Lundi 25 juin 2018 | Dernière mise à jour 16:53

Quadruple assassinat Le pire criminel de Suisse face à ses juges

Le meurtrier de Rupperswil (AG) était leur voisin. En 2015, il a égorgé une mère, ses deux fils et la petite amie de l’aîné. Avant, il avait abusé du plus jeune. Son procès s’ouvre demain.

Thomas N. (trentenaire au moment des faits) devra répondre d'un quadruple assassinat, de séquestration, de prise d’otage, d’actes d’ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle, de pornographie, d’extorsion et d’incendie intentionnel. Ses motivations ne sont pas encore établies avec certitude.

Thomas N. (trentenaire au moment des faits) devra répondre d'un quadruple assassinat, de séquestration, de prise d’otage, d’actes d’ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle, de pornographie, d’extorsion et d’incendie intentionnel. Ses motivations ne sont pas encore établies avec certitude. Image: DR

Daniel H., Claude D., Fabrice A., Thomas N.

L’impossibilité de la récidive. Qui peut se porter garant? Quand bien même les experts psychiatres sont des pointures. Quand bien même les tribunaux de première instance et les cours d’appel se cachent derrière les sciences, que les médecins eux-mêmes affirment inexactes. Quand bien même les tribunaux des mesures de contrainte statuent sur les demandes de mise en liberté, l’artifice perdure.

Lucie, Marie, Adeline, sacrifiées, par erreur. Des hommes et des femmes, des autorités et des magistrats ont fauté. L’actualité nous rappelle en pleine face que l’article 64 1bis du Code pénal est une farce. Claude D. échappe à l’internement à vie. Le Tribunal fédéral ne change pas de systématique et le renvoie au Tribunal cantonal. Les deux experts n’étaient pas d’accord sur l’impossibilité d’un traitement à vie. Un seul interné à vie est enfermé en Suisse. Un sadique multirécidiviste, jugé en Thurgovie. Pourquoi? Il n’a pas recouru au TF.

L’égorgeur de Rupperswil, que va-t-il nous servir? Si les pires des criminels ont droit à une défense légitime, ils ont aussi droit à des condamnations sévères. Par des juges, lesquels devraient peut-être oser s’écarter des avis médicaux qui les embrouillent. Les erreurs médicales sont la hantise des présidents de tribunaux et des greffiers. Protocoler ce que l’on ne comprend pas ou qui n’est pas vulgarisé dans une expertise rend fou.

Carla S., Davin, Dion et Simona. Dès demain, leurs proches attendent des réponses de Thomas N., leur bourreau. Pas des machines judiciaires, mais une interprétation du Code pénal possiblement plus proche du bon sens.

Evelyne Emeri, Journaliste

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Le feu pour cacher l’horreur, le temps de quelques heures, pour effacer surtout toute trace compromettante. Les flammes pour camoufler quatre crimes de sang dont la monstruosité a imprégné la Suisse entière et bien au-delà. Quelques jours avant Noël 2015, le lundi matin 21 décembre, Thomas N., un étudiant suisse de 33 ans, se rend au domicile de la famille S., à quelques centaines de mètres du sien. Il vit avec ses parents et deux huskies à Rupperswil, dans un quartier paisible de la petite commune argovienne, qui doit, à jamais, sa notoriété à l’affaire éponyme.

Ce jour-là, le trentenaire n’agit pas de manière impulsive. Il a réfléchi et prémédité son acte. Il se poste non loin de la villa depuis tôt le matin. Il attend le départ du concubin de la mère de famille. Sous un prétexte fallacieux – ils se connaissent de vue –, il s’introduit dans la maison de ses futures victimes. Le piège se referme sur le quatuor qui va y vivre ses dernières heures.

L’argent et le sexe: le mobile?

Une fois à l’intérieur, cet ancien entraîneur de foot junior ordonne à la mère de famille (48 ans) de ligoter et bâillonner son aîné (19), sa petite amie (21) ainsi que son cadet (13). Les trois jeunes maîtrisés, Thomas N. contraint la maman à le suivre en ville pour y retirer à deux bancomats distincts, respectivement 10 000 francs et 1000 francs. De retour sur place, il entrave, à son tour, la mère. Avant de se mettre à tuer, il s’en prend au plus jeune garçon, dont il abuse sexuellement.

Dans le huis clos de la maison du bonheur, la violence prend l’ascendant. Celui que ses voisins décrivent comme «discret, normal, mais taciturne» se saisit d’un couteau de cuisine. Il ne frappe pas. Il égorge. L’une après l’autre, ses quatre proies, à la merci totale de leur preneur d’otage, vont sentir, furtivement sur leur cou, la lame de l’arme blanche, avant de trépasser. Puis le tueur boute le feu à l’habitation. Et comme tous les habitants du quartier qui croient, eux, à un incendie accidentel, le quadruple assassin de Rupperswil assiste à l’extinction du brasier. Il est le seul à détenir le secret avec le chien de la famille qu’il a épargné.

Les faits se sont déroulés dans ce quartier résidentiel de la commune argovienne de Rupperswil. Photo: Walter Bieri/Keystone

Les enquêteurs sécheront durant de très longues semaines. En février 2016, sans le début d’un indice, la police et la justice se livrent à un exercice exceptionnel et offre une récompense de 100 000 francs à toute personne susceptible d’aider à identifier l’auteur de cet homicide. Le 13 mai 2016, le parquet argovien annonce qu’il tient le coupable, interpellé dans un café d’Aarau. Et qu’il est passé à des aveux complets. S’agissant de ses motivations, le ministère public et la Criminelle évoquent prudemment l’argent et l’intérêt malsain du prévenu pour le fils cadet de la famille S., partant, des penchants pédophiles.

Lors d’une perquisition chez lui, la police met la main sur un sac à dos contenant du ruban adhésif, des cordelettes, des attaches en plastique et un ancien pistolet militaire. Pour les autorités, Thomas N. prévoyait clairement de commettre d’autres agressions.

Confondu par son ADN

Comment les limiers sont-ils remontés jusqu’à lui? Grâce à son ADN et ses empreintes retrouvées sur les lieux du crime, malgré le feu et l’eau qui l’a circonscrit. Des poils de ses huskies et des recherches Google sur ses voisins exécutés, de même que sur des sites pédopornographiques auraient permis de le serrer.

Dès demain, ce Suisse, célibataire, sans antécédents judiciaires, sans troubles psychiques apparents, non issu de l’immigration, répondra d’assassinat, de séquestration, de prise d’otage, d’actes d’ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle, de pornographie, d’extorsion et d’incendie intentionnel. Pour des raisons de place et de sécurité, le Tribunal de district de Lenzbourg siégera à Schafisheim, à 3 km du lieu du quadruple homicide. (Le Matin)

Créé: 12.03.2018, 10h25


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