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Votations fédérales «Il est injuste que la route doive financer le rail»

La conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) s’oppose au fonds de financement ferroviaire en votation le 9 février. Elle juge le projet du Conseil fédéral trompeur et mensonger. Interview.

Céline Amaudruz, conseillère nationale UDC, est contre le FAIF soumis au peuple le 9 février.

Céline Amaudruz, conseillère nationale UDC, est contre le FAIF soumis au peuple le 9 février. Image: Keystone

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LE FAIF en images et en graphiques

LE FAIF en images et en graphiques Le 9 février 2014, les citoyens devront dire s'ils acceptent de débourser 6,4 milliards de francs d'ici 2025 pour développer le réseau ferroviaire. Un sujet qui divise partis et associations.

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Les Suisses diront le 9 février s’ils acceptent ou non le plan de financement et d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire (FAIF). Un projet qui doit garantir un réseau performant et désengorger les trains, selon le Conseil fédéral et ses partisans. Mais son prix, 6,4 milliards de francs alors qu’un premier projet demandait une enveloppe de 3,5 milliards, est vivement contesté par les opposants, soit l’association des transports routiers ASTAG, les importateurs de véhicules auto-suisse et une partie de l’UDC, dont la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz. Retour avec elle sur les points qui fâchent les opposants.

Le Matin – Que reprochez-vous concrètement au projet du Conseil fédéral?

Céline Amaudruz – Les usagers du rail ne couvrent que 40% des coûts qu’ils engendrent, le reste est payé par les usagers de la route et les citoyens suisses en général. Et nous estimons injuste que tous doivent financer ainsi le rail. Ce qui vient du rail va au rail et ce qui vient de la route reste à la route. De plus, les cantons vont devoir participer à ce fonds à hauteur de 200 millions de francs. Or, de nombreux cantons ont des soucis avec leur budget, d’autant qu’ils devront se passer de l’argent de la BNS. Pour nous, le projet du Conseil fédéral est disproportionné. Mais nous ne sommes pas contre le fait qu’il y ait un fonds pour les transports publics, il faut juste que son financement soit équitable.

Vous le rappelez, seuls 40% des frais engendrés par les usagers du rail sont couverts par ces derniers. Mais si le rail ne reçoit plus d’argent de la route, les passagers devront assumer l’entier de ce qu’ils coûtent et les prix ne seraient plus supportables…

Pour nous, il faut revenir à la première enveloppe proposée par le Conseil fédéral qui se montait à 3,5 milliards de francs. Car financer ce qui a été ajouté par Berne nécessite une hausse de 0,1% de la TVA jusqu’en 2030. En outre, les pendulaires ne pourront plus déduire leurs frais de transport au-delà de 3000 francs, ce qui représente une augmentation indirecte des impôts et frappera en premier lieu la classe moyenne.

Au cours de la campagne, vous avez eu des mots très durs au sujet du FAIF, parlant même de tromperie. Pourtant le projet du Conseil fédéral est tout-à-fait clair au niveau de son financement. Où est la tromperie?

Il y a bel et bien tromperie et elle est même scandaleuse ! Ceci en raison du fascicule de la Confédération envoyé à tous les citoyens. Ce qui y est montré n’est clairement pas ce qui va se faire! Et la justification de la Confédération pour expliquer cette erreur est lamentable. Cette façon de faire montre, à nos yeux, que le Conseil fédéral tente de forcer les gens, et cela ne va pas. D’autre part, il y a tromperie, car le gouvernement nous avait dit que l’augmentation de la TVA ne serait que temporaire, ce qui n’est pas le cas. Et le plafonnement des déductions fiscales est aussi clairement un impôt déguisé.

Vous êtes Genevoise. Or Genève attend beaucoup du FAIF. Le gouvernement, qui soutient le projet du Conseil fédéral, vient d’approuver l’initiative pour l’extension souterraine de la gare, dont le financement dépendra beaucoup du oui le 9 février. N’avez-vous pas l’impression de voter contre votre canton?

Si nous reprenons le premier projet du Conseil fédéral devisé à 3,5 milliards, la Suisse romande était bien impliquée. Mais je crois que Berne essaie de faire comme avec la campagne sur la vignette: il nous avait expliqué alors que si la hausse était refusée, le contournement de Morges ne pourrait pas se faire, alors que l’on savait pertinemment qu’il n’était pas concerné par la votation. Le Conseil fédéral essaie de faire peur à la population en disant que si le peuple refuse les 6,4 milliards, plus rien ne se fera à Genève. Ce n’est absolument pas vrai.

Mais si le peuple dit non le 9 février, les régions périphériques ne risquent-elles pas d’être prétéritées?

C’est à chaque canton de défendre ses projets à Berne. Le projet du FAIF, tel qu’il a été prévu, est une mauvaise solution. Mais cela ne veut pas dire que l’on ne puisse pas revoir les choses.

Mais revoir les choses équivaut surtout à perdre beaucoup de temps sur ce dossier et risquer que les sommes allouées à la Suisse romande soient attribuées ailleurs…

On ne va pas perdre du temps! On refuse juste un projet mal ficelé. En outre, on nous annonce une enveloppe à 6,4 milliards, somme qui risque en outre d’être revue à la hausse. Nous, nous entendons consacrer des dépenses justes pour quelque chose d’important, sans vouloir pour autant défavoriser la route. Or, dans le dossier présenté, c’est les usagers de la route qui seront mis à contribution. Nous ne sommes pas d’accord, car le réseau routier demande aussi de l’entretien et a donc également besoin d’argent.

Le Conseil fédéral prévoit à cet effet un fonds national pour la route, le FORTA. Cela ne vous suffit pas?

C’est très bien, mais il le fait surtout dans la foulée de l’initiative «Vache à lait» que nous soutenons! En outre, croyez-vous que ce fonds sera alimenté par de l’argent provenant des transports publics? Non, c’est sûr. Et ce sera aux automobilistes de passer à la caisse (n.d.l.r.: l’essence pourrait être augmentée de 12 à 15 centimes). Nous demandons juste qu’il y a ait des fonds justes et équitables tant pour le rail que pour la route.

Néanmoins, si le peuple dit non le 9 février au FAIF, Berne ne pourra pas développer un projet qui répond aussi à une demande croissante de la population pour le rail. Va-t-on s’entasser plus tard dans les trains encore plus qu’aujourd’hui à cause de vous?

Mais est-ce que vous pensez que si vous mettez 3 milliards de plus dans le projet du FAIF que vous aurez moins de monde dans les wagons? Non! Et concernant la fréquentation croissante des trains, nous avons une réponse: dire oui le 9 février à notre initiative «Contre une immigration de masse»! C’est l’une des solutions pour arrêter les débordements dans les transports notamment. Mais sinon, nous estimons qu’il est plus judicieux de revenir au premier projet devisé à 3,5 milliards de francs. Et si cela n’est pas suffisant plus tard, on pourra toujours réétudier la question. Mais augmenter la TVA, limiter les déductions fiscales pour les transports des citoyens et demander en plus une contribution des cantons, nous ne sommes simplement pas d’accord.

Créé: 22.01.2014, 16h09

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