Vendredi 19 janvier 2018 | Dernière mise à jour 21:36

Suisse Les lacunes du bracelet électronique préoccupent

La surveillance électronique sera introduite au niveau national à partir de 2018. Inquiètes, des autorités pénitentiaires dressent un état des lieux.

Le bracelet électronique n'est pas approprié pour tous les détenus.

Le bracelet électronique n'est pas approprié pour tous les détenus. Image: Keystone

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Le bracelet électronique a suscité beaucoup d'interrogations dans le canton de Vaud après le meurtre de Marie en mai 2013. Claude D. était parvenu à s'en débarrasser avant de quitter son appartement pour aller tuer la jeune femme quelques heures plus tard.

Le drame n'empêchera pourtant pas la surveillance électronique d'entrer en vigueur dans toute la Suisse à partir de 2018, dans le cadre de la révision du droit pénal. Tous les cantons devront prévoir des mesures d'exécution des peines avec la surveillance électronique, rappelle le Tages-Anzeiger dans son édition du 14 décembre 2017.

Le nombre de détenus pouvant purger leur peine à domicile est donc appelé à croître ces prochaines années, des projections estimant à 4% le nombre de prisonniers qui pourront porter un bracelet électronique. Ce dernier sera destiné à des peines courtes (de 20 jours à un an) et comme mesure de réinsertion au terme de longues peines.

Trop d'euphorie

Outre Vaud et Genève, les cantons de Berne, de Soleure, du Tessin ainsi que les deux Bâle ont participé aux essais depuis 1999. Ils ont condamné chaque année à la surveillance électronique entre 250 et 550 personnes. Si les avantages sont connus -bon marché, des prisons moins engorgées et début de réinsertion-, les faiblesses ne manquent pas non plus.

Ces mêmes cantons mettent en garde contre une forme d'euphorie, rappelant que le bracelet électronique n'est pas adapté pour les criminels dangereux. «Les attentes envers la surveillance électronique sont exagérées», prévient Benjamin Brägger, secrétaire du Concordat de l'exécution des peines en Suisse centrale et Nord-Ouest.

Que pendant les heures de bureau

A Saint-Gall, Joe Keel, le chef de l'exécution des peines, évoque une ignorance largement répandue chez les politiciens et les ministères publics sur les limites du bracelet électronique. «Nous n'avons tout simplement pas les moyens de garder les criminels à l'oeil sur un écran en temps réel et d'intervenir immédiatement en cas d'infractions.»

Le contrôle sera donc limité. «Les détenus ne sont surveillés que durant les heures de bureau. Si l'alarme se déclenche, la police ne peut pas réagir tout de suite», avertit Stefan Weiss, responsable de l'exécution des peines à Lucerne. Si un condamné parvient par exemple à se débarrasser de son bracelet le vendredi soir, l'alarme ne pourra être traitée que lundi matin.

Le précédent Claude D.

Les meurtriers et les violeurs ne seront pas non plus ralentis par un bracelet électronique, ajoute-t-il. «Avec la surveillance, on ne peut pas empêcher la récidive, il y a toujours un risque.» Le canton de Vaud en a fait l'amère expérience avec Claude D., meurtrier de Marie.

Ce n'est pas qu'un problème de ressources, mais aussi de technologie. Les bracelets électroniques n'ont pas de puce GPS qui permette la géolocalisation. Ils disposent uniquement d'une radio fréquence reliée à un modem placé au domicile des condamnés. Même le GPS ne peut pas garantir une surveillance efficace puisqu'elle s'interrompt parfois, dans les garages, les tunnels ou encore lors de rassemblements, rappelle Joe Keel.

Bâle enchanté mais...

La plupart des cantons pilotes tirent toutefois un bilan positif de leur expérience. «Nous n'avons eu que peu de problèmes et pratiquement aucune tentative d'évasion ou de récidive», se félicite Gerhard Mann, directeur des autorisations et libérations au département de la sécurité à Bâle.

Le canton a néanmoins dû traiter un cas très grave avec Markus Wenger en octobre 2011 et en février 2012. Ce détenu portant un bracelet électronique était parvenu à chaque fois à attirer une femme chez lui et à abuser d'elle. Son casier judiciaire comportait déjà 22 cas de viols.

Les autorités rhénanes ne seraient pas opposées à étendre le bracelet électronique pour des personnes condamnées jusqu'à trois ans de prison. Le Conseil des Etats s'est déjà opposé et le National lui a emboîté le pas mercredi. (nxp)

Créé: 14.12.2017, 14h48

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