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Départ «C’est décidé, je ne me représente pas à la coprésidence des Verts»

Après quatre ans à la coprésidence des Verts, Adèle Thorens quitte ses fonctions. Elle restera pourtant très active en politique, notamment en tant que vice-présidente du groupe parlementaire.

Adèle Thorens entend piloter des campagnes pour des initiatives populaires sur la sortie du nucléaire et sur l’économie verte.

Adèle Thorens entend piloter des campagnes pour des initiatives populaires sur la sortie du nucléaire et sur l’économie verte. Image: Laurent Crottet

Lisa Mazzone à la vice-présidence?

La moitié de la direction des Verts ne devrait pas se
représenter. En plus d’Adèle Thorens, Robert Cramer (GE) et Josef Lang (ZG) quittent la vice-présidence du parti. Regula Rytz (BE) pourrait donc bien se retrouver seule
à la tête du parti, secondée par le vice-président Bastien Girod (ZH) et le chef du groupe parlementaire Balthasar Glättli (ZH). Et la relève romande? «J’ai proposé à Lisa Mazzone (GE) d’être candidate à la vice-présidence du parti, explique Adèle Thorens. Elle y réfléchit. Malgré ses 27?ans, elle a l’expérience nécessaire. Elle a repris avec talent la présidence d’un parti genevois alors très mal en point.»

La candidature d’une deuxième vice-présidence pourrait aussi émerger des cantons. L’élection de la nouvelle direction par les délégués se fera en avril prochain.

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Vous allez quitter la présidence des Verts. Pourquoi?

Cela fait six ans que je suis à la direction des Verts suisses. D’abord comme simple membre et, depuis quatre ans, à la coprésidence. Je me suis beaucoup occupée du parti. Désormais, mon souhait est de me concentrer sur les dossiers. Et puis, il y a une raison familiale. Je suis entrée à la direction du parti à mon retour de congé maternité. J’ai envie de voir grandir ma fille, d’être présente pour la deuxième partie de son enfance.

C’est une décision étonnante et subite, non?

J’avais posé deux conditions dès le départ: je souhaitais une coprésidence et j’ai dit que je ne ferais pas plus de quatre ans. Comme tous les présidents des Verts, d’ailleurs, à l’exception de Ruth Genner. Il y a des gens compétents dans le parti qui feront très bien le job. Personne n’est irremplaçable.

La coprésidence vous pèse-t-elle à ce point?

La taille du parti ne reflète pas la charge de travail. Au contraire. Nous n’avons pas les moyens d’avoir un grand secrétariat… Et cela demande une disponibilité permanente. Je ne me plains pas: beaucoup de parents ont un travail prenant. Je l’ai fait avec plaisir, désormais, j’aimerais m’engager différemment.

Est-ce une préretraite politique?

Pas du tout! Je ne rentre pas à la maison! Je suis candidate à la vice-présidence du groupe parlementaire fédéral. Je vais aussi piloter les campagnes pour nos initiatives populaires sur la sortie du nucléaire et sur l’économie verte, dont je suis à l’origine avec d’autres Verts vaudois. Je siégerai aussi toujours à la commission de l’environnement.

Luc Recordon vous a cédé sa place au National. N’est-ce pas trahir son héritage?

Bien sûr que non. Luc Recordon est un ami et connaissait mes intentions. Je lui fais maintenant un petit clin d’œil en me portant candidate à la vice-présidence du groupe, puisque c’est lui qui occupait cette fonction. Et il y aura du travail: nous sommes passés de sept élus romands à quatre. Il s’agira de faire entendre notre point de vue.

Ce départ n’est-il pas la conséquence logique du mauvais résultat des Verts aux élections fédérales?

Nous avons fait de mauvais résultats. Mais si tous les présidents démissionnaient après des pertes, la majorité des présidents actuels ne serait plus là! Les Verts se montrent au contraire très soudés dans ce moment difficile. J’ai reçu un nombre impressionnant de messages sur la nécessité de continuer et de renforcer notre combat.

On sent beaucoup d’émotion dans votre voix.

Même si ma décision est prise depuis longtemps, c’est difficile de quitter maintenant la direction, alors qu’il y a tant de travail à faire. C’est pour cela que je tiens à dire, en particulier aux Verts romands, que je continuerai à être très présente à leurs côtés. Les Verts devront faire campagne dans la rue, car il sera très difficile d’obtenir des victoires au parlement. Et j’y serai avec eux.

Comment expliquez-vous la défaite aux fédérales?

La démobilisation. Il faut repolitiser l’écologie en expliquant aux gens que les «écogestes», comme le recyclage, ne suffisent pas. Notre position humaniste n’a pas non plus mobilisé ceux qui ont été touchés par le drame des réfugiés. Nous devons trouver de nouvelles voies pour faire passer notre message dans le contexte actuel de grande incertitude.

Que pensez-vous avoir réussi à la coprésidence?

Lorsque nous avons repris le parti, il y avait une crise d’identité. Les sensibilités internes étaient exacerbées après le succès des Vert’libéraux. Nous avons pacifié la situation, rapproché les partis cantonaux des Verts suisses, encouragé les échanges. Pour cela, nous avons révisé nos statuts, modernisé nos structures et créé une nouvelle identité graphique à l’échelle suisse. Pour la première fois dans l’histoire des Verts, il y a eu une campagne fédérale commune en 2015. Nous avons aussi réussi à renforcer massivement la crédibilité des Verts sur l’environnement. Il y a quatre ans, elle était fortement contestée par les autres partis.

Un signe que la cause verte est moins fédératrice?

Le combat écologique est toujours d’actualité. Avec un Conseil fédéral à deux UDC et un parlement très à droite, nous devrons nous battre, certainement devant le peuple, pour sortir du nucléaire. Il y a aussi notre engagement pour le climat et la réduction de notre empreinte écologique, à travers notre initiative sur l’économie verte. Et puis, il y a la défense des droits humains et des libertés fondamentales… Bref, il y a du travail!

Pendant votre présidence, il y a eu l’affaire Geri Müller ou Ecopop… Ce sont vos pires souvenirs?

Devoir gérer les suites de la divulgation de données sexuelles et privées d’un collègue a été très dur. Ecopop, c’était un vrai défi. Le risque de dissensions au sein des Verts était élevé. Nous nous sommes opposés à ce texte tout en ayant un discours clair sur la maîtrise de la croissance. L’électorat vert a bien suivi.

Et pour l’avenir, vous pensez à siéger dans un exécutif?

J’aime la Berne fédérale, le mix des langues. Et, pour une intellectuelle comme moi, c’est le rêve de débattre des grands principes et des lois-cadres. Mais il y a aussi parfois de la frustration à ne pas appliquer ces lois soi-même. Un jour peut-être, j’aurai envie de vérifier comment ça marche sur le terrain… (Le Matin)

Créé: 13.12.2015, 15h01

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