Mercredi 13 novembre 2019 | Dernière mise à jour 12:38

Avalanches La mort blanche ternit le week-end de Noël

Les coulées survenues samedi et lundi illustrent tragiquement les risques que courent skieurs et randonneurs.

L’avalanche s’est déclenchée sur le domaine skiable de Saint-Luc - Chandolin sous le poids des trois freeriders, peu avant midi, dans une pente de 40 degrés et par risque 3.

L’avalanche s’est déclenchée sur le domaine skiable de Saint-Luc - Chandolin sous le poids des trois freeriders, peu avant midi, dans une pente de 40 degrés et par risque 3. Image: Police cantonale Valaisanne

Editorial: le ride de poudre, une drogue dure



Noël. La neige est là, cette année. Cadeau. Et dangers. L’abondance de biens booste les acteurs des stations. Les marketeurs nous bombardent de pentes vierges. À vous l’immaculé frisson, à vous ce couloir «trop mortel». Au fait, le risque d’avalanche, il affiche quel degré? 3 sur une échelle de 5. Easy, go. Stop! c’est archifaux. 3, c’est critique.

Aveuglés par la blancheur, vous vous croyez invincibles. Les professionnels, qui vous mettent en garde chaque hiver, sont fatigués. Vous méprisez leur expertise, leur bienveillance. Nivologues, responsables sécurité des domaines, guides de montagne, professeurs de ski… Pour vous protéger toujours plus, l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) sort une nouvelle arme de dissuasion, qu’il espère massive: réévaluer à la hausse son échelle. Parce que vous refusez de comprendre. Pire, vous refusez de renoncer.

La poudre aux yeux, la fleur aux canons. Vous grimpez. Vous dévalez, au risque d’être engloutis en une fraction de seconde, emportés par une plaque que vous pensiez pouvoir dompter. L’essoreuse fera le drame. Et les larmes. Excepté le facteur moindre mais existant de l’imprévisibilité, vous êtes fautifs. Vous êtes informés à longueur de saison, connectés. Vous vous équipez dernier cri comme vous contractez une assurance-vie.

La corde au cou. Cette corde qui vous dit non. Ne passez pas en dessous. Votre inconscience – au nom d’un plaisir furtif – est glaçante. Les pisteurs-secouristes, eux, savent. Ils connaissent chaque strate neigeuse. Ils minent et balisent les paradis blancs. Et vous, vous slalomez aux portes de l’enfer.

Evelyne Emeri

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est un accident comme il risque de s’en produire d’autres en ce début de saison enneigé. Samedi à Saint-Luc (VS), dans le val d’Anniviers, le soleil brillait et le bulletin d’avalanche annonçait un danger 3. Une femme et deux hommes de 29, 29 et 30 ans projetaient se faire plaisir hors piste. Mais la «mort blanche» ne l’entendait pas de cette oreille et a frôlé ce trio de freeriders domiciliés dans les cantons de Vaud et du Valais.

D’après la police valaisanne, il n’était pas 12 h lorsqu’une plaque de 50 m de large et 60 cm d’épaisseur s’est détachée sous le poids des freeriders, à 2700 m. Les trois amis escaladaient en zigzag une pente de 40 degrés, 200 m au-dessus du téléski du Pas-de-Bœuf, d’où ils étaient partis. Tous trois utilisaient un splitboard, sorte de surf pouvant se scinder en deux et être équipé de peaux de phoque dans les montées. La coulée les a emportés 150 m plus bas. Heureusement, l’un des freeriders, partiellement enseveli, a pu se dégager seul. Comme ses camarades, il était équipé d’un détecteur d’avalanche et surtout d’un téléphone, ce qui lui a permis d’appeler le 144 vers 12 h 05.

Un mauvais choix

Les secours sont arrivés sur place 20 minutes plus tard. «Nous avons retrouvé le second freerider rapidement et la troisième inconsciente sous 70 cm de neige. Elle a passé environ 30 minutes ensevelie, mais nous sommes parvenus à la ranimer avant qu’elle soit héliportée vers Sion», explique Grégoire Zen-Ruffinen, médecin-chef chez Air-Glaciers. Cette jeune vaudoise, âgée de 29 ans, était samedi entre la vie et la mort. Elle est malheureusement décédée dimanche soir.

Pour Augustin Rion, responsable avalanche sur le domaine skiable Saint-Luc - Chandolin, présent sur les lieux samedi, les freeriders ont mal choisi leur itinéraire. «L’avalanche était prévisible dans cette pente sud-ouest raide, où la première couche de «gros sel» offrait une faible adhérence au sol. Trop de gens s’arrêtent au degré 3 sans creuser plus. Il y avait peu de neige dans cette pente samedi, mais cela ne signifie pas qu’il y avait peu de risque!» rappelle le guide.

Pas moins de 61% des accidents mortels ont lieu par degré 3, soit 30% du temps. Le hic est que ce degré 3 recouvre des situations très larges. Les guides utilisent d’ailleurs un «3 supérieur» et un «3 inférieur», «entre lesquels il y a un monde», insiste le spécialiste Werner Munter. Du coup, lui et ses collègues guides voient d’un bon œil la décision de la SLF de labelliser en degré 4 certains degrés 3 supérieurs.

Niveau 3 maintenu

«Dans les prochains jours, le danger restera au niveau 3 sur une bonne partie du Valais. Selon les régions et les pentes, des avalanches peuvent donc se déclencher spontanément ou à distance lors du passage d’un skieur. Il est recommandé de ne pas quitter les pistes balisées», insiste Stéphane Vouardoux, un des porte-parole de la police valaisanne. Mais, même là, attention! Surtout en cette période de Noël surchargée, où les accidents sont traditionnellement nombreux lorsque l’enneigement est aussi bon.

Créé: 25.12.2017, 15h42

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.