Vendredi 29 mai 2020 | Dernière mise à jour 09:56

interview Un monde bientôt sans plumes!

Une Suisse sans hirondelle? Pour François Turrian, directeur romand BirdLife Suisse, ce scénario ne relève pas de la science fiction.

François Turrian, directeur romand de BirdLife Suisse: «En Suisse, 40% des oiseaux nicheurs sont sur liste rouge. Deux oiseaux sur cinq, c’est un taux record!».

François Turrian, directeur romand de BirdLife Suisse: «En Suisse, 40% des oiseaux nicheurs sont sur liste rouge. Deux oiseaux sur cinq, c’est un taux record!». Image: Olivier Allenspach - iStock

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Le déclin des oiseaux est un phénomène qui inquiète le directeur romand de BirdLife Suisse, François Turrian. Ce biologiste a servi de guide à une équipe de l’émission «Temps Présent» pour un reportage intitulé «Le silence des oiseaux» qui sera diffusé jeudi sur RTS1. L’occasion de s’entretenir avec ce spécialiste.

Un monde sans oiseaux: de la science-fiction?

«Non! Leurs populations diminuent sur la planète en générale et en Suisse en particulier. Mais un monde sans oiseaux serait dégradé au point d’être invivable pour l’espèce humaine. Le point de non-retour serait dépassé sur une planète où il ne ferait pas bon vivre».

Quels sont les espèces les plus menacées?

«En Suisse, 40% des oiseaux nicheurs sont sur liste rouge. Deux oiseaux sur cinq, c’est un taux record!».

A part nous charmer, à quoi servent-ils?

«Les oiseaux consomment énormément d’insectes. Dans les cultures, ils régulent les ravageurs. En éliminant des rongeurs, les rapaces tels les buses et les chouettes sont les auxiliaires des agriculteurs. Sous les tropiques, les oiseaux pollinisent fleurs et fruits, à l’image du colibri. Partout, ils sont des baromètres qui indiquent la santé de l’environnement».

Les oiseaux perdent-ils du terrain au sens propre?

«On continue de perdre un mètre carré par seconde dans notre pays. L’urbanisation morcelle le territoire et assèche les zones humides. Revitaliser les cours d’eau mis en tuyaux, c’est bien, mais encore insuffisant».

L’agriculteur détient-il la solution?

«Le recours à 2’200 tonnes de pesticide par an, c’est beaucoup pour un pays comme la Suisse. L’Autriche en utilise 40% de moins. Dans une agriculture trop intensive, les haies n’ont pas leur place. Mais le paysan n’est pas responsable de tout: la problématique est liée au système agricole avec ses paiements directs qui ne ménagent pas suffisamment la nature pour produire un effet sur l’ensemble du territoire».

Que peut faire le simple citoyen? Voter autrement?

«Je constate que l’environnement n’est pas la préoccupation prioritaire du Parlement. Les candidats déclarés au Conseil fédéral ne se distinguent pas non plus par leur sensibilité écologiste...».

Et au quotidien?

«Manger autrement, en privilégiant le bio! Ce qu’on mange influence leur habitat. Il y aura davantage de nichées dans une culture bio».

Comment agir sur son balcon?

«Nourrir les oiseaux, c’est important pour l’observation et la sensibilisation. Mais ce nourrissage est sans effet sur le recul des espèces menacées. Plutôt qu’un sachet de graines, mieux vaut une plante indigène comme un sureau, qui offre nourriture et cachette. Ou des fleurs qui attirent les insectes».

Y a-t-il urgence?

«Et comment! En 25 ans, l’Europe a perdu 420 millions d’individus. Des populations entières disparaissent. Cet effondrement favorise les ravageurs invasifs qui troubles nos forêts et nos campagnes. Dire qu'il n’y a pas si longtemps, l’alouette était une espèce commune...».

Créé: 16.10.2018, 15h28

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