Mardi 16 juillet 2019 | Dernière mise à jour 15:40

Edito La laideur est bien plus grave que le mitage du territoire

Ce n'est pas en figeant les zones à bâtir que l'on réconciliera les Suisses avec leur environnement. Mais en construisant moins déprimant qu'aujourd'hui.

Comme ici à Bulle, le développement autour des agglomérations est souvent l'occasion de multiplier des «zones». Les Suisses sont souvent désillusionnés face à la transformation de leur pays.

Comme ici à Bulle, le développement autour des agglomérations est souvent l'occasion de multiplier des «zones». Les Suisses sont souvent désillusionnés face à la transformation de leur pays. Image: google maps

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Les Suisses sont très sensibles au paysage. Malgré les mots d'ordre, les réflexes droite-gauche ne sont pas automatiques dans les urnes sur les objets concernant l'aménagement du territoire. Ainsi la Lex Weber a-t-elle passé la rampe du peuple et des cantons en 2012, alors qu'elle était combattue par tous les partis bourgeois.

Pour cette initiative contre le mitage, comme le montre le sondage Tamedia, la cause des jeunes écologistes trouve un soutien marqué du côté l'UDC. Les deux partis partagent d'ailleurs la couleur verte... Les jeunes Verts et les «vieux» UDC entretiennent deux formes de nostalgie: les premiers veulent figer le territoire, les seconds sa population.

Le mal est fait

Mais la réalité se joue de la nostalgie. Il est dans la nature humaine d'édifier des bâtiments et de mélanger les populations. L'initiative contre le mitage est trop rigide. Après la Lex Weber, la Suisse a adopté la Loi sur l'aménagement du territoire (LAT) visant à densifier plutôt que disperser les constructions. Il faudra du temps pour en juger les résultats. Ou peut-être pas, car, diront certains fatalistes, le mal est fait.

La tyrannie des «zones»

On ne peut se le cacher, il y a une profonde désillusion des Suisses par rapport à la transformation de leur pays. En traversant des zones industrielles, des zones artisanales, commerciales ou résidentielles standardisées, c'est un sentiment déprimant qui prévaut. Ce sont bien des «zones» dans lesquelles on renonce systématiquement à créer les conditions d'une vie sociale, tant leurs utilisateurs semblent étrangers les uns aux autres. Les emblèmes de cette évolution sont les fameux ronds-points, dont «Le Matin Dimanche» a tenté en désespoir de cause de classer les plus moches!

Les plus beaux villages

A l'inverse, on vote sur les plus beaux villages et les lauréats sont ceux qui ont le mieux su préserver leur patrimoine et une forme de vie à l'ancienne. Ici se niche la nostalgie d'une Suisse qu'on idéalise, mais qui n'est pas celle qui travaille et construit aujourd'hui. Hélas, ce qu'on bâtit de neuf semble si souvent enlaidir notre environnement. A tort ou à raison. Parfois, il faut laisser du temps au regard pour apprivoiser de nouvelles formes. Mais il ne faut pas s'étonner si des initiatives drastiques comme celle des Verts séduisent dans l'espoir d'en finir avec ces outrages faits au paysage. L'initiative ne changera rien à ce malaise, qui relève surtout d'une absence de goût, de l'unique souci du fonctionnel et de la division de notre espace en« zones» sans âme.

Créé: 16.01.2019, 07h54

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