Vendredi 23 août 2019 | Dernière mise à jour 19:03

Environnement Lutte contre le plastique: la Suisse pas au top

La Suisse produit encore trop de déchets urbains. Les eaux des lacs sont aussi fortement polluées par le plastique.

Le plastique représente 13% des déchets en Suisse.

Le plastique représente 13% des déchets en Suisse. Image: archive/photo d'illustration/Keystone

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La Suisse produit près de cent kilos de déchets en plastique par habitant et par an. Le recyclage n'en est qu'à ses débuts et les interdictions ne semblent pas à l'ordre du jour. Une alternative serait de proposer des produits de remplacement, des systèmes à usage multiple ou de nouveaux modèles de paiement.

«La Suisse est l'un des pays au monde comptant la plus grande quantité de déchets urbains. L'efficacité des systèmes de nettoyage, de tri et de collecte fait toutefois que ces montagnes de déchets ne sont guère visibles», explique le porte-parole de Greenpeace Yves Zenger. Les eaux helvétiques sont également fortement polluées par le plastique.

Plastique peu recyclé

Le plastique représente 13% des déchets en Suisse. Mais seuls 10% sont recyclés, selon les données de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Le reste, à savoir 90%, est brûlé dans des usines d'incinération ou des cimenteries. D'un point de vue écologique, aussi bien l'incinération que le recyclage présentent un bon bilan, souligne Rebekka Reichlin, porte-parole de l'OFEV.

Greenpeace et l'association «Zero Waste Switzerland» (Zéro Déchet Suisse) considèrent en revanche comme un gigantesque gaspillage de ressources l'incinération des déchets plastique. Le recyclage ne résout pas non plus le problème. La plupart des déchets plastiques sont trop hétérogènes pour pouvoir en tirer une matière de qualité équivalente. De plus, le recyclage dévore beaucoup d'énergie, explique Yves Zenger.

Les entreprises qui recourent à des emballages à usage unique émettent le mauvais signal et attisent le gaspillage, déplore Greenpeace. Elles devraient donc assumer une part de l'élimination des déchets, selon le principe de causalité.

Greenpeace salue expressément des initiatives comme le «centime propreté», actuellement discuté par la Ville de Berne: ceux qui produisent des déchets devraient aussi cofinancer leur élimination de l'espace public, un coût estimé par la Ville à 11 millions de francs par an. Dans le cas spécifique, les producteurs de déchets ne sont pas les consommateurs mais les grands distributeurs et les take-away.

Opprobre sur la paille jetable

La paille jetable pour boire est devenue le symbole par excellence du gaspillage de plastique. Au vu du problème des microplastiques dans l'environnement, plusieurs pays discutent de l'interdiction des pailles. La touillette pour le café et le coton-tige sont également dans le collimateur. Ce n'est sans doute pas par hasard qu'il s'agit là de produits auxquels les consommateurs peuvent renoncer sans trop d'efforts.

La précipitation de la Ville de Neuchâtel étonne tout de même. Elle est la première en Suisse à vouloir bannir les pailles en plastique de ses bistrots. La mise en pratique achoppe notamment sur des problèmes juridiques: il est illégal d'interdire un produit dans un canton s'il est permis dans d'autres.

Il est clair pour tout le monde que la proscription des pailles ne résoudra en rien les problèmes écologiques dus au plastique. L'OFEV observe avec raison qu'elles ne constituent qu'une part infime des déchets et du littering. Un point positif aux yeux de l'office est que la prise de conscience face au problème augmente.

L'OFEV ne vise aucune interdiction de produits. Des articles à usage unique pour lesquels il existe de bonnes alternatives – vaisselle, couverts ou cotons-tiges en plastique – doivent certes disparaître du marché, estime sa porte-parole Rebekka Reichlin. Mais il appartient aux commerçants d'agir.

Commerces et politique sollicités

À ce propos, la porte-parole renvoie à l'introduction réussie des sachets en plastique payants dans les supermarchés, à la consigne sur les gobelets en plastique ou aux restrictions de la vaisselle à usage unique lors de grands événements.

Il y a trois ans, Coop et Migros ont renoncé à la gratuité des sachets en plastique. Selon cette dernière, leur utilisation a baissé de 83% depuis. De plus, ils sont entre-temps composés à 100% de matériel recyclé.

Selon Zero Waste Switzerland, les grands distributeurs ont introduit la taxe d'eux-mêmes uniquement pour éviter une interdiction politique. Il reste donc urgent que les milieux politiques agissent et prennent des mesures.

Modifier les habitudes

Remplacer les produits en plastique à usage unique par d'autres articles jetables n'a pas de sens, estime la cofondatrice de Zero Waste Switzerland Natalie Bino. «Les articles à usage unique biodégradables dévorent beaucoup d'énergie, de chimie et de ressources. Il est davantage sensé de passer à des systèmes régionaux à usage multiple», souligne-t-elle.

Même avis chez Greenpeace: remplacer les pailles en plastique par celles en paille est un premier pas, mais il ne faut pas en rester là. Il est plus important d'investir dans des services alternatifs à usage multiple, comme faire remplir ses contenants et les réutiliser. (ats/nxp)

Créé: 16.07.2019, 10h27

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