Mardi 16 juillet 2019 | Dernière mise à jour 08:34

Bienne «Il est mort devant ma porte, une balle dans le dos»

Vingt ans après un crime barbare jamais élucidé, une retraitée raconte.

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Son pavillon est ombragé, parmi d'autres ensoleillés, adossés à des jardins familiaux biennois. On sonne à sa porte, Georgette Gauchat (65 ans) répond à la fenêtre. L'occasion de lui demander ce qu'évoque pour elle le 25 juin 1999, le jour où son voisin brocanteur de père en fils a été abattu en face de chez elle. Il avait 22 ans.

«Il est mort devant ma porte, une balle dans le dos. Je me trouvais chez moi avec mon compagnon yenisch lorsqu'on a entendu comme un plouf», rapporte Georgette Gauchat. Un bruit sourd, comme un corps qui s'affale.

Dessaouler chez nous

«On a reconnu notre voisin qui gémissait. Mais comme c'était le début de la braderie, on s'est dit qu'il avait pris une caramel et qu'il voulait dessaouler chez nous», rapporte cette retraitée. Quand une main posée sur son dos s'est maculée de sang, c'était la panique.

«J'ai appelé ses parents en criant, mais personne n'a répondu, alors qu'il y avait de la lumière chez eux», raconte Georgette Gauchat. On aurait, dit-elle, entendu une mouche voler.

«Fous le camp: ils vont nous tirer dessus!», lui a hurlé le frère aîné sorti par derrière. Le père, lui, a semblé déconnecté. Quand Georgette Gauchat lui a dit que Jeannot était mort, il s'est exclamé: «Jure le voir! Où ça?».

Que reste-t-il?

Que reste-t-il du crime commis le 25 juin 1999, lorsque quatre individus masqués sont entrés par une fenêtre dans le pavillon d'une famille yenisch pour y ligoter un couple et son fils cadet? L'enquête a stagné: les traces ADN n'ont jamais conduit aux coupables.

Ceux qui habitent aujourd'hui sur la scène du crime ne savent rien, sur une parcelle attribuée aux gens du voyage en 1956. Et pour cause: la famille est partie et le pavillon a brûlé. Depuis lors, les parents sont décédés et les deux enfants rescapés n'ont pas réapparu.

Pavillon remplacé

Le pavillon qui a brûlé après le départ de la famille Bittel a été remplacé. «J'habite ici depuis douze ans et j'ignore tout de cette histoire qui ne me fait pas peur», réagit André Wyssenbach, récupérateur de métaux, pour qui «c'est arrivé, et puis quoi?»

«Ca me dit vaguement quelque chose», souffle Silvana Di Francesco, une foraine arrivée il y a sept ans, dont la maman a perdu ses bijoux l'an dernier dans un cambriolage.

«Il n'y a pas grand chose à voler chez nous», reprend Silvana Di Francesco. Les brigands d'il y a vingt ans rêvaient eux d'un gros butin. «On veut tout l'argent!»: cette injonction prononcée en allemand avec un accent balkanique n'avait suscité qu'un laconique «On n'a presque rien». Une réponse qui a déclenché un déferlement de violence.

Dans la bouche

«On m'a mis le canon d'une arme dans la bouche», témoignait le fils de 14 ans, ligoté avec ses parents par de la bande adhésive. «Les otages ont subi des décharges électriques au moyen d'appareils à électrochoc», a rapporté la police vingt ans après.

Tout a basculé lorsqu'après minuit, les deux frères aînés sont rentrés à la maison: des coups de feu ont été tirés à travers une fenêtre, blessant un frère et épargnant l'autre, caché dans l'ombre d'une façade.

De type Uzi

Les agresseurs ont dérobé un pistolet-mitrailleur compact de type Uzi, mais les enquêteurs comptent davantage sur les bijoux: un bracelet, trois colliers et une paire de boucles d'oreilles qui constituent une piste parmi d'autres.

Devant la photo des bijoux en or, Georgette Gauchat hoche la tête: «Heidi ne les a jamais portés, jamais!», dit-elle au sujet de feu sa voisine. Par hasard, les deux femmes portaient alors des Vreneli d'or à 20 francs: Georgette au poignet, Heidi aux oreilles, au sein d'un clan où les hommes étaient amateurs de chevalières et de gourmettes.

Deux pit-bulls

La version de la prise d'otages qui a mal tourné ne convainc qu'à moitié la voisine: «On n'a pas entendu leurs chiens aboyer», rapporte Georgette Gauchat, en évoquant deux pit-bulls blancs dressés en chiens de garde. «Et quand je suis entrée dans leur cuisine, Heidi n'était pas attachée, mais attablée», précise la retraitée.

La police mentionne une VW Scirocco portant des plaques soleuroises et remarquée à Bienne la nuit du crime. Aujourd'hui décédé, le compagnon de Georgette n'avait rien vu et rien entendu, lui qui percevait pourtant tous les faits et gestes sur la place.

Après le crime, Georgette Gauchat n'a pas été conviée à la reconstitution. Vingt ans plus tard, la police ne l'a pas consultée avant de lancer un appel à témoins réactualisé, sur la base des bijoux que l'horlogère retraitée n'a jamais vus.

Créé: 26.06.2019, 06h44

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