individualise. Il a l’envie de recommencer, de braver l’interdit et sera plus impulsif. Ces marques optimisent au maximum leur but, elles génèrent de l’envie. L’attirance pour la prise de risque est exacerbée chez l’ado quand il se trouve entouré de personnes du même âge. Ce n’est donc pas un hasard si des marques de boissons énergisantes ciblent ce public via des sports extrêmes, ou comme la dernière voltige aérienne de sauter depuis l’espace.» Un marketing agressif que le député vaudois tient aussi à dénoncer. Les boissons énergisantes ne donnent pas que des ailes.

Créé: 16.04.2013, 14h57

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