Dimanche 29 mars 2020 | Dernière mise à jour 10:45

Canton de Zurich Locataires virés pour augmenter les loyers

Une retraitée a reçu son congé après avoir passé 61 ans dans son logement. L'assureur veut démolir son immeuble pour construire du neuf et ainsi percevoir des loyers plus élevés.

Le peuple devra voter

L'initiative de l'Association suisse des locataires (Asloca) pour davantage de logements abordables, actuellement débattue aux Chambres, veut inciter la Confédération et les cantons à encourager davantage la construction d'habitations à loyer modéré. Elle demande que 10% des nouveaux logements soient déclarés d'utilité publique.

Pour y parvenir, cantons et communes pourraient faire valoir un droit de préemption, notamment sur les immeubles appartenant à la Confédération ou à des entreprises qui lui sont liées, comme les CFF ou la Poste. Le texte est rejeté par le Conseil fédéral, qui le juge ni réaliste ni conforme au marché.

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Alors que le Conseil national débat ce mercredi de l'initiative populaire de l'ASLOCA sur les loyers abordables (voir encadré), le Tages-Anzeiger se fait l'écho d'une pratique qui va en augmentant chez les grandes sociétés propriétaires de logements. Celles-ci congédient tous les locataires d'un immeuble pour construire des nouveaux bâtiments et ainsi augmenter les loyers. Conséquence: les locataires de longue date, souvent âgés, doivent déménager.

C'est ce qui arrive en ce moment à Regensdorf (ZH). Swiss Life a décidé de démolir un immeuble des années 50 dans lequel vit depuis 61 ans Margrit Steindorfer. La vieille dame de 89 ans a donc reçu son congé pour le 30 juin 2019 et n'en dort plus depuis. Les 120 autres locataires des lieux ont également été congédiés, tout autant choqués que l'octogénaire.

Selon Swiss Life, une rénovation coûterait trop cher d'autant que l'immeuble doit être adapté aux normes actuelles, avance-t-il. Mais les occupants des lieux ne croient guère à cette explication car le bâtiment est encore en bon état et tout le monde est satisfait de son logement. D'autant que les loyers (1000 francs pour un 4,5 pièces) sont très bas.

Hausse de tous les loyers d'un coup

Pour Walter Angst, de l'association des locataires alémaniques, la manoeuvre est claire: les résiliations en masse sont le meilleur moyen d'augmenter les loyers en une fois, critique-t-il. «Au lieu de réaménager, on sacrifie souvent de bons matériaux de construction pour faire un maximum de rendement». Hic: cela touche souvent les personnes âgées et les locataires à faibles revenus, soupire-t-il.

Cette pratique serait à la hausse, en particulier au sein des grandes sociétés de gestion immobilière, selon le Tages-Anzeiger. Ainsi en ville de Zurich, la part de nouveaux bâtiments a plus que doublé en 10 ans. Et 48% des rénovations ont abouti à des résiliations générales l'an dernier. Les calculs sont serrés, et si une société juge la démolition plus rentable, elle n'hésite pas, explique Walter Angst. D'autant qu'ainsi, elle s'évite les plaintes relatives au bruit pendant les rénovations. Et les futurs loyers, bien plus chers, compensent les pertes de loyers durant les travaux.

«Impitoyable»

Du côté de Regensdorf, on ne comprend pas non plus la décision de Swiss Life. Selon le greffier municipal, des travaux par étapes auraient pourtant été possibles, ce qui aurait permis de mieux aider les locataires à se retourner. Pour la commune, «il est incompréhensible qu'une assurance telle que Swiss Life, qui vit des fonds LPP des assurés, se comporte aussi impitoyablement». L'assureur se défend et explique que s'il n'avait pas résilié les baux, la durée des travaux aurait doublé. Ce qui aurait été pénible pour le quartier et le voisinage, indique sa porte-parole.

Mais les locataires ne baissent pas les bras et ont engagé plusieurs procédures contre leur congédiement. L'organe de conciliation de la commune a été saisi et certains ont déjà obtenu des prolongations de bail. Mais cela ne suffit pas car pour beaucoup, c'est de toute manière la galère pour retrouver un logement à prix abordable dans le quartier. A l'image de Margrit Steindorfer. «Pour bien chercher, il faudrait d'abord avoir un ordinateur et je n'en veux pas», dit l'octogénaire.

Créé: 12.12.2018, 10h20

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