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Départ de Schneider-Ammann «Ce n'est pas la meilleure stratégie pour le PLR»

Le politologue Pascal Sciarini estime que la démission annoncée de Johann Schneider-Ammann fin 2019, soit après les élections fédérales, ne va pas aider son parti en vue de la campagne.

Johann Schneider-Ammann, ici photographié en 2010.

Johann Schneider-Ammann, ici photographié en 2010. Image: Keystone

Pas comparable à Doris Leuthard

A l'instar de Doris Leuthard, Johann Schneider-Ammann a annoncé son départ longtemps à l'avance via une interview. Pour le politologue Iwan Rickenbacher, cette manière de procéder est un signe que les ministres sont moins étroitement liés à leur groupe parlementaire qu'auparavant. Désormais, la sensibilité personnelle pèse plus dans la décision de se retirer que la politique partisane, comme l'a montré le départ inattendu de Didier Burkhalter.

Selon lui, l'annonce faite par Doris Leuthard et celle de Schneider-Ammann ne sont pas comparables. «L'âge et leur situation de vie ne sont pas les mêmes», a-t-il déclaré à l'ats. Les deux cas se distinguent également au niveau des «considérations internes aux partis»: en ne donnant pas de date précise, Doris Leuthard a peut-être voulu lancer une discussion, par exemple sur une candidature féminine. A l'inverse, Schneider-Ammann a parlé de la fin de la législature. Et il existe une grande favorite pour sa succession, a souligné le politologue.

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Johann Schneider-Amman ne briguera pas un nouveau mandat de conseiller fédéral. Dans une interview accordée vendredi à la NZZ, le chef de l'économie affirme avoir «un point de repère clair, à savoir la fin de la législature en 2019». Le libéral-radical emboîte ainsi le pas à sa collègue Doris Leuthard (PDC) qui a fait la même annonce en juillet dernier. Quel impact aura cette nouvelle démission annoncée? Interview avec le politologue et professeur à l'Université de Genève, Pascal Sciarini.

Le Matin: Johann Schneider-Ammann annonce qu'il ne se représentera pas fin 2019. Votre réaction?

Pascal Sciarini: Je ne suis pas surpris, on s’y attendait. La seule question qui restait ouverte c’était si cette démission aurait lieu en cours de législature ou en fin de mandat. Il semble pour Schneider-Ammann que ce soit la fin de mandat. Il y a eu pas mal de voix récemment pour demander aux conseillers fédéraux d’arrêter de démissionner en cours de route car ils sont élus pour 4 ans. On attend donc qu’ils restent en place jusqu’au bout. C’est peut-être la raison pour laquelle il veut s’arrêter en fin de législature.

Quel regard portez-vous sur le Bernois?

Je ne pense pas qu’il va laisser une trace importante dans la politique suisse. Il ne s’est pas distingué par un activisme débridé, ni par un charisme exceptionnel. Peut-être, paradoxalement, sa décision la plus courageuse a été sa velléité récente de réformer l'agriculture en Suisse et de la soumettre encore plus à la concurrence et au libre échange. C’est courageux dans un pays où l’agriculture a encore une telle importance. Sinon, je n’ai pas eu l’impression qu’il ait donné des impulsions décisives à des projets novateurs dans son département. Il s’est révélé comme un gestionnaire plutôt qu’un visionnaire.

Quel impact ce départ va-t-il avoir pour le PLR?

Le fait que Johann Schneider-Ammann dise aujourd'hui qu'il ne va pas se représenter fin 2019 n’est peut-être pas pour le PLR la meilleure des stratégies. S’il avait démissionné 6 mois avant les élections fédérales d'octobre, cela aurait permis au PLR de faire parler de lui bien avant la campagne électorale en vue de cet événement. Là, on risque de beaucoup parler de sa succession après les élections, soit entre octobre et décembre. Le PLR en profitera donc moins sur le plan médiatique.

Doris Leuthard a également annoncé son départ. Vont-ils partir ensemble, selon vous?

J’imagine qu’ils vont se coordonner entre eux. Maintenant le fait que Johann Schneider-Ammann décide de partir fin 2019 n’empêchera pas Doris Leuthard de partir avant si elle le souhaite. Précisément dans un but électoraliste, pour soutenir son parti et permettre au PDC de capitaliser autour de son départ en vue des élections fédérales d'octobre 2019.

Mais un départ commun ouvrirait bien le jeu politique pour leur succession...

C'est vrai qu'un départ isolé restreint le choix des papables, puisqu'on a en Suisse des règles très précises de proportionnalité: il faut trouver la bonne personne, de la bonne région, du bon sexe, etc. Avec les départs de deux candidats de deux partis différents, cela augmente fortement le choix des papables. En outre, les partis vont sans doute se conformer à une règle non écrite mais en vigueur depuis quelque temps: celle de présenter une liste de deux candidats. La composition de ce ticket pourrait alors être basé sur un plus large panel de candidats.

Ueli Maurer a fait savoir dans la presse qu’il envisageait lui de se représenter en 2019. Mais, vu son âge, il pourrait aussi choisir de démissionner. Pourrait-on envisager un départ à trois?

C’est possible. Mais généralement, les conseillers fédéraux en place, par choix ou par opportunité, partent seuls. C’est déjà rare quand ils partent à deux et je n’ai pas de souvenir récent d’un départ à trois. La raison est que le Conseil fédéral cherche à garantir une stabilité ministérielle, et la stabilité est plus grande quand un seul ministre part à la fois. Le scénario d’un départ à trois est donc à ce titre peu probable. Mais si c'était le cas, cela élargirait encore plus le spectre des papables, puisqu’on pourrait imaginer alors des tickets un Romand-un Alémanique, un homme-une femme, bref, toutes sortes de combinaisons.

Créé: 27.04.2018, 11h07

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