Jeudi 9 juillet 2020 | Dernière mise à jour 23:34

Témoignages Le malaise grandit parmi les soldats mobilisés

Alors que les hôpitaux mettent des personnes au chômage partiel, des soldats vivent mal cette mobilisation: ils ont l'impression de prendre le travail des professionnels. Et le font savoir.

Dès aujourd'hui, certains soldats engagés depuis quatre semaines auront la possibilité de rentrer chez eux. Mais il ne s'agit pas d'une démobilisation, c'est un congé de 48 heures. Après, retour à la troupe.

Dès aujourd'hui, certains soldats engagés depuis quatre semaines auront la possibilité de rentrer chez eux. Mais il ne s'agit pas d'une démobilisation, c'est un congé de 48 heures. Après, retour à la troupe. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Absurde», tel est le mot qui revient souvent dans les témoignages de soldats qui écrivent à certains médias, malgré l'interdiction qui leur est faite. Ce ne sont pas des antimilitaristes, loin de là, mais des personnes engagées depuis plusieurs semaines qui font le constat désarmant de leur inutilité, dans cette lutte contre l'épidémie.

En contradiction avec l'urgence

Ces témoignages contredisent clairement la situation d'urgence qui est défendue à Berne par le Conseil fédéral disant «que les autorités civiles vont avoir nettement plus besoin de l'armée ces prochains jours et semaines». Ce qui a fait relever le plafond relatif au service d'appui à 8000 militaires jusqu'à fin juin.

Incompréhension

Pour l'instant, 5000 ont rejoint la troupe, dont 3800 engagés sur le plan sanitaire. Parmi ceux-ci, la moitié des appelés semblent attendre dans des casernes avant d'être affectés à des missions qui tardent à venir. Les autres, qui sont affectés dans des établissements de soins, ont maintenant l'impression de prendre le travail du personnel qualifié. L'annonce de certains hôpitaux d'avoir recours au chômage partiel pour des personnes bien plus compétentes que les militaires engendre autant d'incompréhension que de frustration.

Inutile

Les soldats constatent que les hôpitaux se débrouillent très bien sans eux. «Sommes-nous indispensables? Questionne un soldat. La réponse est non, car il y a suffisamment de professionnels de la santé qui sont disponibles. Pire, nous prenons la place de personnes formées, qui travaillent dans le domaine de la santé depuis des années. Au lieu d’engager des militaires faiblement qualifiés, les hôpitaux auraient d’abord dû faire appel aux professionnels de la santé qui ont été renvoyés à la maison faute de travail et qui accumulent des heures négatives.»

Personnel au chômage

«Actuellement, relève un autre, dans tous les hôpitaux de notre pays, la situation semble bien gérée. Il y a suffisamment de lits et suffisamment de soignants. En effet, tous les cas non urgents ont dû quitter l’hôpital, les opérations ont été repoussées, il y a moins de personnes qui viennent aux urgences par peur d’attraper le Covid-19 et moins d’accidents car les gens sortent peu.»

Renvoyées à la maison

Les soldats se retrouvent donc face à du personnel soignant désoeuvré: «Je le remarque dans le service où je travaille, note untel, plusieurs de mes collègues infirmières, assistantes ou aides-soignantes, ont été renvoyées à la maison faute de travail, alors qu’elles étaient prévues sur le planning. Il serait plus logique que ce soit nous qui soyons renvoyés à la maison. De plus, l'armée fait pression sur les établissements pour que l'on travaille jusqu'à 12 heures par jour, alors que cela ne correspond pas du tout aux besoins.»

Le message doit rester

Le problème, c'est que personne ne semble vouloir admettre que cette mobilisation est démesurée. Alors l'armée veille à ce que le message reste positif concernant la nécessité de son action: «De hauts gradés passent vérifier notre moral et insistent, en nous posant de multiples fois la même question pour que nous confirmions que tout va bien et qu’on bosse dur. Peu importe que ce soit la vérité, tant qu’ils valident ce qu’ils sont venus valider et rapportent la bonne nouvelle aux instances supérieures...»

Des coûts et des employeurs lésés

Evidemment, cette mobilisation a un coût et certains estiment que les soldats seraient plus utiles dans leurs entreprises: «Les millions de francs investis pour loger, transporter, nourrir et blanchir plusieurs milliers de soldats sont totalement exorbitants, constate un soldat, lorsqu’on sait qu’ils jouent au ping-pong au lieu d’être auprès de leurs proches ou d’aider leur entreprise face à la crise qui se dessine.»

Des congés, mais pas de démobilisation

Enfin, cette conclusion d'un appelé: «J’étais heureux de pouvoir aider et de me sentir utile dans cette terrible crise qui touche mon pays. Malheureusement je ne suis pas utile, bien au contraire. Il faut absolument tirer la sonnette d’alarme car cette situation est absurde et extrêmement coûteuse.»

L'armée a décidé d'octroyer des congés de 48 heures à certains dès ce mardi. Mais elle semble encore loin de songer à une démobilisation.

Eric Felley

Créé: 14.04.2020, 14h25

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.