Samedi 20 avril 2019 | Dernière mise à jour 16:02

SUPER-RICHES Maurer dérape sur les «Panama Papers»

Le ministre des Finances estime que la pratique du offshore doit continuer pour les nantis. Les parlementaires tiquent.

Ueli Maurer ne s'est pas fait que des amis avec ses déclarations sur la pratique du offshore.

Ueli Maurer ne s'est pas fait que des amis avec ses déclarations sur la pratique du offshore. Image: Yvain Genevay

Ueli Maurer a-t-il outrepassé son rôle en défendant les riches?

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A contre-courant de la curée médiatique qui a frappé les personnes prises dans le filet des «Panama Papers», Ueli Maurer estime que la Suisse doit garder des possibilités de placements offshore pour les super-riches. Il s’exprimait ainsi hier dans «Blick» à l’occasion des 100 jours dans son nouveau costume de grand argentier de la Confédération.

A la question de savoir ce qu’il pensait personnellement des activités offshore conçues pour les nantis, il a répondu: «On doit créer des possibilités. Les gens riches paient beaucoup plus d’impôts que moi. Je ne suis pas riche, mais sans les riches je devrais payer plus. Nous ne devons pas jouer les supermoralisateurs du monde.»

Autrement dit, Ueli Maurer semble placer les super-riches au-delà d’une certaine éthique. Le Parti socialiste n’a pas tardé à réagir: «Lorsqu’un ministre des Finances défend personnellement les affaires offshore, s’insurge le Vaudois Roger Nordmann, président du groupe aux Chambres, les contribuables honnêtes ne peuvent que se sentir floués. Payer ses impôts n’est pas une question morale, mais une obligation légale.»

«Son argument ne tient pas»

Pour Dominique de Buman (PDC/FR), membre de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national (CER), le raisonnement d’Ueli Maurer est difficile à suivre: «Je suis d’accord avec lui quand il dit que les riches paient beaucoup d’impôts ou plus que lui… Mais le problème soulevé par les «Panama Papers», c’est que justement les gens riches font des montages financiers pour ne pas payer d’impôts… Son argument ne tient pas.»

Autre membre de la commission, Olivier Feller (PLR/VD) n’est pas opposé aux places offshore: «Elles peuvent présenter un cadre intéressant pour les entreprises qui sont actives au plan international ou qui ont des activités dans de nombreux pays.» Par contre, il ne suit pas le raisonnement d’Ueli Maurer sur ceux qui en auraient besoin à titre personnel: «Je n’ai pas de sympathie pour les personnes physiques qui placent leur argent à travers des sociétés écrans. Je ne juge pas le passé, mais aujourd’hui, ces pratiques me paraissent révolues. Cela dit, la Suisse ne peut pas agir seule en modifiant ses lois, c’est au niveau international que les choses doivent évoluer.»

Ueli Maurer, toujours dans Blick, rappelle que les sociétés offshore ne sont pas illégales et que la loi sur le blanchiment est déjà bien assez stricte en Suisse. Il fait confiance à l’Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) et au ministère public. «C’est toujours populaire de réclamer plus de régulation. Mais il faut faire attention, se justifie-t-il, on ne peut pas mettre chaque activité sous le contrôle de l’Etat.»

Changement de ton

Pour Ada Marra (PS/VD), membre aussi de la CER, le discours du ministre UDC s’inscrit dans un changement de ton à Berne: «Johann Schneider-Ammann n’aurait pas dit autre chose. En fait, c’est aujourd’hui la position de la majorité du Conseil fédéral. Eveline Widmer-Schlumpf n’aurait jamais fait une telle déclaration. Elle a travaillé pour davantage de transparence fiscale. Traiter le problème des sociétés offshore aurait été une suite logique. Avec Ueli Maurer, c’est un changement clair. Mais nous devons continuer sur le chemin qui a été tracé par la Grisonne.»

A la différence qu’aujourd’hui le Parlement se veut clairement plus à droite sur ces questions. (Le Matin)

Créé: 09.04.2016, 09h03

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