Mardi 17 juillet 2018 | Dernière mise à jour 07:00

France L'homme aux deux greffes de visage témoigne

Le Français qui a subi une deuxième greffe de visage, après un premier rejet, a accepté de témoigner de son épreuve.

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Dans sa vie, Jérôme Hamon a eu trois visages: premier homme au monde à avoir subi deux greffes de la face, il a accepté «immédiatement» sa nouvelle apparence, sa nouvelle «identité».

Toujours hospitalisé trois mois après son opération à Paris, il est apparu avec un visage encore lisse et immobile, qui n'a pas épousé les traits de son crâne. Cela devrait venir peu à peu, à condition que soit bien suivi le traitement immunodépresseur empêchant un nouveau rejet.

«Je me sens très bien», a dit le greffé, âgé de 43 ans, trois mois après son opération dans la nuit du 15 au 16 janvier, lors d'une rencontre avec des médias la semaine dernière. «J'ai hâte d'être libéré de tout ça», ajoute-t-il, fatigué par le lourd traitement qu'il doit subir, et s'exprimant avec difficulté.

Prouesse inédite

Cette prouesse inédite est à mettre au crédit de l'équipe du Pr Laurent Lantieri, à l'hôpital européen Georges-Pompidou, de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Ce chirurgien plastique avait déjà réalisé, sur le même patient, une première greffe totale du visage, en 2010 à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil, près de Paris. Jérôme Hamon est atteint de neurofibromatose de type 1 (maladie de von Recklinghausen), une maladie génétique qui a déformé son visage.

«Plutôt de bonne humeur»

La première greffe avait été un succès, comme il l'avait raconté dans un livre publié en avril 2015, «T'as vu le Monsieur?» Hélas, la même année, à l'occasion d'un banal rhume, il est soigné par un antibiotique incompatible avec son traitement immunosuppresseur. En 2016, il commence à montrer des signes de rejet chronique, et le visage se dégrade.

À l'été 2017 il est hospitalisé, et en novembre, son visage greffé, qui présente des zones de nécrose, doit lui être retiré. Il restera deux mois «sans visage» en réanimation à Pompidou, le temps que l'Agence de la biomédecine signale un donneur compatible. Des moments difficiles à vivre, avec un faciès d'écorché vif.

Mais à cas exceptionnel, patient exceptionnel. «Toute l'équipe en réanimation a été époustouflée par le courage de Jérôme, sa volonté, sa force de caractère dans une situation tragique. Parce qu'il est alors dans l'attente, et que jamais il ne s'est plaint. Il était même plutôt de bonne humeur», a raconté à la presse Bernard Cholley, anesthésiste-réanimateur.

Un ver marin

Le donneur de visage sera un jeune homme de 22 ans, décédé à plusieurs centaines de kilomètres de Paris. Le Pr Lantieri l'apprend un dimanche soir, le 14 janvier, ce qui déclenche une grosse logistique. Il faut d'abord prélever ce visage dans la journée du lundi.

Le soir, il faut le transporter le plus rapidement possible, par la route, vers Georges-Pompidou. Avec l'accord de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), une technique révolutionnaire a été employée pour la conservation du greffon: en plus d'être plongé dans un soluté classique, il a bénéficié des propriétés de l'hémoglobine de ver marin pour retenir l'oxygène.

«Oui, on peut retransplanter»

Jérôme Hamon est entré au bloc opératoire le lundi 15 janvier, à la mi-journée. «Vers midi, l'équipe a effectué la préparation au niveau receveur: préparer les vaisseaux, préparer les nerfs, pour qu'on puisse ensuite faire cette transplantation», raconte le Pr Lantieri.

Ensuite, ce sera comme de poser délicatement un masque, en le reliant à tout ce qui fait l'anatomie complexe de la tête. Très vite, l'équipe constate que le greffon montre des signes de vie encourageants en se colorant.

Le patient ressortira du bloc le mardi en fin de matinée, au terme d'une opération hors normes. Elle fera l'objet d'une fuite dans la presse quelques jours plus tard. «L'opération répond à une question qui était de l'ordre de la recherche: est-ce qu'on peut refaire une greffe du visage? Oui, on peut retransplanter, et voilà ce qu'on obtient», a expliqué le Pr Lantieri.

«C'est bon, c'est moi»

Pour éviter un rejet, l'opération a exigé de «nettoyer le sang d'anticorps», par une plasmaphérèse, et de «bloquer la production de ces anticorps» par traitement médicamenteux pendant «les trois mois qui ont précédé la transplantation», a détaillé Éric Thervet, néphrologue.

«La première greffe, j'ai accepté immédiatement le greffon. J'ai considéré que c'était un nouveau visage et maintenant c'est pareil», dit aujourd'hui Jérôme Hamon. «Si je n'avais pas accepté ce nouveau visage, ça aurait été un drame. Effectivement, c'est une question d'identité. (...) Mais là, c'est bon, c'est moi.».

Il y a eu 40 greffes du visage dans le monde depuis la première, celle de la Française Isabelle Dinoire en 2005. (afp/nxp)

Créé: 17.04.2018, 07h25


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