Mercredi 20 mars 2019 | Dernière mise à jour 01:57

Primes maladie «Nouveau coup dur» pour les assurés et les familles

L'annonce de la hausse des primes de l'assurance de base fait bondir les associations de patients et de consommateurs, ainsi que le PS.

La nouvelle augmentation des primes place nombre de personnes en situation d’urgence, selon le PS.

La nouvelle augmentation des primes place nombre de personnes en situation d’urgence, selon le PS. Image: Keystone

Des regroupements de caisses en vue

Une vague de fusions se prépare du côté des assureurs pour l'an prochain, a rappelé lundi le ministre de la santé Alain Berset. Le nombre de caisses maladie en Suisse passera de 57 à 53.

Avanex sera regroupée au sein d'Helsana. De même Sansan passera à Progrès. Les assurés devraient ainsi éviter une trop forte hausse de leurs primes, avait justifié Helsana au début du mois. De son côté, ÖKK phagocytera KMU, et Sanitas son assurance Wincare.

Selon le comparateur comparis.ch, cela concernera 570'000 affiliés, à savoir environ 205'000 pour Avanex, le même nombre pour Sansan, 6000 de KMU et environ 160'000 de Wincare. Les assurés de ces caisses recevront une offre de migration de la part d'Helsana, ÖKK ou Sanitas en principe lors de l'information sur les primes 2017.

Si aucune démarche n'est entreprise, les assurés passeront automatiquement à une nouvelle caisse maladie. Comparis.ch recommande aux personnes concernées de comparer l'offre reçue aux propositions de la concurrence. «La règle d'or est et restera la même: dans l'assurance de base, les prestations sont identiques quelle que soit la caisse maladie et toutes sont tenues d'affilier chaque personne résidante en Suisse qui en fait la demande».

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) mène des tests de solvabilité pour l'ensemble des caisses, a par ailleurs indiqué son directeur Pascal Strupler. Pour l'heure, les réserves de quatorze assureurs n'atteignent pas les exigences minimales fixées par l'office, a-t-il ajouté.

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La hausse des primes pour 2017 est «un nouveau coup dur» pour les assurés et surtout pour les familles, a indiqué lundi Rebecca Ruiz, présidente du Service aux Patients Suisse occidentale. C'est à nouveau la population qui trinque.

Les hausses annoncées lundi par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) frapperont durement les familles puisqu'elles concernent notamment les enfants et les jeunes adultes, a indiqué la conseillère nationale (PS/VD).

Or le contexte au Parlement n'est guère favorable aux patients, selon elle. «La majorité de droite veut durcir toutes les conditions générales liées à l'assurance maladie. Elle veut par exemple augmenter les primes les plus basses ou bloquer pour trois ans les assurés qui choisissent une franchise élevée de 2500 francs», a cité en exemple la Vaudoise.

Médecine à deux vitesses

Ce n'est pas en augmentant la participation des assurés aux frais de santé que l'on résoudra le problème. «Une telle logique conduit à une médecine à deux vitesses où les plus démunis vont de plus en plus renoncer aux traitements», prédit la socialiste.

«La nouvelle augmentation des primes place nombre de personnes en situation d’urgence. La population paie un lourd tribut à la libéralisation et à la course au profit dans le domaine de la santé», écrit de son côté le PS dans un communiqué. «Les pouvoirs publics doivent contrebalancer cet équilibre et envisager le domaine de la santé comme un service public. C’est là le seul moyen pour contrôler et endiguer les coûts», estime le parti socialiste.

Structure tarifaire

Selon Margrit Kessler de l'organisation suisse des patients (OSP), c'est la structure tarifaire qui est principalement en cause. «Le gros problème est qu'il y a de plus en plus de traitements ambulatoires, au détriment des traitements hospitaliers», explique-t-elle à l'ats. nOr, le traitement ambulatoire est entièrement pris en charge par les caisses maladie, alors que le canton finance en partie (55%) les soins stationnaires (hospitaliers).

Pour Mme Kessler, il est donc souhaitable que les cantons mettent aussi la main au porte-monnaie pour les traitements ambulatoires. «Les primes maladie baisseraient alors».

Vaud: une hausse due à l'ambulatoire et à la concurrence

Le canton de Vaud, où la hausse est de de 4,9% pour les adultes, de 5,8% pour les jeunes adultes et de 7,6% pour les enfants, l'augmentation des primes est à chercher «en grande partie» au niveau du rattrapage dans le domaine de l'ambulatoire, a-t-il indiqué lundi. La hausse «avait été insuffisamment intégrée» dans les primes 2015 et 2016. Certains assureurs ont dû puiser dans leurs réserves.

