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Genève Pipi amendé: c'est la consternation

La bûche infligée à une septuagénaire pour trois gouttes sur un trottoir suscite un tollé. Mais la Ville confirme l’interdiction. Quel choix reste-t-il aux propriétaires de chiens?

C’est à côté de la gare Cornavin qu’Agnès a écopé de 350 francs d’amende et d’émoluments pour le petit pipi de «Michka».

C’est à côté de la gare Cornavin qu’Agnès a écopé de 350 francs d’amende et d’émoluments pour le petit pipi de «Michka». Image: Maxime Schmid

Le pipi, nouvelle marque d'intolérance

Nombreux sont ceux qui l’ignorent: sortir le chien à minuit pour un dernier pipi au coin de la rue, avant d’aller se coucher, constitue une infraction. Idem, d’ailleurs, s’il est midi ou 14 h. Une septuagénaire vient de l’apprendre à ses dépens. Elle a écopé d’une amende de 350 francs pour les quelques gouttes laissées par son caniche sur un trottoir, près de la gare Cornavin, à Genève.

Au-delà du montant disproportionné de la contravention – mais tout est bon pour remplir les caisses –, c’est le fond de l’affaire qui laisse sans voix. Car si légalement, comme le considère la Ville de Genève, les chiens ne sont pas autorisés à soulager leur vessie dans l’espace public – et on ne parle pas là des devantures de magasins ou des pelouses interdites –, on fait quoi?

Il existe certes quelques emplacements réservés aux toutous, mais de loin pas dans chaque quartier. Alors, faut-il les sortir munis d’un lange pour éviter les fuites, se promener avec des serviettes humides pour nettoyer leurs petits pipis? Ou plus simplement interdire les chiens en ville? Et peu importe s’ils jouent aussi un rôle social important.

Car, franchement, il est où le problème posé par trois gouttes d’urine sur un trottoir, qui disparaîtront à la prochaine averse? Nous sommes de plus en plus nombreux à nous partager l’espace public – piétons, joggeurs, vélos, propriétaires de chiens… – et le seul moyen d’y parvenir, c’est que chacun fasse preuve de respect et de tolérance envers les autres. Malheureusement, on en est loin. Et ce ne sont pas les autorités qui montrent l’exemple.

Pascale Bieri, Journaliste

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Hallucinant, consternant, ubuesque… Et on en passe. L’amende de 350 fr. infligée par un agent de la police municipale genevoise à une septuagénaire pour le pipi que son caniche a eu l’outrecuidance de faire sur un trottoir (lire «Le Matin» d’hier) suscite une avalanche de réactions d’indignation et d’incompréhension. «Si on était un 1er avril, j’aurais cru à un gag! Je ne sais pas où on va», soupire l’avocat Jacques Barillon, en soulignant: «Le principe est qu’on ne doit pas souiller l’espace public. Ensuite, c’est une question de bon sens: si amender un chien qui se trouve sur une pelouse, où il y a un panneau d’interdiction, et a fortiori s’il urine dessus, est bien compréhensible, c’est totalement disproportionné et grotesque dans ce cas-là.»

«Disproportionné»

Marc-Antoine Bosshart, vétérinaire à Genève, qui dispense par ailleurs des cours obligatoires (du moins jusqu’à la fin de l’année) aux futurs détenteurs de chiens est lui aussi abasourdi: «Il y a clairement une disproportion entre le montant de l’amende et la faute, si tant est qu’on considère cela comme tel. Si cela m’arrivait, je filerais directement chez le juge!» Car s’il va de soi que tout propriétaire est tenu de ramasser les déjections de son animal, on voit difficilement comment en faire de même avec de l’urine: «On n’a jamais abordé le sujet. Avec une petite pluie, les pipis disparaissent vite. Contrairement aux crottes qui sont une vraie calamité. Il faut les ramasser partout, même en campagne et dans les champs – par respect pour le bétail et les paysans», souligne Michèle Chiorino Preisig, vice-présidente de l’Association infos-conseils chiens (AICC).

Faisant preuve de civisme jusqu’au bout, elle souligne toutefois: «Dans la mesure du possible, il faut éviter de laisser uriner son chien sur le trottoir et faire en sorte qu’il aille au bord.» Mais pas sûr que cela change grand-chose, car Antonio Pizzoferrato, chef du Service de la sécurité et de l’espace publics, confirme que les toutous n’ont pas à souiller le domaine public: «Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la loi.» Alors, où Médor doit-il se soulager? «Dans les emplacements prévus à cet égard… Il y a 21 parcs à chiens à travers la ville ainsi que des lieux de promenades qui sont autorisés aux chiens et où les pipis sont tolérés.» Aucune chasse aux sorcières n’est à l’ordre du jour à Genève, assure le fonctionnaire. Reste que personne n’est à l’abri de tomber sur un agent zélé.

Et qu’en est-il dans d’autres villes? A Lausanne, par exemple, on n’a jamais eu vent d’une telle histoire. «Les personnes accompagnées d’un chien ou d’un autre animal sont tenues de prendre toute mesure utile pour empêcher ceux-ci de souiller, notamment, les surfaces réservées à l’usage des piétons», souligne Raphaël Pomey, chargé de communication à la police municipale. Le règlement précise cependant que ceux qui ramassent immédiatement les souillures de leur animal ne sont pas punissables. Concernant les pipis: «On pourrait imaginer le cas hypothétique de mictions répétées d’un chien de grande taille, avec une notion de négligence manifeste du propriétaire, qui entraînerait une dénonciation, mais ce serait tout à fait exceptionnel.»

Créé: 02.12.2016, 10h36

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