Mardi 26 mars 2019 | Dernière mise à jour 08:43

Editorial Hausse des franchises: une grosse erreur de diagnostic

Le référendum contre l'augmentation des franchises sera la prochaine bataille autour de la santé. Mais celle-ci est atteinte d'un mal bien plus profond: sa culture de la richesse.

L'augmentation de la franchise ressemble fort à une emplâtre sur une jambe de bois pour répondre à la dérive collective du système de santé en Suisse.

L'augmentation de la franchise ressemble fort à une emplâtre sur une jambe de bois pour répondre à la dérive collective du système de santé en Suisse. Image: istock

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L'argument de la droite pour augmenter la franchise de 50 francs à Berne est qu'elle dissuadera les gens de se rendre chez le médecin pour des broutilles. On veut «responsabiliser» une population vaguement définie d'hypocondriaques, de douillets ou d'angoissés, qui ont recours à la «bobologie». Encore une fois, comme dans d'autres assurances sociales, on trouve un bouc émissaire pour justifier des mesures, qui aboutiront à d'hypothétiques économies. La seule conséquence mesurable d'une augmentation de franchise, c'est que les assureurs rembourseront moins, tout en encaissant toujours autant. Et les patients paieront plus.

Des marges ahurissantes

Augmenter la franchise pour réduire les coûts de la santé, c'est comme couper les ongles d'un paraplégique en espérant qu'il va remarcher. Le problème numéro un de la santé en Suisse, c'est sa culture profonde de la richesse. A cet égard, les grands groupes pharmaceutiques mériteraient aussi d'être «responsabilisés». Mais, malgré leurs marges ahurissantes sur les nouveaux médicaments contre le cancer, cela reste un sujet tabou à Berne. On passe des heures à débattre d'une hausse de franchise de 50 francs tous les quatre ans, en espérant économiser 200 millions de francs, alors qu'un seul médicament contre le cancer de Roche fait déjà une marge équivalente!

La santé n'a pas de prix...

Certains diront que c'est ridicule de lancer un référendum pour 50 francs. Ce n'est pas faux, mais cela permettra de mettre tout sur la table. Vendredi dernier, Alain Berset a annoncé qu'il voulait agir sur les coûts, soulignant que leur hausse est également due «à la multiplication des prestations qui, du point de vue médical, se justifie difficilement». Si elles ne justifient pas du point de vue médical, elles s'expliquent par le train de vie de l'ensemble du secteur. La santé n'a pas de prix, alors tout doit y être forcément cher et neuf.

Une culture de la richesse

Ce sont les assureurs qui devraient faire ce travail de contrôle des prestations. Ils le font, en partie, mais ils sont aussi pris dans l'ambiance opulente du système. Comme les autres, ils suivent leur instinct de survie économique, qui est la croissance dans un marché qui représente bientôt 90 milliards de francs. Au final, chacun se sert en bonne conscience en regardant l'autre se servir. Cette culture de la richesse est partagée par tous les acteurs: les entreprises pharmaceutiques, les chercheurs, les médecins, les chaînes de pharmacies, de laboratoires, les hôpitaux, les cliniques, les fabricants de prothèses, de scanner, de scalpels, de stéthoscopes, de seringues, de béquilles, de bandage, sans oublier les actionnaires des grands groupes.

Il n'y a que le petit personnel, les aides-soignants, les infirmières ou encore les derniers bénévoles, qui ne sont pas associés à la réussite générale. Et pourtant, ce souvent celles et ceux qui sont les plus proches des patients qui ont des petites franchises. (Le Matin)

Créé: 14.03.2019, 10h44

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