Dimanche 7 juin 2020 | Dernière mise à jour 11:17

Covid-19 Une Lausannoise raconte: «Je respirais comme dans un four»

Alexandra Moreno, 32 ans, en excellente santé, sort d'un violent coronavirus. Elle témoigne pour que l'on cesse de minimiser. Et crie, haut et fort, qu'il ne s'agit pas d'une grippe.

Vidéo: Alexandra Moreno/Facebook

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«Ca m'est tombé dessus d'un coup le mardi 17 mars vers midi. J'étais au téléphone avec une collègue. Brusquement, la toux a commencé. J'ai cru que j'avais un chat dans la gorge. Juste après, j'ai eu un mal de tête avec des douleurs intenses, centralisées au niveau du front. C'était comme un étau qui serrait tellement fort. J'en ai pleuré.»

Co-fondatrice d'une Sarl en relations publiques, Alexandra Moreno a 32 ans et ne connaît aucun problème de santé. En marge de sa vidéo de prévention sur Facebook, elle a accepté de confier au «Matin» son chemin de croix face au coronavirus qui l'a terrassée il y a deux semaines et durant deux semaines. Elle l'a vécu, seule, dans son appartement lausannois.

«Ils étaient perturbés par mon âge»

Dès le mercredi 11 mars, la jeune femme s'était déjà auto-confinée en raison de la pandémie. Le mardi 17, elle tombait comme une mouche. Incapable de poursuivre son télétravail avec sa collègue en raison de ses quintes de toux et de ses céphalées, elle tente de faire une petite «sieste». 40 minutes plus tard, la fièvre s'invite et s'installe. «J'ai eu subitement très chaud, je transpirais, je suffoquais, je respirais de plus en plus fort. J'ai appelé la hotline Covid. Mes interlocuteurs étaient perturbés à cause de mon âge et de la rapidité de mes symptômes. On m'a passé six personnes différentes, des infirmières, des médecins. Ils ont fini par me demander de venir au CHUV.»

«Ils ont refusé de me tester»

«Mon état se dégradait. J'ai attendu de reprendre des forces pour grimper dans un taxi. Je me suis retrouvée au Centre Covid. Là-bas, ils ont estimé que vu mon âge et mon absence d'antécédents, je n'étais pas une personne à risque et qu'il n'était pas utile de me tester. J'étais choquée. Sur mon insistance, ils ont pris ma température et ma tension. Ils m'ont dit que «ça allait passer comme une grippe et que ce serait terminé dans quelques jours», déplore la trentenaire. Je suis rentrée chez moi, déconfite. J'ai eu de nouveaux pics de fièvre. Le lendemain matin, j'ai pensé que j'allais mieux.»

«J'ai cru à une crise cardiaque»

«J'ai vraiment pensé que j'allais mieux. L'après-midi, mes poumons ont commencé à brûler. C'était comme si je respirais dans un four. J'ai fait de la tachycardie. Mon cœur me faisait tellement mal que je me suis dit que je faisais une crise cardiaque. Ma respiration s'est péjorée. Je ventilais. J'étais incapable de bouger. J'ai rappelé la hotline qui m'a redirigé vers la permanence du Valentin. J'ai pris sur moi et me suis rendue sur place en taxi. Quand je suis arrivée, c'était fermé. J'étais ahurie. J'ai recontacté la hotline et j'ai de nouveau eu droit au couplet sur la grippe. Ainsi qu'à un: «Si ça se trouve, vous ne l'avez même pas.»

«Lui m'a écoutée»

«Moi qui n'aime déjà pas les hôpitaux et les médicaments, j'ai été déçue avec cette hotline. J'ai tout de même appelé une amie médecin qui m'a confirmé qu'ils ne me prenaient pas au sérieux à cause de mon âge. Puis mon médecin traitant. Lui m'a écoutée. Il m'a crue. Il m'a prescrit du Dafalgan (paracétamol). J'ai un client qui s'est déplacé en pleine nuit pour m'en apporter. Ca a eu un effet immédiat. Mais j'ai fait une bêtise quelques jours plus tard. J'ai arrêté trop vite et les symptômes ont repris du poil de la bête. Mon médecin m'a grondée. Je n'aurais pas dû arrêter avant 9 jours.»

«Je suis épuisée»

Le jeudi 26 mars, après 10 jours de lutte, Alexandra Moreno se rend chez son médecin pour une prise de sang. «Il m'a trouvée épuisée.» Lundi 30 mars, le résultat des analyses sanguines indique une situation biologique d'infection virale au décours: sa charge virale est en train de diminuer. «Je sors d'un violent coronavirus. Ce que je tiens vraiment à dire, et j'insiste, c'est que ça peut vraiment toucher tout le monde. Il ne faut pas minimiser. Et il faut cesser de dire que c'est une grippe, ce n'est pas du tout le cas.»

Evelyne Emeri

evelyne.emeri@lematin.ch

Créé: 01.04.2020, 06h49

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