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Enquête 6/6 «Ils jetaient les recommandés!»

Des témoins révèlent de l’intérieur comment Chagaev et son équipe ont géré Neuchâtel Xamax de manière désinvolte et brutale.

Islam Satujev (à g.) et Bulat Chagaev: un duo de choc qui a plongé Neuchâtel Xamax dans le chaos administratif et financier.

Islam Satujev (à g.) et Bulat Chagaev: un duo de choc qui a plongé Neuchâtel Xamax dans le chaos administratif et financier. Image: Lukas Lehmann/Keystone

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Il aura fallu neuf petits mois à Bulat Chagaev et ses improbables managers pour détruire Neuchâtel Xamax. Neuf mois pendant lesquels la méfiance envers l’homme d’affaires tchétchène n’a cessé de grandir. Mais aucune autorité – politique, judiciaire ou sportive – ne s’est mouillée pour abréger la coûteuse et mauvaise plaisanterie qu’aura représentée la gestion du club de Super League sous l’ère Chagaev.

Lâcheté des autorités

«Personne ne voulait passer pour le fossoyeur de Xamax, confie un politicien neuchâtelois. On a donc préféré laisser Chagaev et son équipe aller seuls dans le mur.» Pire, à entendre un ancien cadre du club, «certains continuent de croire que le seul problème aura été le blocage de la fortune de Chagaev à l’étranger». Une version décidément dépassée à la lumière des dernières informations révélées par notre enquête en Russie. Il apparaît en effet que le rachat de Xamax pour 1,5 million de francs aurait été survendu à Grozny auprès des autorités et de financiers à hauteur de 20 à 25 millions de dollars. Un faux compte à Chypre aurait ensuite été établi au nom du vendeur Sylvio Bernasconi afin de détourner l’argent de Grozny («Le Matin» d’hier).

Climat de terreur

Vue sous cet angle, la gestion destructrice de Xamax se comprend mieux. «Quand on voyait à l’œuvre Chagaev et son bras droit Islam Satujev, on se disait qu’ils n’étaient pas là pour gérer le club dans la durée. Ils jetaient tout à la broyeuse en rigolant, même les recommandés judiciaires!» raconte un ancien employé. Les autres témoins ayant travaillé avec Xamax que nous avons entendus s’accordent à décrire un hallucinant chaos administratif et financier dans les bureaux du stade de la Maladière. Bulat Chagaev s’y rendait rarement, préférant sa suite au Palace Beau-Rivage de Neuchâtel. Islam Satujev, requérant d’asile tchétchène débouté propulsé au rang de directeur, se chargeait de faire régner un climat de terreur, des bureaux jusqu’aux vestiaires. «Il menaçait volontiers les gens physiquement», indique un témoin. Sur le tard, Islam Satujev fera engager une amie, Barbara Perriard, pour soi-disant professionnaliser la gestion. Peine perdue.

La machine à détruire le club et creuser son trou financier continuera à fonctionner à plein régime jusqu’au prononcé de la faillite, le 26 janvier 2012, à 15?h?10. La Swiss Football League aura fait semblant de sévir, tout en laissant le championnat se terminer. Et la justice aura attendu les révélations des médias pour se mettre au travail.

«Nous n’avons jamais reçu d’informations de Genève ou d’ailleurs nous ayant permis de douter au départ de la respectabilité du repreneur de Xamax», explique Philippe Gnaegi, ministre neuchâtelois des Sports. «Nous nous sommes fait avoir comme des gamins», enrage aujourd’hui encore le patriarche Gilbert Facchinetti.

Il refuse 1 million!

Quant à Sylvio Bernasconi, il confie avoir pu constater lui-même que «Chagaev visait autre chose que la pérennité de Xamax. A la fin de 2011, je lui ai en effet offert de payer le plus urgent pour sauver, soit un million de charges sociales. Il m’a sèchement répondu qu’il n’avait rien à faire de mon argent!» De quoi finir de se demander ce que le Tchétchène est vraiment venu chercher à Neuchâtel. Nous avons tenté d’apporter des éléments d’explications avec notre série de six articles. Mais, au final, ce sera à la justice neuchâteloise de nous éclairer.

Créé: 26.07.2012, 10h14

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