Lundi 6 avril 2020 | Dernière mise à jour 14:02

Portrait Selon un gymnasien de 16 ans, «notre langue est menacée»

Vainqueur du concours de déclamation antique organisé par l’UNIL, Yohan Switalski s’inquiète de l’évolution du langage chez les jeunes.

Affichant un profond attachement à la langue française, Yohan Switalski dit avoir de la peine de la voir de plus en plus torturée.

Affichant un profond attachement à la langue française, Yohan Switalski dit avoir de la peine de la voir de plus en plus torturée. Image: Sebastien Anex

Il l'a dit

« Je commence toujours un texto par une majuscule et finis par un point »

Yohan Switalski, gymnasien

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Souvent raillés pour leur manière de s’exprimer, les jeunes ne parlent pas tous «chelou», «ouf» et «swag». C’est le cas de Yohan Switalski, 16 ans, qui étudie au Gymnase de la Cité, à Lausanne. Le 13 mai dernier, il a représenté sa classe au concours de déclamation antique – une forme d’art oratoire – organisé par l’UNIL à Avenches (VD). Le jeune homme y a terminé en tête de la vingtaine de gymnasiens qui y participaient.

Alors que de plus en plus d’ados adoptent une façon de parler qui leur est propre, il affiche pour sa part un profond attachement à la langue française. «Ça me fait de la peine de voir notre langue de plus en plus torturée. Quand je parle avec certains camarades, ils utilisent parfois des mots que je n’arrive pas à comprendre», explique-t-il. Et de préciser: «Moi, je commence toujours un texto par une majuscule et le termine par un point.»

Une évolution malsaine

Yohan regrette l’évolution du langage chez les jeunes. Il déplore notamment l’utilisation à outrance des anglicismes par beaucoup de ses camarades. «C’est bien que les gens apprennent une nouvelle langue et s’enrichissent par l’apprentissage. Mais le mélange des langues, ça les affaiblit et elles n’ont plus qu’un but communicatif.» Un phénomène qui pourrait avoir, selon lui, des conséquences sur la langue française. «Certains mots pourraient être amenés à disparaître.»

Le rap dit «commercial», très prisé chez les jeunes d’aujourd’hui, serait l’une des causes de cette évolution. «Il véhicule souvent des messages liés aux drogues ou aux armes. Ce ne sont pas des problématiques qui touchent tout le monde, et ça généralise une certaine attitude.» Celui qui écoute David Bowie et Georges Brassens avance aussi une autre explication: l’influence de la télé-réalité sur les ados qui la consomment. Et le gymnasien ne mâche pas ses mots la concernant: «Pour moi, la télé-réalité c’est le premier zoo où le spectateur vient voir des bêtes de foire et termine dans la cage.»

Amateur de mots forts, Yohan Switalski décrit une «dictature» qui conditionnerait les jeunes à adopter une manière de s’exprimer. «Une minorité influente renvoie une image du «cool» – même si c’est un anglicisme – ainsi qu’une certaine figure d’autorité qui essaie souvent d’imposer une manière de penser.» Son attachement à la langue française et au «bien parler» lui a également déjà valu des moqueries de certains camarades. «C’est tellement ridicule de se moquer. C’est comme si les personnes qui refusent ce langage s’inscrivaient dans le rejet des valeurs de ceux qui la parlent, explique-t-il. S’en extraire, c’est comme entrer dans une sorte de dissidence.»

Mais le jeune homme est loin de s’en attrister, ou même de se sentir mis à l’écart. Bien au contraire, il apprécie ce sentiment d’être un peu marginal. «Ça me plaît beaucoup. Les gens qui utilisent ce langage pensent revendiquer une certaine liberté, alors que pour moi c’est le contraire. Quand tout le monde veut être original, plus personne ne l’est.»

Fier de ses convictions et de nager à contre-courant, Yohan regrette néanmoins la caricature souvent accolée aux jeunes pour leur langage. Une image, selon lui, trop infidèle à la réalité. «On caricature souvent le jeune comme quelqu’un qui ne sait pas parler correctement et ça me révolte. Ça n’encourage pas à nous faire confiance. Qui a envie de faire confiance à la caricature qu’on voit?» Et cet amoureux des lettres n’a pas fini de nous surprendre. Quand on lui demande ce qu’il veut faire plus tard, sa réponse est pour le moins inattendue. «Travailler dans l’économie, pourquoi pas à la BNS.»

Créé: 22.05.2017, 06h46

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.