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Editorial La neutralité suisse à l'épreuve de l'idylle américaine

Deux conseillers fédéraux jouent à fond la carte de l'administration Trump sur la scène internationale. Un rapprochement «spectaculaire» ou un aveuglement passager?

Diffusé lundi soir, l'entretien feutré entre le secrétaire d'Etat Mike Pompeo et le présentateur Darius Rochebin de la RTS attestait de cette «affection nouvelle» entre la Suisse et les Etats-Unis.

Diffusé lundi soir, l'entretien feutré entre le secrétaire d'Etat Mike Pompeo et le présentateur Darius Rochebin de la RTS attestait de cette «affection nouvelle» entre la Suisse et les Etats-Unis. Image: RTS

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Darius Rochebin a réussi une fois de plus un coup dont il est coutumier. La venue en Suisse du secrétaire d'Etat Mike Pompeo lui a offert l'opportunité de l'interroger tôt lundi matin à l'ambassade américaine à Berne et de diffuser un extrait de cet entretien lundi soir au «19 h 30».

L'extrême déférence avec laquelle il a posé ses questions à l'ex-directeur de la CIA a suscité un certain malaise. Que de précautions prises avec un homme qui, certes représente l'actuel pouvoir aux Etats-Unis, mais est aussi la voix qui porte la brutalité américaine de par le monde.

«Affection nouvelle»

L'entretien avait la forme d'une causerie de salon sous les couleurs du drapeau américain. La récente visite d'Ueli Maurer à Donald Trump et la rencontre entre Ignazio Cassis et Mike Pompeo attestent d'un rapprochement «spectaculaire», qualifié «d'affection nouvelle» par le présentateur. Mike Pompeo a répondu que nous avions les mêmes conceptions de la liberté et de la démocratie. Un peu court, quand on connaît les différences fondamentales de nos philosophies du pouvoir. La Suisse est le pays du compromis et les Etats-Unis, celui de la force.

Une Suisse partenaire

Au fil de l'entretien, on se demande finalement ce qu'il reste de la neutralité suisse quand on entend Mike Pompeo l'intégrer sans autre dans les partenaires d'«America first», dans sa volonté de promouvoir partout dans le monde la démocratie à l'américaine: «Là on l'on trouve des nations qui ne sont pas dans la ligne, nous faisons ce que nous pouvons pour les aider», dixit le secrétaire d'Etat. Les aider comment et à quel prix? La question en est restée là.

Des sourires et des gages

L'affection de deux conseillers fédéraux pour l'administration Trump semble déjà porter quelque ombrage à la perception de notre neutralité. Dans la crise du Venezuela, où la Suisse espérait jouer les bons offices, c'est la Norvège qui a finalement eu la confiance des parties après le cafouillage de la diplomatie helvétique. Bien entendu en diplomatie, les stratégies sont à plusieurs degrés. Les ronds de jambe et les sourires ne sont pas argent comptant. Mais la Suisse a donné des gages ces derniers temps à la politique américaine en reniant le Pacte sur les migrations qu'elle avait contribué à mettre en route, puis elle s'est dédite sur le Traité pour l'interdiction des armes nucléaires. L'ensemble de cette politique ne passe pas inaperçu sur la scène internationale, où la neutralité helvétique est nettement moins évidente.

La nouvelle route du dollar

Enfin, il y a le fameux accord de libre-échange entre les deux pays, une nouvelle route du dollar pour l'économie suisse. Le Conseil national se prononcera le 19 juin sur une motion demandant qu'on relance le processus abandonné en 2006. Konrad Graber (PDC/LU), son auteur, doit cependant bien constater que la part des exportations helvétiques vers les Etats-Unis est passée de 9,7 pour cent en 2007 à 15,3 pour cent aujourd'hui. Preuve que l'actuelle situation n'est pas si mauvaise. Faut-il dès lors «s'applaventrer» devant l'administration Trump et brader notre neutralité dans une période où il faudrait justement la renforcer sur la scène internationale? Donald Trump passera, mais la Suisse non.

Créé: 05.06.2019, 15h06

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