Dimanche 17 février 2019 | Dernière mise à jour 22:21

Transrun Neuchâtel consterne les Romands

En refusant un projet censé dynamiser le canton, les citoyens neuchâtelois s’offrent une nouvelle crise. Les réactions sont nombreuses au plan romand.

Un Conseil d’Etat presque incrédule à l’annonce du résultat du scrutin.

Un Conseil d’Etat presque incrédule à l’annonce du résultat du scrutin. Image: Sandro Campardo/Keystone

Les Neuchâtelois manquent-ils d’ambition?

Un canton sans projet n’a pas d’avenir

Par Sandra Jean
Rédactrice en chef

En refusant le TransRUN, projet ambitieux pour un canton qui ne l’est définitivement pas, Neuchâtel a raté une belle opportunité de s’extirper enfin de cette angoissante spirale des scandales qui succèdent aux mauvaises nouvelles.

Ce dimanche, Neuchâtel est surtout passé à côté d’une magnifique occasion de réunir le Haut et le Bas autour d’un projet fédérateur, visionnaire et écologique. La Suisse romande en reste coite. Personne ne comprend plus Neuchâtel. Phénomène plutôt rare pour un objet de votation cantonale, les réactions hors canton ont fusé. Ici on se demande si Neuchâtel n’est pas maudit, là on estime que ce manque d’ambition est tout simplement affreux.

Beaucoup dénoncent le manque d’envergure du Conseil d’Etat neuchâtelois, incapable de se mobiliser et donc, logiquement, de convaincre une population échaudée par de trop nombreuses bourdes, pour ne pas dire incompétences. Un constat qui dépasse les frontières cantonales. Dans un tweet, le conseiller national vaudois Roger Nordmann (PS) glisse même qu’«avec un gouvernement renouvelé et crédible, il vaudrait la peine de remettre l’ouvrage sur le métier».

Mal défendu, mal ficelé, mal géré, le TransRUN a échoué de peu. Dommage. Neuchâtel méritait de pouvoir croire à nouveau en son avenir. Ce rêve avait un coût, certes élevé, mais c’était le prix à payer pour entrer dans le XXIe siècle.

(Image: Wauters)

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Il s’en est fallu d’un cheveu, mais la liaison ferroviaire rapide et cadencée qui devait rapprocher Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds est enterrée. En refusant le projet de RER TransRUN par 50,29% des voix, les citoyens neuchâtelois ont dés-avoué hier un gouvernement qui s’est trouvé une nouvelle mission: rétablir la cohésion cantonale.

Abasourdi dans la cour du Château, le parlementaire fédéral Didier Berberat (PS/NE) peste contre les opposants, pour qui un investissement de 919 millions était trop lourd: «Ce canton n’a plus d’avenir.» Didier Berberat n’en peut plus de passer 28 minutes dans le train pour relier deux villes distantes de 14 kilomètres: «Mieux vaudra rouler à vélomoteur!» Un vélomoteur, c’est ça, la vision d’avenir du canton? «Les implantations industrielles ne doivent rien aux liaisons ferroviaires», rétorque le conseiller national Yvan Perrin (UDC/NE). Mais, pour les quatre élus du Conseil d’Etat, Neuchâtel a manqué une occasion royale de «redessiner la géographie et l’histoire du canton», selon les mots de Philippe Gnaeggi. «Ce refus nous met dans une position défensive», admet Thierry Grosjean.

Pas de démission

Comment relever la tête, après l’autogoal d’hier? Yvan Perrin suggère de tout miser sur le contournement routier de La Chaux-de-Fonds et du Locle pour améliorer la desserte dans son canton: «Courons un seul lièvre à la fois.» C’est ce que fera le Conseil d’Etat, mais à contrecœur. Thierry Grosjean croit toujours au potentiel de son canton, lui qui affirmait que, si Neuchâtel était une société anonyme, il achèterait des actions: «Mais il faut tout faire pour que le cours des actions remonte», dit-il. Tout faire, mais pas démissionner: «Le peuple n’a pas voulu sanctionner le Conseil d’Etat», assure Claude Nicati, particulièrement visé par la fronde anti-TransRUN.

Tout faire, c’est d’abord «trouver de nouvelles solutions pour assurer la cohésion et le développement du canton». Que faut-il cimenter? Le Haut et le Bas? La ville et la campagne? «Egalement les aînés et les jeunes», suggère Gisèle Ory (PS/NE), qui soupçonne les retraités d’avoir rejeté un projet dont ils ne profiteraient pas. Cimenter, mais comment, alors que le Haut et le Bas se déchirent dans la réforme hospitalière? Le Conseil d’Etat avoue que le non d’hier «ne simplifie pas la définition du destin cantonal». Il s’attend à «une période délicate». Mais Gisèle Ory sait ce qu’il ne faut pas faire: «Une région ne doit pas se développer au détriment d’une autre.»

En refusant de prendre le train en marche, Neuchâtel a écorné une image déjà bien pâle: «La Confédération ne nous prendra plus au sérieux», craint le conseiller aux Etats Didier Berberat. Pour Gisèle Ory, l’enjeu, c’est de «ne pas être décroché de la Suisse romande».

Au niveau romand justement, les réactions n’ont pas tardé hier, à peine les résultats étaient-ils tombés. «C’est affreux», commente la vice-présidente du Parti socialiste, Géraldine Savary. Affreux, car un tel projet permet parfois de redonner confiance à tout un peuple. «Le métro M2 à Lausanne a eu cet effet pour les Vaudois. Les citoyens ont cru en l’avenir à ce moment-là.» Son collègue de parti le conseiller national Roger Nordmann estime que le TranRUN était aussi important pour toute la ligne ferroviaire du pied du Jura (Genève-Bâle). Il appelle d’ailleurs Neuchâtel à relancer le projet une fois les prochaines élections cantonales passées. Ce sera alors sans les 110 millions d’aide fédérale? «Ce sera difficile de les repêcher, la concurrence est telle! Mais, si Neuchâtel accepte un nouveau projet, je ferai tout mon possible pour que l’enveloppe soit accordée», promet Roger Nordmann. (Le Matin)

Créé: 24.09.2012, 07h28

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