Lundi 23 septembre 2019 | Dernière mise à jour 17:00

Cinéma Les films cèdent la toile aux jeux vidéo

Des salles obscures proposent aux gamers de jouer sur grand écran. Un phénomène en expansion.

Vidéo: Laura Juliano

Micro-trottoir vidéo

Seriez-vous prêt à aller au cinéma pour autre chose qu'un film ? Nous avons posé la question aux passants dans les rues de Lausanne.

(Video: Laura Juliano)

«L’idée d’aller au cinéma pour voir autre chose qu’un film émerge dans la tête des gens.», Yves Arbel, directeur de Cinepel (Image: Laurent Crottet)

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Tandis que les cinéphiles de la première heure quittent le Rex, à Neuchâtel, nous nous faufilons dans la salle obscure en compagnie de nos deux jeunes cobayes, Savanna et Naveen. Il reste une heure avant que les séances de l’après-midi ne reprennent. Durant ce créneau, le cinéma se change en gigantesque station de jeu. Un technicien nous tend des manettes sans fil et branche une Play-Station au projecteur. Naveen a apporté son jeu favori, «FIFA». Assis dans la salle déserte, les deux joueurs manipulent avec enthousiasme les gigantesques footballeurs, au milieu du tumulte du public virtuel. «Ça change de la maison, lâche-t-il. Avec la taille de l’image et la qualité du son, les sensations sont décuplées.» Seule ombre au tableau: au premier rang, la connexion des manettes flanche par moments. Mais la maîtrise reste correcte.

Depuis quelques mois, tous les cinémas de la société Cinepel, à Bienne, à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds, proposent aux gamers de louer la salle pour 200 francs l’heure. «Cela nous permet d’élargir nos prestations et d’atteindre d’une manière originale le public de 16 à 25 ans, qu’on perd un petit peu, notamment à cause du streaming, indique Yves Arbel, directeur. Ce n’est pas une offre rentable mais plutôt promotionnelle.»

Pour l’heure, tous les cinémas de la région ne sont pas encore équipés. Une PlayStation par ville navigue de salle en salle en fonction des demandes. Cette année, une quinzaine. «Des enfants, mais aussi de jeunes adultes, venus célébrer un enterrement de vie de garçon», souligne Yves Arbel, qui rappelle à ceux qui ont une préférence pour d’autres consoles qu’ils sont libres de les apporter. Du côté de Cinérive, présent sur la Riviera, la même idée est en gestation. «Lors d’une phase test, on a été ravi par la réaction des joueurs. L’ambiance était extraordinaire, se réjouit Yves Moser, directeur. Cela ne remplacera jamais le cinéma traditionnel, mais cela s’inscrit dans la perspective des nouvelles utilisations que nous voulons faire de nos salles.»

Mille et une possibilités

Jeux vidéo mais aussi réunions professionnelles, opéras, ballets, concerts, mariages, projections privées, les cinémas redoublent d’imagination pour mettre à profit les plages «hors séances» de manière inédite. «Un client voulait reconquérir le cœur de sa belle en visionnant «Titanic» en tête-à-tête et, d’ici à deux mois, l’une de nos salles accueillera une cérémonie de mariage, se réjouit Yves Arbel. L’idée d’aller au cinéma pour voir autre chose qu’un film émerge dans la tête des gens.» La toile est en passe d’absorber les contenus de nos petits écrans. Chez Cinérive, on planche sur la projection de séries télévisées et de contenus Web. Dans le cadre du Montreux Comedy Festival, qui se déroulera du 3 au 6 décembre, la société diffusera gratuitement des sketches de personnalités qui font le show sur YouTube, à l’image de Norman, suivi d’une séance de dédicace. «Ce type d’événement a un succès phénoménal», note Yves Moser.

Une évolution «parfaitement naturelle», selon Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse, pour qui la salle «ne doit pas être sacralisée et n’appartenir qu’au septième art. Nous surfons sur la tendance de l’event, car les technologies actuelles rendent cela financièrement et pratiquement plus abordable. En Suisse alémanique, certaines salles vont jusqu’à se transformer en discothèque.»

Vers une démocratisation

Si le public se diversifie, il en va de même de l’autre côté du projecteur. La diffusion n’est plus réservée à une élite de cinéastes. En cause, les coûts de production, qui ont considérablement chuté. «Avant, il fallait fournir du 35 millimètres. Maintenant, même un ado qui fait un film avec son iPhone peut venir avec sa clé USB et le diffuser, remarque l’expert. Le paradigme a changé. Le droit va devoir s’y adapter.»

Si les joueurs sont invités à apporter leurs propres jeux ou films, ce n’est pas par hasard. Pour éviter de verser des droits d’auteur, la projection doit rester privée. Sans quoi les frais ne permettraient pas de couvrir un tel service. «Une seule règle: le cercle des spectateurs doit être limité à la famille et aux amis proches», rappelle Corinne Frei, responsable du bureau romand de Suissimage. En revanche, si l’on souhaite visionner, hors séances, un film à l’affiche, cela reste possible, à condition d’y emmener une trentaine d’amis.

Créé: 22.11.2014, 13h21

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