Dimanche 29 mars 2020 | Dernière mise à jour 11:07

Conseil des Etats Immigration: «Le pragmatisme a primé»

Le sénateur Olivier Français estime que la solution choisie par la Chambre des cantons sur l'immigration de masse était la meilleure. Il s'en explique.

Parler d’excès de bureaucratie dans la solution retenue par les Etats est un mensonge, selon le sénateur vaudois.

Parler d’excès de bureaucratie dans la solution retenue par les Etats est un mensonge, selon le sénateur vaudois. Image: Keystone

Réactions opposées

Les partis ont diversement réagi à la décision du Conseil des Etats. Pour l’UDC, la majorité des deux chambres viole ouvertement le mandat constitutionnel imposé par le peuple et les cantons et foule aux pieds la démocratie directe de la Suisse. Le parti annonce qu’il continuera de se battre dans la suite de ce débat. Et invite tous les parlementaires à se souvenir du serment qu'ils ont prêté lors de leur entrée en fonction: «Je jure devant Dieu tout-puissant d'observer la Constitution et les lois et de remplir en conscience les devoirs de ma charge ».

Le PLR salue lui une ligne politique claire. «Cette décision est un clair signal qui permet d'appliquer la volonté populaire, de maîtriser de manière autonome l'immigration et de s'assurer que les personnes vivant en Suisse et cherchant du travail dans des secteurs où le taux de chômage est élevé, soient prioritaires lors de l'attribution d'emplois. » Il égratigne au passage le PDC dont le comportement est incompréhensible. Il l’accuse de se positionner contre le maintien des emplois et contre la recherche dans notre pays.

Du côté du PDC, il critique un monstre bureaucratique. «Le Conseil des Etats a décidé de faire peser sur l’économie une chape de plomb bureaucratique, de ne pas appliquer la volonté populaire et de ne pas tenir compte du fédéralisme.» Alors que son concept proposait lui une solution supportable pour l’économie, qui satisfait aux dispositions constitutionnelles et qui prend en compte les situations différentes selon les cantons.

Le PS affirme de son côté soutenir la solution du Conseil des Etats au sujet du dilemme entre l’article 121a Cst et les accords bilatéraux. Les mesures de protection des travailleurs indigènes réduisent la dépendance vis-à-vis de l’étranger et ne contreviennent pas à la libre circulation des personnes, estime-t-il. Les accords bilatéraux pourront donc se poursuivre, conclut-il.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Conseil des Etats a décidé jeudi, après 7 heures de débat, de serrer la vis pour appliquer l'initiative contre l'immigration de masse. Les patrons souhaitant recruter à l'étranger devront convoquer d'abord des chômeurs de Suisse et justifier leur éventuel refus. Il a refusé de contingenter l'immense majorité des permis de séjour. Les mesures doivent être compatibles avec l'accord sur la libre circulation des personnes. Dans le camp de ceux qui ont opté pour la solution de la majorité de la commission des Etats, emmenée par le PLR Philipp Müller, le sénateur vaudois PLR Olivier Français.

Le Matin: Votre parti, le PLR, a été suivi aujourd'hui. Votre réaction?

Olivier Français: C’est le pragmatisme qui a primé. Il y a 4 critères inscrits dans le Constitution qu’il faut respecter. On a l’avantage qu’il est également inscrit dans la Constitution que l’économie doit subsister et qu’elle doit être florissante. C’est un point qu’il ne faut pas négliger. Le contingentement absolu est pour nous un mauvais choix. Il faut vraiment travailler sur les branches de l’économie qui sont en difficulté et favoriser les travailleurs sur notre territoire. C’est fondamental. Je crois qu’on a désormais une bonne piste pour le National qui va reprendre ce dossier et le faire évoluer. Il y a encore 2-3 points de divergences avec Economisuisse et une partie des initiants. Mais j’ose penser que nous aurons trouvé la solution d’ici le 16 décembre.

On a entendu à maintes reprises lors de ce débat que la solution suivie, celle de votre collègue PLR Philipp Müller, était un monstre bureaucratique. Paradoxal non, puisque le PLR avait lancé en son temps une initiative contre la bureaucratie justement?

J’ai été entrepreneur moi-même durant un certain nombre d’années et j’ai connu les contingentements. J’ai vu la bureaucratie que cela entraînait dans les entreprises. Donc parler d’excès de bureaucratie dans la solution retenue par les Etats est un mensonge. D’autant que l’une des minorités, celle du PDC Pirmin Bischof, était bien lourde sur ce plan-là. Mais ce qui est sûr, c’est que ce que le peuple a voté le 9 février 2014 entraîne une charge supplémentaire de bureaucratie. Et j’ai la certitude que la solution Philipp Müller est la plus minimaliste en la matière. En outre, c’est celle qui amènera le moins d’interférences dans la vie économique, car c'est celle qui a le moins de conséquences juridiques avec l’UE et l’AELE. En outre, la préférence indigène est dûment respectée, en prenant en compte les secteurs touchés par le chômage. J'ai donc la conviction qu’elle respecte au mieux la Constitution, en tout cas dans un sens large.

Oui, mais elle reste très éloignée du texte de l’UDC…

Chaque parti a sa position et on a vu de l'intransigeance de la part de l’UDC. C’est pour ma part une non-reconnaissance du fait que le monde du travail doit être accompagné de façon sectorielle. Si notre économie est florissante aujourd’hui, c’est parce qu’elle a su attirer des talents, mais pas seulement. On a aussi besoin de main-d’œuvre de tous types. On se souvient de la main-d’œuvre italienne, espagnole et portugaise dans les années 60, car on en avait besoin. Et ces gens aujourd’hui sont dûment intégrés et font partie de la richesse de la Suisse. Donc notre économie peut aussi être source d’emploi dans le marché indigène et contribuer à notre rayonnement au niveau international.

Le Conseil fédéral va élaborer un contre-projet à l’initiative RASA. Qu’en attendez-vous?

Ce sera une base de discussion. Je pense que l’on va vivre le même événement qu’aujourd’hui. Chaque parti, chaque région va trouver ses réponses. Je pense que quoi qu’il arrive, que ce soit l’initiative RASA, le contre-projet ou la loi que l’on vient de voter, à un moment ou un autre, un parti ou un groupe de pression va refaire voter le peuple suisse sur ces décisions au Parlement. C’est la force de notre pays. On dit que si nous les parlementaires allons trop loin, c’est au peuple de nous sanctionner. Mais c’est aussi au peuple de nous donner son avis et de nous dire que oui, nous avons pris la bonne décision. Et je pense que la sagesse du Conseil des Etats sera reconnue par le peuple.

Créé: 01.12.2016, 14h09

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.