Dimanche 16 décembre 2018 | Dernière mise à jour 16:40

Sécurité Leur métier? Neutraliser les drones!

Une société suisse s’est spécialisée dans la protection contre les engins volants. Aéroports, prisons, forces spéciales, ses clients sont nombreux.

Des aigles antidrone

Aux Pays-Bas, la police a tenté de dresser des aigles à intercepter les drones. Même si elle a décidé en décembre d’abandonner un projet jugé trop coûteux, d’autres polices s’y intéressent encore. Notamment celle de Genève.

Les drones augmentent l'insécurité

Les drones représentent-ils vraiment une menace?

Ils peuvent être utilisés comme des armes surtout dans des zones de conflit. Par exemple, les terroristes de Daech ont déjà eu recours à des drones piégés, en Irak notamment. Leur faible coût, entre 150 et 1500 francs, les rend d’autant plus attractifs. Comme souvent, cela montre que les éléments de loisirs peuvent être pervertis à d’autres fins.

À quel point sont-ils dangereux?

Pour l’instant, ils ont une limitation technique qui est leur taille. Ils ne vont pas occasionner des dégâts comparables à celui d’une bombe d’un missile. Mais cela reste un outil intéressant, mobile, léger, discret, et qui a la particularité de pouvoir être utilisé à distance, ce qui limite les risques pour celui qui le manie. C’est donc une arme assez significative et capable d’augmenter l’insécurité ambiante.

La Suisse est-elle prête à faire face à ce risque?

Il est toujours difficile d’évaluer un risque mais, aujourd’hui, il me semble maîtrisé. Tout d’abord, je pense que la Suisse n’est pas aussi exposée que le Moyen-Orient ou certaines villes américaines. De plus, ces derniers temps, il y a eu une prise de conscience de la problématique de la part des autorités. En tout cas, c’est une préoccupation qui est intégrée par les forces de l’ordre et les organisateurs lors de la préparation des grands événements en Suisse.

Frédéric Esposito
Directeur de l’Observatoire de la sécurité à l’Université de Genève

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Le bourdonnement strident retentit à l’horizon. Immédiatement, un point rouge luit sur l’écran de l’opérateur assis à l’arrière du van noir parqué dans la campagne zougoise. Grâce au radar, le spécialiste suit à la trace les évolutions du drone dans le ciel. Une fois la menace repérée, l’équipe de la société suisse de sécurité Meritis a moins de deux minutes pour l’intercepter. Si nécessaire, l’opération est même réalisable en quatre secondes. Première étape, l’identifier grâce aux caméras installées sur le toit du véhicule. «Nous zoomons sur l’engin volant, cela nous permet notamment de savoir s’il y a une charge explosive dessus», explique Yann*, responsable du développement pour l’entreprise. Le Zurichois de 47 ans prend ensuite la décision de neutraliser l’intrus. Pour cela, plusieurs solutions s’offrent à lui. «Un drone utilise trois fréquences, une pour le vol télécommandé, une pour envoyer les images au sol et un dernier signal pour se repérer, le GPS. Avec nos antennes, nous pouvons choisir de brouiller les trois signaux ou seulement les deux premiers», détaille l’ingénieur de formation.

Les conséquences ne seront pas les mêmes. «Si vous voulez le faire descendre immédiatement, par exemple parce que vous avez peur d’une collision aérienne avec un avion ou un hélicoptère, vous coupez tout. L’appareil sera aveugle et il va atterrir en urgence», précise Yann. À l’inverse, si le signal GPS n’est pas interrompu, l’engin volant va d’abord essayer de retrouver du réseau en prenant de l’altitude, puis va automatiquement revenir à son point de départ. «Nous, si on veut savoir où est le pilote, on le suit sur le radar et on appelle la police ou l’armée pour leur donner les coordonnées.»

Un million de francs la minute

Si les hommes de Meritis chassent ainsi les drones, ce n’est pas pour le sport. «Ce sont des menaces pour les infrastructures sensibles. Les risques vont de l’accident aux attaques terroristes en passant par l’espionnage», affirme Yann. Zones militaires, centrales nucléaires, centres de données, ambassades, prisons: les clients potentiels de Meritis sont aussi nombreux que variés. «C’est également un enjeu important pour les aéroports. Ils sont à la recherche de solutions parce que cela leur coûte une fortune d’interrompre le trafic aérien quand un drone pénètre là où il ne devrait pas.» À Dubaï, par exemple, les pistes ont dû être plusieurs fois fermées par le passé. Coût de l’opération, un million de francs par minute.

