Lundi 16 décembre 2019 | Dernière mise à jour 13:38

Institut Marini (FR) «J'ai enfin été entendu»

Le détail des abus sexuels à l’ex-pensionnat catholique est divulgué ce matin. Jean-Louis Claude est l’enfant placé et violé qui a tout déclenché.

Jean-Louis Claude, 74 ans, a été violé de longues années par les curés et les surveillants de l’Institut Marini (FR),
fermé en 1979.

Jean-Louis Claude, 74 ans, a été violé de longues années par les curés et les surveillants de l’Institut Marini (FR), fermé en 1979. Image: Christian Bonzon/Le Matin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le petit Claudy aura mis 60 ans pour que l’Eglise catholique reconnaisse ses souffrances. Des souffrances, sans résilience, quoi qu’on entreprenne. Humilié. Battu. Violé. Par des prêtres, par des surveillants, par des laïcs, à l’Institut Marini, dans la Broye fribourgeoise. Il n’a pas 10 ans et ça durera presque six ans. Son cas, et celui de milliers d’autres enfants placés et abusés au milieu du siècle passé, a été pris en considération une première fois en 2013. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga demande pardon à toutes ces petites victimes sacrifiées sur l’autel de la dissimulation, de la bienséance et de faux-semblants.

«C’est une grande respiration»

Ce matin, Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, rendra publiques les conclusions de l’étude qu’il a confiée à trois chercheurs il y a un an et qui porte sur les années 1929-1955 dans cet ancien orphelinat des Montets (FR). A l’Evêché de Fribourg, Jean-Louis Claude y sera aussi. Presque en guest star. Il est l’enfant, l’homme et désormais le retraité de 74 ans, qui a forcé l’Eglise à l’écouter. Le prélat l’a cru et a empoigné le dossier des abusés fragilisés et des abuseurs omnipotents.

Ce rapport auquel il a déjà eu accès, il ne le considère pas tout à fait comme un «réconfort», mais concède sa rigueur et son exactitude, exceptés «quelques détails». «Je suis plutôt dans un état de soulagement, c’est une grande respiration. Les gens doivent comprendre et savoir ce que l’on a vécu. Je suis très touché que l’Eglise m’ait enfin entendu. En Suisse, les religieux ont vraiment traîné pour reconnaître les faits. Ça ne doit plus jamais exister. L’art du grand pardon pour les curés, c’est fini.»

Au bout du fil, depuis son domicile genevois, Claudy dit son émotion. Impossible d’être superficiel, même après tant d’années. «Cette étude prouve qu’on n’a pas crié inutilement. On nous a trop longtemps traités d’asociaux, de manipulateurs, de pervers (!), d’enfants irrécupérables parce que fils de p*** ou presque. Il fallait nous sauver de l’enfer alors que c’est eux qui nous le faisaient vivre.»

En 2000, Jean-Louis Claude publie un livre, «Le petit névrosé». Il n’osait pas le sortir, il pleurait trop. Un livre-thérapie qui ne le soignera pas. «C’est indélébile. Ces saloperies ont foutu en l’air la vie de dizaines d’enfants. C’était moi l’allumeur, c’était moi le fautif. Pour ne pas me faire frapper, j’acceptais. On se faisait sauter en toute impunité.»

Cauchemars persistants

La victime, c’est lui. Et tous ces autres camarades de Marini et d’autres institutions dont les archives n’ont pas encore été passées au crible. Trimballé depuis sa naissance à Berne, de pouponnières en fermes, d’orphelinats en instituts, le petit Claudy a su préserver, ressource inouïe, son âme de petit garçon. «J’ai un caractère qui me permet encore d’être un enfant, souriant, social.» Une force. «D’un autre côté, j’en suis encore à me demander si je n’attirais pas mes abuseurs. C’est vrai que j’ai été une victime. J’ai presque peur de dire que je ne l’assume toujours pas. C’est un phénomène qui me dépasse. Pourtant, j’étais un objet. Leur objet. Je leur en veux. Je voudrais tellement que ce soit du passé lointain et non du présent quotidien. Il m’arrive encore de faire des cauchemars la nuit, parfois du somnambulisme. Je vois des bonhommes qui veulent m’attraper. Je serai toujours sur la défensive.»

Ce matin, dès 10 h 30, Jean-Louis Claude vivra-t-il une journée plus douloureuse que d’habitude après les révélations de ce rapport face aux médias? «Je n’y vais pas de grand cœur. Mais j’ai voulu ça.» Avant de conclure, l’interviewé s’inflige, consciemment, un dernier supplice: «Un gosse, il est quand même responsable.»

Créé: 26.01.2016, 07h00

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.