Jeudi 27 juin 2019 | Dernière mise à jour 06:14

Sexting «Ils pensent être entre amis»

Pour empêcher que des vidéos de rapports sexuels entre ados s’échangent sur le Net, les parlementaires s’organisent.

Les vidéos d’actes sexuels s’échangent massivement entre ados par smartphone.

Les vidéos d’actes sexuels s’échangent massivement entre ados par smartphone. Image: Riser

Un blog a diffusé deux vidéos de sexting genevois

SCANDALE Lundi soir, le site Internet DaMove.com, spécialisé dans le hip-hop, publiait deux vidéos. Issues des réseaux sociaux, elles montrent deux jeunes Romandes en plein acte sexuel, l’une avec son copain, l’autre avec plusieurs garçons. Ces jeunes femmes ont-elles été filmées à leur insu? Ce qui est sûr, c’est qu’elles ne s’attendaient pas à ce que ces films soient vus de leurs proches camarades et qu’ils circulent largement parmi les ados de Genève et au-delà.

Sur DaMove.com, le texte qui accompagnait ces films était rédigé en langage cru. Son titre: «Une génération à la limite: tournante à Genève». Le blog donnait les prénoms réels des adolescentes, relatait les faits avec moult détails grossiers: «Une vidéo où on voyait une fille se faire mettre par un garçon avec ses potes autour.»
Finalement, devant l’indignation des internautes, le site a retiré les noms et les vidéos, puis l’article complet. Trop tard, les images avaient été vues.

Opposés à cette publication, le responsable vidéo du blog et la cofondatrice du site, Pamela Espinosa, ont démissionné, hier matin, de DaMove.com. «J’étais choquée, explique, énervée, Pamela Espinosa. Il y avait des vidéos, les noms des jeunes filles et des photos des visages. C’est un véritable désastre!»

Rédacteur en chef du blog, Rodrigo Figueredo affirme que le but de cet article était de dénoncer le sexting et ses dérives. Il reconnaît que les commentaires des internautes lui ont fait comprendre que la manière dont le sujet était montré sur son blog était «horrible». Mais, s’excuse-t-il, «les noms des deux jeunes filles et les vidéos tournaient déjà de manière virale sur les réseaux sociaux. Tout le monde le savait.»

En réaction, le site Reprezent.ch, lui aussi très actif dans le domaine du hip-hop, a choisi une autre manière de parler du sexting. Il expose depuis hier matin la campagne de Pro Juventute sur le sujet (voir «Le Matin» d’hier) sur sa page d’accueil.

Fabien Feissli

Articles en relation

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Le sexting est un problème de plus en plus aigu chez les jeunes, comme le montre encore la campagne de Pro Juventute.» La diffusion d’images intimes via les réseaux sociaux risque de ruiner l’existence de plus en plus d’adolescents inconscients. Et cela préoccupe grandement la conseillère nationale (PDC/VS) Viola Amherd. Celle-ci a décidé d’agir et de déposer un postulat sur le sujet cette semaine. «En Californie, un article spécifique a été créé dans le Code pénal. Il prévoit des peines sévères pour ceux qui diffusent des images d’autres personnes sans leur consentement.» La Valaisanne veut donc charger le Conseil fédéral de trouver un moyen de lutter contre ces pratiques manifestement en vogue chez les adolescents. «Par le biais du Code pénal, du Code civil ou de la loi sur la protection des données.»

Au bon vouloir des enseignants

Viola Amherd n’est pas la seule à s’inquiéter de cet usage peu judicieux des nouveaux outils de communication par les jeunes. «Les photos tournent à une vitesse phénoménale, je le vois avec mes élèves qui ont entre 13 et 15 ans, constate Mathias Reynard, conseiller national (PS/VS) et enseignant au cycle d’orientation de Savièse. L’école n’en fait assurément pas assez et sous-estime encore les problèmes. Chaque établissement fait comme il veut et c’est souvent au bon vouloir des professeurs.»

Que faire alors? Afin de mieux adapter le cadre juridique à l’évolution technologique, le jeune parlementaire trouverait intéressant de s’inspirer d’un projet de règlement de la Commission européenne: un droit à l’oubli spécifique pour les mineurs qui permettrait un retrait complet des réseaux sociaux et des moteurs de recherche. En Suisse, le Conseil fédéral est d’ailleurs en train d’étudier l’opportunité d’ancrer dans la législation un droit à l’oubli numérique.

Protection technologique

Jean Christophe Schwaab (PS/VD) compte également parmi les parlementaires qui s’alarment de la situation. Le socialiste veut aller beaucoup plus loin et en finir avec l’illusion de sécurité qu’offrent les réseaux sociaux. «Les jeunes pensent qu’ils sont entre amis, au sein d’un cercle contrôlable. Ce qui les incite à publier n’importe quoi.» Pour leur garantir la possibilité de partager des informations dans un cercle véritablement restreint, le conseiller national réclame à travers un postulat d’instaurer le «privacy by design».

«Chaque nouvelle technologie intégrerait la protection des données dès sa conception. Il ne s’agirait plus de gérer les violations après coup», explique Jean Christophe Schwaab. Autre postulat déposé par le conseiller national: garantir par défaut la protection de la sphère privée. Ainsi, la logique serait inversée: les réseaux sociaux devraient assurer dès le départ le plus haut niveau de protection. L’utilisateur voulant ouvrir davantage son profil devrait faire lui-même les modifications nécessaires. (Le Matin)

Créé: 11.12.2013, 14h46


Sondage

La vague de chaleur à 40° qui s'annonce cette semaine sur la Suisse vous inquiète-t-elle?



Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.