«C’est classifié…»

«Ce que nous offrons, c’est la protection complète d’un périmètre défini», confirme Marcel Thoma, directeur de Meritis. Justement, ce lundi, la démonstration à laquelle nous assistons est organisée pour de potentiels nouveaux clients. «C’est la délégation d’un pays…» confie seulement celui qui a fondé l’entreprise il y a dix-sept ans, refusant d’en dire plus. Attentive aux explications de Yann, la demi-douzaine de personnes, rassemblée près de l’écran géant accroché à l’arrière du van, s’intéresse de près au dispositif mis au point par la société suisse et constamment amélioré depuis quatre ans. Celui-ci offre notamment la possibilité de créer un dôme de protection d’un périmètre allant de 300 m à 10 km, dans lequel aucun drone ne peut pénétrer. Et si un engin indésirable se trouve déjà à l’intérieur, celui-ci sera forcé à atterrir. Cette solution est, par exemple, utilisée pour sécuriser des lieux stratégiques, de grands événements ou, dans sa version mobile, des convois de personnalités.

Le radar de Meritis, initialement conçu pour la détection des oiseaux, permet aussi de repérer un drone jusqu’à 3 kilomètres de distance, le distinguant d’un volatile grâce à la rotation de ses hélices. «Selon l’environnement, le radar peut être remplacé par des panneaux acoustiques qui ont une moins grande portée mais qui peuvent détecter les appareils derrière les arbres ou les murs, là où les ondes du radar ne vont pas», continue Yann à l’intention de ses invités. L’ingénieur souligne également la possibilité d’ajouter des caméras infrarouges ou thermiques au dispositif.

Pas une priorité en Suisse

Et combien coûte une telle installation? «Je ne sais pas si c’est classifié…» hésite-t-il. Un peu à l’écart, son patron articule, lui, un nombre. «À l’achat, notre système coûte au minimum un demi-million de francs. Cela peut grimper jusqu’à plusieurs millions, selon les options.» Marcel Thoma souligne que son entreprise est principalement active aux États-Unis ainsi qu’au Moyen-Orient. Mais il n’en dira pas plus sur ses clients. Il faut dire que ce colonel de l’armée suisse, qui a longtemps évolué dans le monde de la finance, aime la discrétion. «Nous travaillons avec les forces spéciales de plusieurs pays mais nous n’allons pas le mettre en avant, ni donner leur nom», glisse-t-il, tout en observant la démonstration qui suit son cours.

Dans tous les cas, le directeur de Meritis assure que le marché est aujourd’hui immense. «C’est une menace de plus en plus importante. Les troupes américaines en Irak et en Syrie recensent trente incidents par semaine liés aux drones», détaille-t-il. Pour répondre à cette demande grandissante, de nombreuses entreprises se lancent dans le domaine. «Désormais, c’est tendance de lutter contre les drones, nous avons beaucoup de concurrents, mais en réalité ceux qui sont véritablement sérieux et efficaces tiennent sur les doigts d’une seule main», assure Marcel Thoma, précisant que la réputation de qualité et de fiabilité helvétique a été très importante pour le succès de son entreprise.

Paradoxalement, il remarque que la protection contre les engins volants ne fait pas partie des priorités dans notre pays. «Nous avons parfois été engagés pour des événements importants, mais, en Suisse, les gens n’ont pas conscience des risques parce que, pour le moment, il ne s’est rien passé. Ici, un drone survole une centrale nucléaire et personne ne s’inquiète», constate-t-il. Derrière lui, la démonstration touche à sa fin. Pour achever de convaincre la mystérieuse délégation, l’un des employés dégaine le Sky Cleaner, la version portable de leur système. Avec ce fusil antidrone futuriste, capable de brouiller le signal radio jusqu’à 4 km de distance, il braque l’engin volant face à lui pour le forcer à atterrir. «Le faisceau est assez large, il n’y a pas vraiment besoin de viser mais il a un côté impressionnant qui plaît aux clients», sourit Yann. (Le Matin)

Créé: 31.01.2018, 12h40

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