Dimanche 19 mai 2019 | Dernière mise à jour 08:00

Pacte de l'ONU Migrations: la Suisse face à la géographie de la peur

En décembre, le Conseil fédéral envisage de signer le Pacte mondial sur les migrations. C'était sans compter le jeu de l'UDC au Parlement, qui a fait passer une motion pour le contrer.

Des milliers de Honduriens ont rejoint un cortège qui remonte vers le Nord, traversant le Mexique en direction des Etats-Unis. Un phénomène migratoire impressionnant qui vient s'ajouter à beaucoup d'autres en ce début de 21e siècle.

Des milliers de Honduriens ont rejoint un cortège qui remonte vers le Nord, traversant le Mexique en direction des Etats-Unis. Un phénomène migratoire impressionnant qui vient s'ajouter à beaucoup d'autres en ce début de 21e siècle. Image: Keystone

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Certains doivent penser que le phénomène actuel des migrations dans le monde n'est qu'une mauvaise passe de l'Histoire. Tout indique qu'ils se trompent lourdement. Avec la croissance démographique, les changements climatiques et la disparité des richesses, il ne fera que s'accentuer au fil du siècle et probablement au-delà.

La colonne de milliers de Honduriens qui fuient leur pays à pied en direction du Nord, malgré les menaces américaines, est symptomatique d'une population qui n'a rien à perdre. Au Venezuela, près d'un million de personnes se sont réfugiés dans les pays voisins. En Birmanie, ce sont quelque 400 000 milles Rohingyas qui ont été poussés dehors. Plus de cinq millions de Syriens ont quitté leur pays, etc.

Migration ou mobilité mondiale ?

En 2018, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés compte 68,5 millions de personnes« déracinées» dans le monde, un record historiquement élevé. Le nombre de migrants installés un peu partout est estimé à 258 millions. Soit 3,4 % de la population mondiale. Ce chiffre a doublé depuis le début du siècle.

Il semble qu'il y ait deux façons d'envisager cette problématique. Pour la ligne dure, il faut barrer les routes migratoires, mettre des grillages ou des murs et faire surveiller les frontières par des vigiles. Elle défend ce que d'aucuns appellent une «géographie de la peur». Pour la ligne plus humaniste, il s'agit de penser les migrations en terme de mobilité des populations sur la durée. Le Pacte mondial des Nations Unies sur les migrations, en cours de ratification dans de nombreux pays, va dans le sens de la seconde. Les pays de la ligne dure - Les Etats-Unis, la Hongrie et la Pologne - ont dit qu'ils ne signeraient pas.

La ligne dure du National

Le 10 octobre dernier, le Conseil fédéral a décidé d'adhérer à ce projet onusien, qui comporte un grand nombre de points, qui ne sont pas contraignants. Mais l'UDC est parti en guerre contre ce texte. Il a entraîné avec lui le PLR et le PDC. Le 19 octobre, la Commission des institutions politiques (CIP) du Conseil national a enjoint le Conseil fédéral de ne pas signer ce pacte, mais de le soumettre au Parlement, voire au peuple, pour le couler.

Une bonne majorité (17 à 7) a soutenu une motion dans ce sens. La CIP a comme vice-président Andreas Glarner (UDC/AR). Celui-ci s'est permis de s'attaquer au chargé de mission suisse à l'ONU, qui a œuvré à la coordination du pacte. Pour l'Argovien, ce diplomate devrait être sous le coup d'une enquête pénale pour trahison! Dans cette commission, on trouve les «hard liners» de la droite: Jean-Luc Addor (UDC/VS), Michael Buffat (UDC/VD), Gregor Rutz (UDC/ZH), Lukas Reinman (UDC/AR), mais aussi Gerhard Pfister (PDC/ZG).

Un monde sans migration ?

Dans la bouche des élus UDC, le terme même de «migration» fait l'objet d'un blocage intellectuel manifeste. Il y aurait une situation idéale originelle, un monde sans migration, où chacun resterait chez soi, ne voyagerait que pour travailler ou aller en vacances. Au cœur des Alpes, la position privilégiée de la Suisse biaise leur vision. La réalité est que l'ordre, ou plutôt le désordre du monde crée des populations entières qui n'ont d'autres choix que d'émigrer pour trouver mieux. C'est le rôle de l'ONU d'y réfléchir d'une manière globale et celui de la Suisse d'y apporter sa part d'intelligence.

Le Pacte mondial sur les migrations doit être approuvé formellement lors d’une conférence des chefs d'État au Maroc les 10 et 11 décembre prochain. Que va faire le Conseil fédéral ? Va-t-il passer outre la motion de la CIP ? Celle-ci devrait être aussi débattue au Conseil des Etats, où l'UDC German Hannes (UDC/SH) en a déposé une autre pour interdire au Conseil fédéral de signer le pacte. Ce dernier pourrait temporiser en attendant que le Parlement se prononce.

infographie: Yannick Michel (Le Matin)

Créé: 25.10.2018, 07h01

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