Lundi 23 septembre 2019 | Dernière mise à jour 18:15

Jura Narcisses: le bouquet à un franc, moins l'après-midi...

«Le Matin» s'est rendu dans l'autre pays de la «neige de printemps», une fleur inscrite sur liste rouge. Avec un bon guide.

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«Narcisses en danger», tel était le cri d'alarme lancé ce week-end sur la Riviera vaudoise, où les narcisses se raréfient du côté de Montreux. Un plan d'actions a été élaboré, avec côté public, des rangers qui patrouilleront pour informer les promeneurs.

De l'autre côté du plateau suisse, Damvant (JU) est l'autre pays du narcisse. Il n'y a pas là 75 hectares de prairies à narcisses, comme à Montreux, mais neuf. Une seule famille d' agriculteurs est concernée.

Narcisses Run

Ni lac, ni vignoble, ni casino, ni funiculaire: Damvant n'a pas le chic de Montreux, mais le charme opère avec de la forêt, les chevaux l'église et pas loin, les grottes de Réclère. Preuve que la fleur printanière y est perçue comme un patrimoine naturel: la course pédestre Narcisses Run s'y est déroulé le 18 mai dernier, un poil avant la floraison.

Mercredi, la prairie «toute blanche» promise la veille n'était pas un champ de ruine, mais l'orage nocturne a lessivé la combe de Vaux, dans le second sens du terme.

Lisière de forêt

Avant midi, au volant de son 4x4 de champignonneur, Armand Juillard (86 ans) sait où porter son regard, en lisière de forêt. «J'en vois là, là et là!», dit cet enfant du village quand ses passagers n'y voient que du feu.

Pourquoi des narcisses à Damvant et pas ailleurs? «C'est la terre qui fait le narcisse», tranche Armand Juillard, à deux kilomètres du village. Un terre jaunâtre.

Sur ses panneaux, le Service de l'environnement mentionnent «les marnes sous-jacentes puis les calcaires de la Dalle nacrée». Les Juillard évoquent quant à eux la présence dans la terre du mycélium, appareil végétatif des champignons.

Comme son père

Agriculteur comme son père, tandis que son grand-père travaillait le bois, Armand Juillard sait pourquoi le territoire des narcisses a rétréci: «C'est la faute à la charrue, mais surtout aux nitrates contenu dans les engrais: un seul épandage et elles sont foutues», assène-t-il.

Sa remarque n'est pas à prendre comme une critique: elle vise une autre époque, celle où le narcisse n'avait aucune valeur, ni écologique, ni agronomique: «Ce n'est pas avec ça qu'on nourrit les bêtes: elles n'en veulent pas», explique Armand Juillard. Lui et son fils sont, comme il disent, «contents de les voir». Et de les respirer.

Bouquet à un franc

La cueillette immodérée a participé à sa disparition. «Gamin, je vendais des bouquets à un franc au bord de la route», reconnaît l'agriculteur Guy Juillard (50 ans). «Un franc le matin, mais c'était moins l'après-midi...», corrige son père Armand, qui en vendait avant lui pour s'acheter une paire de chaussures.

La «neige de printemps» n'est désormais que localement abondante. Armand Juillard aimait ramener un petit bouquet que son épouse partageait en deux: une moité pour la cuisine, l'autre moitié pour la chambre. «Je n'apprécie pas le narcisse davantage qu'une autre fleur, mais c'est la première du printemps», glisse Vérène Juillard.

Les temps changent: lorsque quatre surveillants lui sont tombé dessus alors qu'il cherchait des champignons, Armand Juillard s'est senti humilié chez lui.

Dispositif expérimental

Dans la combe de Vaux, le département jurassien de l'environnement veille sur un «dispositif expérimental de germination» de graines de narcisse à fleurs rayonnantes, la «Narcissus radiiflorus». Une culture de bulbes à replanter ailleurs, en somme.

Les prairies d'utilité publique rachetées par le canton et louées au paysan sont indemnisées à titre de mesure compensatoire à la construction de l'autoroute A16, à condition de ne pas pratiquer d'agriculture intensive. «Tardive, la fauche n'intervient pas avant le 14 juillet», indique les Juillard. Cette fauche «française» donnera plus de paille que de foin.

Créé: 06.06.2019, 09h16

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