Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 12:55

Surprenant Au nom du père, du fils et de Mandela

Un sondage indique que les Suisses voient dans le père de l’Afrique du Sud moderne une figure incarnant davantage l’idée de réconciliation que… Jésus!

Disparu en 2013, Nelson Mandela est le meilleur modèle de réconciliation aux yeux des Suisses.

Disparu en 2013, Nelson Mandela est le meilleur modèle de réconciliation aux yeux des Suisses. Image: Micheline Pelletier / CORBIS

Mandela qui surclasse Jésus, ça vous étonne?

Jésus écope d’une mention bien mais pas excellent, selon le magazine qui publie le sondage.

L'édito

Les Suisses préfèrent Nelson Mandela à Jésus-Christ

Qui viendra nous sauver? Qui pour incarner la paix et la réconciliation entre les peuples? Il n’y a pas que la période de Pâques qui pousse à nous poser ces questions. Il y a le monde tout simplement. Un monde qui a de quoi vous déprimer, avec un début d’année bien sombre, entre une catastrophe aérienne sans précédent, l’attentat de Charlie Hebdo et le conflit syrien pour ne citer qu’eux. Même les plus imperméables à l’info, entre deux séries cultes et pendant que le dernier épisode termine son téléchargement, échappent difficilement à la sinistrose. Et les bonnes nouvelles, distillées ici et là, n’y changent rien.

Qui pour nous redonner espoir? Un sondage forcément partiel, puisqu’il demandait aux sondés d’établir un classement parmi sept noms, permet de s’en faire une certaine idée. Ainsi, les Suisses préfèrent Mandela à Jésus, au moment d’incarner la réconciliation. Mahatma Gandhi et Mère Teresa devancent aussi le Nazaréen le plus connu de la planète et des cieux. Faut-il s’en étonner? Le sondage vient en tout cas confirmer que l’universel, le rassembleur n’est plus l’apanage du seul fait religieux. Au contraire. Lorsqu’il s’agit de calmer les esprits, ce sont les politiciens au fort pouvoir symbolique que l’on ressuscite.

Sans grande surprise, c’est Mahomet qui vient clore la liste proposée au sondage. Sans surprise, car ceux qui parlent le plus fort au nom du prophète, du côté du «Califat», brillent particulièrement par leur cruauté et leur intolérance envers tout ce qui ne cadre pas avec leur interprétation de l’islam. Cet état de fait doit encourager les musulmans, légitimement lassés de devoir se distancier des fanatiques, à remettre l’ouvrage sur le métier. Expliquer leur religion et condamner sans relativiser, comme on l’entend souvent. Aucun «oui mais» ne fera monter Mahomet dans les sondages.

Simon Koch
Rédacteur en chef adjoint
simon.koch@lematin.ch

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L’époque n’est pas à la joie. Massacre par-ci, crash ou naufrage par-là, l’actualité a rarement été aussi sinistre que ces derniers mois. Dans ce contexte troublé, la rédaction du gratuit Quart d’heure pour l’essentiel, distribué dans 100 000 foyers ces jours, a commandé une enquête aux conclusions pour le moins surprenantes à l’institut Link. Les auteurs de ce sondage ont demandé à plus de 1000 Suisses, tous milieux confondus, quelles figures symbolisaient le mieux l’idée de réconciliation à leurs yeux.

Publié dans un tous-ménages qui se définit comme «bon pour la foi», à l’occasion de Pâques, le résultat des courses ne fait pourtant pas de cadeaux à Jésus, et encore moins à Mahomet. Devancé par Mandela, Mère Teresa et Gandhi dans les esprits, sinon dans les cœurs des Helvètes, Jésus n’apparaît qu’en milieu de classement. Derrière lui, le pape François, suivi de Bouddha et, donc du fondateur de l’islam. «Pour être honnête, on s’est demandé que faire avec ce dernier résultat, reconnaît Christian Willi, le directeur d’Alliance Presse, qui coédite le magazine. Mais nous avons décidé de faire du journalisme jusqu’au bout. Nous aurions aussi publié ces résultats si Jésus était arrivé dernier», explique cette personnalité du monde évangélique.

Plus politique que religieux

Il met cependant en garde: ce sondage n’a pas la valeur d’un test de popularité: «La grande question, pour nous, c’était de savoir ce que les gens allaient mettre dans l’idée de «réconciliation». Visiblement, ils l’ont prise dans un sens géopolitique et ont voté pour des «faiseurs de paix», d’où le succès de Mandela.»

De toute façon, ces résultats n’ont pas l’air de bouleverser Pascal Gemperli, président de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM): «Que Mahomet «score peu», ce n’est pas étonnant quand on voit ce que fait Daech en se réclamant de lui.» Il explique que le prophète est pourtant bel et bien une figure de réconciliation: «C’est en marchant dans ses pas que nous, à l'UVAM, nous engageons beaucoup pour le dialogue interreligieux, même si nous ne sommes pas en conflit avec les autres communautés, à la base. Pour le reste, il voit surtout dans ces données l’expression d’une «logique chronologique»: «Les gens ont vu Mandela à la télé, la politique de réconciliation nationale. Franchement, si on m’avait demandé de prédire les résultats, j’aurais imaginé quelque chose comme ça.»

Le philosophe François-Xavier Putallaz, de l’Université de Fribourg, juge, quant à lui, que le rang de Jésus s’inscrit dans la continuité de son passage sur terre: «S’il avait fait l’unanimité, croyez-vous qu’il eût été mis à mort?» Il estime que, à la foi homme et Dieu, selon la foi chrétienne, le Christ ne peut être qu’un «bouleversant signe de contradiction» en plaçant chacun devant la possibilité du salut. (Le Matin)

Créé: 03.04.2015, 08h58

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