Lundi 18 novembre 2019 | Dernière mise à jour 06:54

Assurance Il ouvre les hostilités contre le monopole de la SUVA

Le parton d'Interiman Group, Raymond Knigge, se bat contre la caisse depuis plus de six ans. Dans une vidéo, il dénonce le «scandale du monopole de la SUVA». Celle-ci campe sur ses positions.

En une vingtaine d'années, Raymond Knigge a fait de son entreprise de travail temporaire un leader en Suisse romande. Seule ombre au tableau, ses litiges avec la Suva, dont il conteste le montant des primes.

En une vingtaine d'années, Raymond Knigge a fait de son entreprise de travail temporaire un leader en Suisse romande. Seule ombre au tableau, ses litiges avec la Suva, dont il conteste le montant des primes. Image: DR/keystone

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Y a-t-il «un scandale à la Suva», la caisse nationale d'assurance-accidents et maladies professionnels? C'est sous ce titre provocateur que le patron de la société Interiman Group, Raymond Knigge, diffuse une vidéo sponsorisée sur les réseaux sociaux. Il accuse en particulier la caisse d'accumuler des réserves excédentaires à hauteur de 51,8 milliards de francs sur le dos des entreprises et des assurés.

Méthode de calcul des primes

Mais quelle mouche a piqué le fondateur de cette société de travail temporaire, dont le siège est à Renens (VD), qui a fêté ses vingt ans l'année dernière et est devenue le numéro trois du marché suisse? «Cela fait plus de six ans que je me bats contre la Suva pour connaître sa façon de calculer le taux des primes, assure le patron. On me répond que c'est l'ordinateur... Pour moi cela ne va pas. Ces primes sont trop hautes, d'ailleurs la Suva a tellement augmenté ses réserves que, finalement, elle a fait un rabais de 15% cette année... Mais elle ne change pas sa méthode de calculer. Finalement il faudrait casser ce monopole et permettre aux entreprises de choisir sur un marché libre».

«La valeur de chaque franc»

Interiman Group se porte pourtant très bien. En 2018, son chiffre d'affaires a atteint un record de 326 millions de francs. Au premier semestre 2019, le volume d’affaires de 165 millions de francs est en hausse de 10,4%. Cette année, environ 20 000 personnes auront été placées par ses soins. Alors pourquoi cette rogne contre la Suva? «Au début de ma société, fait remarquer Raymond Knigge, je me suis battu parfois pour obtenir vingt centimes de plus de l'heure pour un employé. 365 jours par an, je me réveille avec le souci d'assurer la trésorerie. Nous devons payer des salaires au mois, alors que les clients nous paient à 70 jours. Nous devons payer la Suva en avance au début de l'année... En tant que patron, je connais la valeur de chaque franc...»

Des contacts politiques infructueux

Depuis quelque temps, les attaques contre le monopole de la SUVA se font entendre à droite, mais le patron vaudois dément vouloir faire de la politique: «Je suis ni de droite, ni de gauche, je suis suisse et fier de m'exprimer librement. J'ai déjà pris contact avec des élus pour parler de ce problème. On m'a dit que c'était «intéressant», mais que personne ne se plaignait de la Suva». Avec sa vidéo, il voudrait se sentir moins seul. Elle a été partagée près de six cents fois depuis le début de la semaine. Les commentaires sont nuancés: entre ceux qui lui donnent raison et ceux qui dénoncent une manœuvre pour privatiser le domaine de l'assurance-accidents.

Trop de primes

Raymond Knigge estime que ses sociétés paient trop de primes par rapport aux coûts des sinistres. Ainsi entre 2012 et 2018, le groupe aurait payé pour 16,4 millions de francs de plus entre les primes versées et les sinistres couverts. Malgré ses demandes réitérées et une décision du Tribunal fédéral des assurances, il n'arrive pas à obtenir la transparence sur le calcul effectué pour les primes: «Je ne suis pas contre le principe de solidarité dans une assurance, je n'ai pas de problème avec ça, mais le système de calcul n'est pas adapté».

1,95 million d'assurés

Selon la loi, la Suva a le monopole de l'assurance-accidents dans le bâtiment, l'industrie et de nombreux domaines du secteur primaire, mais pas dans le tertiaire. Elle assure environ 1,95 million de personnes actives et travaille sur trois plans: la prévention, l'assurance et la réadaptation. La caisse a pris connaissance de la vidéo: «Pour l’instant, nous n’avons pas l’intention de répondre par le biais des réseaux sociaux», réagit le porte-parole de la Suva, Jean-Luc Alt. La caisse n'entend pas non plus se prononcer sur le cas particulier «dans la mesure où un procès entre cette entreprise et la Suva est en cours».

Couverture légale des rentes

D'une manière générale, la Suva précise que les 51.2 milliards de francs de réserves (et non 51,8) «n’appartiennent pas à la Suva, mais à ses assurés. Ils répondent primairement à une exigence légale: couvrir l’intégralité des rentes à long terme. Durant l’année d’octroi d’une rente, la Suva doit mettre de côté les fonds nécessaires au paiement de cette dernière sur un long terme. Ce capital de couverture des rentes représente l’essentiel des valeurs immobilisées. Le reste est constitué de provisions pour les prestations d’assurance de courte durée, comme les frais de traitement et les indemnités journalières, ainsi que de réserves.»

L'effet du bonus-malus

Concernant le montant des primes que conteste Interiman Group, elle fait savoir que, d'une manière générale aussi, elles ont baissé durant sept années consécutives, puis elles ont été stables durant trois ans. En 2019, la Suva a pu restituer 520 millions de francs par une diminution de primes de 15 %. Mais, «comme la Suva applique le système bonus-malus, quelques entreprises peuvent subir des augmentations de primes si le nombre d’accidents a beaucoup augmenté l’année précédant l’annonce des primes». C'est justement cette méthode de calcul du bonus-malus que Raymond Knigge n'a pas fini de contester...

La Suva fonctionne depuis 100 ans

Quant aux attaques politiques contre la Suva, Jean-Luc Alt se montre serein: «L’actualité montre en effet que certaines personnes très à droite de l’échiquier politique désirent s’attaquer au monopole partiel des assurances-accidents de la Suva. Les 100 dernières années ont pourtant montré que la Suva et le système des assurances-accidents, tel qu’il fonctionne, satisfait tant les patrons que les syndicats.»

Eric Felley

Créé: 17.10.2019, 06h38

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