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Sanction des urnes Les leçons des élections genevoises pour la Suisse

Les élections du parlement genevois, avec la montée des extrêmes, la défaite PLR et le Fukushima des Verts, recèlent des enseignements pour la politique suisse et les scrutins sur la libre circulation des personnes.

La victoire du MCG et de l'UDC à Genève montre que la problèmatique de la concurrence étrangère sur le marché de l'emploi et du logement est de plus en plus sensible.

La victoire du MCG et de l'UDC à Genève montre que la problèmatique de la concurrence étrangère sur le marché de l'emploi et du logement est de plus en plus sensible. Image: Keystone

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Coup de sac au Grand Conseil à Genève. Les électeurs ont malmené hier dimanche 6 octobre leurs politiciens et rebrassé la carte politique des partis. Les Verts ont vécu leur Fukushima, le PLR encaisse une sévère défaite alors que les partis populistes, ou situés aux extrêmes de l'échiquier politique, font un carton.

Quels enseignements peut-on en tirer pour la politique suisse? D'abord que les questions de migration et de sécurité préoccupent de plus en plus les électeurs partout en Suisse. Revue point par point des principales leçons du scrutin genevois.

1/ Menaces sur la libre circulation des personnes

Le succès du Mouvement citoyen genevois (MCG), qui talonne le PLR avec 20 sièges au parlement, est dû à son discours anti-frontaliers avec son slogan «Priorité aux résidents». Il surfe sur l'inquiétude de la classe moyenne genevoise qui subit la concurrence de la main d’œuvre française pour le travail et celle des internationaux pour le logement.

On retrouve une problématique semblable en Suisse alémanique. Elle n'est pas tournée contre les frontaliers mais contre les Européens, Allemands en tête, qui s'installent nombreux à Zurich ou ailleurs. Une initiative UDC contre «l'immigration de masse» vient de passer devant le parlement où elle a été refusée.

Le succès conjoint du MCG et de l'UDC genevois signalent que cette problématique anti-étrangers devient de plus en plus chaude. A Berne, l'extension de la libre circulation à la Croatie, l'initiative Ecopop sur la limitation de l'immigration et l'initiative UDC pour renégocier la libre circulation des personnes, qui seront successivement soumis au peuple ces prochaines années, arrivent sur un terrain de plus en plus explosif.

2/Le Fukushima des Verts

Les Verts genevois ont perdu hier 7 sièges sur 17. Une catastrophe pour eux. Le tsunami a emporté leur conseillère d'Etat Michèle Künzler au premier tour. Et il n'est pas exclu que les Verts perdent tout siège au Gouvernement genevois le mois prochain. Ce revers spectaculaire est cependant la poursuite d'un trend négatif que le parti suisse connaît depuis plusieurs années. Concurrencé par les Verts libéraux sur sa droite, par le PS sur sa gauche et par le PDC au centre avec Doris Leuthard en figure de proue du tournant énergétique, les Verts n'arrivent plus à garder leurs électeurs.

Les co-présidentes suisses Adèle Thorens et Regula Rytz ne parviennent pas à enrayer le déclin. La conséquence? Les ambitions des Verts de décrocher un siège au Conseil fédéral s'éloignent de plus en plus.

3/ Le PLR et les problèmes de sécurité

Le PLR genevois subit une défaite mortifiante en abandonnant 7 sièges. Il reste le premier à Genève avec ses 24 sièges mais c'est une maigre consolation quand on sait qu'il résulte de la fusion des libéraux et des radicaux. Il a tardé à prendre le virage sécuritaire que réclamaient les électeurs et a ouvert un boulevard au MCG. Son magistrat Pierre Maudet essaie de rattraper le temps perdu avec un certain succès puisqu'il arrive en tête des candidats au Gouvernement.

Au niveau suisse, les résultats genevois vont conforter la ligne du président du PLR Philipp Müller qui se présente comme un hardliner sur les questions de sécurité et d'asile. Mais, le revers du PLR genevois douche aussi l'espoir du parti de faire admettre à tous ses électeurs que les Bilatérales sont une bénédiction pour la prospérité du pays en regard des inconvénients.

4/ Stagnation du PS et du PDC

Le PS et le PDC genevois sont restés stables. Mais cela n'a pas la même signification pour les deux partis. Pour le PS, les résultats sont une déception car il n'arrive pas à Genève comme en Suisse à capitaliser sur le mécontentement des gens envers le système économique. Les déçus votent très à droite ou très à gauche, comme en témoigne le retour d'Ensemble à gauche à Genève.

Pour le PDC, en revanche, la stagnation en milieu urbain est déjà une victoire. Le parti est confronté à une érosion constante surtout dans ses bastions traditionnels comme on l'a vu en Valais. Le fait qu'il ne perde pas de plumes à Genève, où la compétition était féroce et où des dissensions dans le parti sont apparues, est un signe très positif au niveau suisse.

5/ Les petits partis impuissants face aux éléphants

A Genève, les deux partis qui ont fait sensation sur la scène fédérale ces dernières années, à savoir les Verts libéraux et le PBD, sont demeurés impuissants. Les premiers ont enregistré 3 % des voix, le second 0,5%. Autant dire pas lourd puisqu'il leur fallait obtenir un minimum de 7% pour entrer dans l'arène du Grand Conseil.

Au niveau suisse, cela signifie que ces partis n'ont pas beaucoup de chances de s'étendre s'ils ne bénéficient pas de personnalités connues ou si la compétition entre les éléphants est déjà très forte. Le PBD notamment, qui est représenté au Conseil fédéral, devra ramer fortement pour conserver sa visibilité et ses électeurs lorsque sa figure de proue, Eveline Widmer-Schlumpf, quittera le Gouvernement.

Créé: 07.10.2013, 15h40

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