La concurrence entre assureurs est l'autre raison mise en avant pour expliquer la hausse 2017. «Plusieurs dizaines de milliers d'assurés» ont changé de caisse à la suite des fortes hausses de certaines sociétés, ce qui a entraîné «une réduction massive» du taux de réserves légales. La caisse Supra doit par exemple augmenter de 15,3% ses primes en 2017 à cause de ce phénomène.

Concernant la forte progression des coûts de l'ambulatoire, le canton de Vaud a déjà pris des mesures. Il a décidé d'introduire à partir de 2015 une régulation des équipements lourds, ce qui ne produira toutefois des effets complets qu'à partir de 2017. L'introduction d'une enveloppe budgétaire dans les cabinets médicaux et pour l'hospitalier ambulatoire devrait aussi être mise en oeuvre afin de réguler le volume des prestations.

Réserves insuffisantes en Valais

Les caisses des groupes Mutuel et CSS, les principales sur le marché valaisan, doivent reconstituer leurs réserves. Cette situation explique la hausse des primes supérieure à la moyenne suisse en Valais. Les augmentations de primes de ces caisses qui doivent reconstituer leurs réserves est de l'ordre de 9 à 10%. Sans cette problématique, le Valais serait dans la moyenne nationale, explique la cheffe du Département valaisan de la santé Esther Waeber-Kalbermatten.

Fribourg dénonce une hausse disproportionnée

Fribourg affiche les primes maladies les moins chères des cantons latins, avec le Valais. Mais leur augmentation est disproportionnée si on la compare à l'évolution des coûts cantonaux de la santé, dénoncent ses autorités. En effet, les estimations montrent que ces coûts ne progressent que de 2,6% dans le canton de Fribourg contre 3,3% au niveau suisse, a souligné lundi la direction de la santé et des affaires sociales.

«Cette hausse excessive est d'autant plus incompréhensible» que le canton prend en charge 2% supplémentaires des frais hospitaliers chaque année depuis 2012 (sauf en 2014). Les caisses maladie réalisent ainsi une économie de près de 9 millions de francs par an. En toute logique, cela devrait se reporter favorablement sur les primes, estiment les autorités fribourgeoises. Or, ce n'est pas le cas et la hausse 2017 est «une nouvelle fois ni justifiable, ni acceptable».

Echec des politiques

Pour l'association des consommateurs alémanique (SKS), la hausse des primes est un échec causé par les politiques, l'administration et les prestataires de soin.

Les autorités plient sous la pression des lobbys, tandis que les hôpitaux et les médecins maximisent leurs profits au lieu de promouvoir la qualité des soins. Ce sont une fois de plus les assurés qui doivent supporter ces coûts disproportionnés et qui sont directement touchés par ces déficits en matière de qualité de soins, écrit la SKS lundi dans un communiqué.

Selon l'organisation, des réformes sensées du système de santé sont nécessaires. Il s'agit premièrement du tarif TARMED pour les prestations ambulatoires: il n'est plus du tout actuel.

Les règles de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) posent également problème, car elles permettent à l'industrie pharmaceutique de bloquer les corrections de prix. Avec ces «subventions pharma cachées», plusieurs centaines de millions de francs sont épargnés, estime la SKS. Une surabondance des soins en est un autre: 20 à 30% des mesures médicales sont superflues, selon l'association. La situation devient dramatique, dénonce la FRC

L'augmentation des primes maladie 2017 reflète une situation qui devient «dramatique», s'insurge Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs (FRC). Et la Suisse romande est la plus touchée, souligne-t-il.

Cette majoration «inédite» montre que le système ne fonctionne pas, affirme M. Fleury dénonçant «la chasse aux bons risques». Les primes pour enfants, ainsi que pour jeunes adultes, sont celles qui ont pris le plus l'ascenseur. Pour le secrétaire général, c'est la preuve que les caisses «low-cost» ont leurs limites.

Alors que ce type d'assurances s'oriente vers les jeunes, c'est pour cette tranche de la population que l'impact est le plus violent. «Il serait intéressant d'examiner si d'autres couches sont touchées par de telles hausses».

Le secrétaire général espère ainsi voir se dessiner «un mouvement populaire», qui n'a pas eu lieu jusqu'ici. D'après lui, l'image flatteuse des caisses bon marché est cassée.

Une réforme est plus que nécessaire à ce stade. Bien qu'elle ait gelé provisoirement son projet de caisses maladie cantonales, la FRC n'y renonce pas. Mais elle fait face à des difficultés importantes: la Suisse alémanique est très frileuse à cette idée. (ats/nxp)

Créé: 26.09.2016, 12h19

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