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Votation «Avec cette initiative, je crains un effet minaret»

L’initiative «Contre l’immigration de masse» est donnée perdante. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann veut néanmoins la combattre jusqu’à la dernière seconde, convaincu qu’il est de la nécessité de préserver la libre circulation pour garantir la richesse de la Suisse.

Johann Schneider-Ammann était à Schwanden (GL) pour défendre la libre circulation devant l’assemblée des délégués PLR.

Johann Schneider-Ammann était à Schwanden (GL) pour défendre la libre circulation devant l’assemblée des délégués PLR. Image: S. Schmidt/Keystone

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Les deux sondages publiés à ce jour donnent 36-37% des Suisses favorables à l’initiative «Contre l’immigration de masse». C’est bon, vous avez gagné, vous pouvez arrêter de faire campagne?

Jusqu’au 9 février à midi, la lutte continue. Ce sont des sondages, pas la votation. Je suis bien sûr content qu’il y ait 36% de Suisses pour, et 55% contre. Il y a aussi 8% d’indécis, et même si ce n’est pas énorme, ils constituent toujours un risque. Je crains notamment un «effet minaret», soit un résultat contraire aux sondages qui précédaient. Comme entrepreneur, j’ai appris qu’il faut lutter jusqu’au moment où on a gagné.

On dit de l’initiative UDC qu’elle est xénophobe, mais elle demande simplement que la Suisse puisse exercer un contrôle sur le flux des immigrés. N’est-ce pas légitime que de vouloir exprimer sa souveraineté dans ce domaine?

La question est très simple. Soit vous voulez que le flux soit fixé par l’Etat, soit vous voulez qu’il réponde aux besoins de l’économie. Si je peux choisir, je suis à 100% pour que le secteur privé puisse décider des forces dont il a besoin et puisse les adapter immédiatement en fonction des cycles économiques. Ils sont de plus en plus courts, et si c’est l’Etat qui décide des contingents, cela nuira à la réactivité et donc à l’efficacité de notre économie.

On voit bien l’intérêt pour les entreprises: avec un bassin de recrutement de la main-d’œuvre plus grand, elles ont l’embarras du choix, et la pression sur les salaires est certaine…

La libre circulation est entrée en vigueur en 2007. Les deux études sérieuses publiées sur la question montrent que les mesures d’accompagnement, depuis cette date, ont permis efficacement de protéger les salaires et de maintenir les conditions-cadres des employés. Il n’y a pas eu de pression sur les bas salaires, seuls les salaires moyens ont connu une progression moins forte que s’il n’y avait pas eu la libre circulation. Mais une progression moins forte de 1.8% seulement. Donc ça joue. Le PIB par habitant a crû en moyenne d’au moins un demi-pour-cent entre 2002 et 2012, et cela alors que nous avons traversé deux crises, une financière en 2008 et celle du franc fort en 2011. C’est un succès. Et je vous pose cette question: en aurait-il été de même sans la libre circulation? Je réponds: sûrement pas!

Êtes-vous favorable à une loi imposant la préférence nationale, à compétences égales?

C’est irréaliste! Bien sûr, par opportunisme, je pourrais dire que c’est très sympa, et d’ailleurs comme entrepreneur, j’ai toujours favorisé la proximité – linguistique, géographique, culturelle, etc. Mais si vous inscrivez cela dans la loi, il appartient à l’employeur de faire la preuve qu’il n’avait effectivement pas un Suisse de compétences égales sous la main, et ça devient de nouveau une bureaucratie monstrueuse.

Dans la guerre des chiffres autour de cette initiative, on oppose l’apport des immigrés à l’AVS à leur coût en termes d’aides sociales. Et les écoles, les autoroutes, les hôpitaux, les trains qu’ils utilisent sans les avoir jamais financés?

Quand les entreprises gagnent plus, elles paient plus d’impôts. Leurs employés aussi sont des contribuables, quel que soit leur pays d’origine. Donc les immigrés participent au financement des infrastructures. La Suisse est un des rares pays à avoir pu consentir des investissements durant la crise sans toucher au frein à l’endettement – cela, c’est grâce aux impôts qui rentrent.

Certes, mais les investissements produiront des effets dans de longues années, or c’est aujourd’hui que les citoyens n’ont pas de place dans les trains, ne trouvent pas de logement à un prix décent. Vous leur répondez quoi?

Le logement est un sujet très délicat, notamment dans l’arc lémanique, où les cantons, mais aussi des villes, comme Lausanne, prennent des mesures très concrètes pour accroître l’offre, à des prix modérés. Mais j’entends deux sons de cloche différents sur cette question. Il y a le vécu de gens désespérés qui cherchent et ne trouvent pas, ou alors à des prix prohibitifs. Et puis les offices des logements, le fédéral et les cantonaux, qui me disent que les ménages dépensent en moyenne 20% de leur budget pour leur appartement, ce qui est très supportable, et que les taux de vacance ne sont pas si faibles. Cela dit, il reste vrai que les gens vont et iront habiter plus loin de leur lieu de travail, penduleront davantage. Mais c’est une tendance sociale de fond dont les causes ne sont pas liées à la libre circulation.

Créé: 12.01.2014, 14h00

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