Dimanche 16 juin 2019 | Dernière mise à jour 15:15

Confession L'islam veut être une religion suisse

Différentes communautés musulmanes souhaitent une reconnaissance officielle. A Bâle, le projet pourrait aboutir.

Pour Hafid Ouardiri, directeur de l’Entre-Connaissance à Genève, un long travail d’information est nécessaire pour vaincre les peurs sur l’islam.

Pour Hafid Ouardiri, directeur de l’Entre-Connaissance à Genève, un long travail d’information est nécessaire pour vaincre les peurs sur l’islam. Image: Florian Cella

Toutes les religions devraient-elles avoir le même statut?

Hafid Ouardiri, directeur de l’Entre-Connaissance à Genève. (Image: Christian Bonzon)

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Obtenir une reconnaissance officielle de l’islam, troisième communauté religieuse du pays, c’est un long chemin cantonal à parcourir. A Bâle-Ville, le projet est à bout touchant: la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) a obtenu l’aval d’un professeur universitaire, qui juge leur revendication non seulement légitime, mais constitutionnelle. «C’est en raison de sa neutralité que la Suisse favorise la diversité religieuse», indique le Pr Quirin Weber dans Schweiz am Sonntag. Son expertise juridique fera avancer le dossier des musulmans, le dernier obstacle étant politique. «On ne fait rien sans la société civile», commente Hafid Ouardiri, directeur à Genève de la Fondation pour l’Entre-connaissance.

Pour discréditer les islamistes

A quoi sert une reconnaissance officielle? «C’est un passage obligé pour nos aumôniers», indique Pascal Gemperli, président de l’Union vaudoise des associations musulmanes. Le bénéfice, c’est de participer aux décisions, par exemple sur un carré musulman dans un cimetière, ou l’obtention de subventions. Une reconnaissance permet aussi de discréditer les islamistes qui prétendent s’exprimer au nom d’une communauté. Les musulmans sont 400 000 dans notre pays. L’heure de la reconnaissance est-elle venue? Il n’y a qu’à Bâle que le cadre légal a été aménagé, et les alevis ( ndlr: minorité religieuse turque) en sont les premiers bénéficiaires.

A Lausanne, les musulmans attendent le règlement d’application d’une loi déjà votée, peut-être ce printemps: «Nous remplissons tous les critères pour être reconnus d’intérêt public», estime Pascal Gemperli. A Genève, canton laïc par excellence, le directeur de la Fondation pour l’Entre-connaissance est presque jaloux: «Avec sa laïcité d’ouverture et de respect, Genève aurait pu aller de l’avant», estime Hafid Ouardiri.

Pour le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE), réserver une reconnaissance à la seule religion musulmane serait arbitraire. «Il faudra nécessairement poser des critères comme le nombre de croyants, la durée de l’implantation, l’organisation du clergé, ce qui ouvrira la porte à d’autres demandes. Est-ce le but? Je doute que le canton soit prêt à renoncer à ses spécificités historiques et à régler les rapports Eglise-Etat à l’aune de la seule liberté religieuse garantie par la Constitution fédérale». Yves Nidegger va rester attentif: «Les autres cantons observeront le traitement, mais surtout les conséquences de l’initiative bâloise. Y aura-t-il des revendications alimentaires à la cantine scolaire ou vestimentaires à la piscine municipale?»

«Il ne s’agit pas de faire entrer la charia par la petite porte. L’école n’introduira pas le ramadan!» rassure Christophe Monnot, sociologue des religions. Une reconnaissance induit aussi des contraintes, comme l’égalité hommes-femmes. «Avec une reconnaissance, l’attente est surtout morale», précise l’historien des religions Jean-François Mayer, directeur de Religioscope à Fribourg. (Le Matin)

Créé: 03.03.2014, 07h31

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