Mardi 11 décembre 2018 | Dernière mise à jour 01:48

Placement forcé L'initiative sur la réparation s'invite au Vatican

Le pape François reçoit des victimes suisses de la politique de placement forcé. De quoi envoyer un signal fort au monde politique, trois mois après le dépôt de l'initiative sur la réparation.

Toilette pour des enfants de l'«Institut de sauvetage pour la jeunesse abandonnée et négligée» du château de Kasteln (AG) en 1941.

Toilette pour des enfants de l'«Institut de sauvetage pour la jeunesse abandonnée et négligée» du château de Kasteln (AG) en 1941. Image: Keystone

Guido Fluri doit rencontrer le pape François le mercredi 25 mars à Rome. (Image: Keystone )

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Guido Fluri se souviendra toute sa vie de cette journée de mercredi. Avec deux sœurs de 67 ans, il doit rencontrer le pape François à Rome dans une audience générale. Tous trois leur parleront de leur enfance maltraitée dans les institutions, parfois tenues par l'Eglise.

L'entrepreneur est un combattant infatigable de la mémoire et milite pour la réparation des souffrances infligées à des milliers d'enfants, souvent arrachés à leur famille sans décision de justice pour être placés en institutions. Une pratique qui a perduré en Suisse jusqu'en 1981, rappelle le Tages-Anzeiger dans son édition du 25 mars.

Le Vatican à l'écoute

«L'invitation est venue du Vatican», a indiqué Guido Fluri qui avait écrit au souverain pontife juste avant Noël pour l'informer du succès de l'initiative sur la réparation. Cette dernière propose entre autre une étude scientifique sur le sujet et la création d'un fonds doté de 500 millions de francs pour réparer les torts subis.

«Pour moi, c'était un signe que le pape avait un intérêt personnel dans la réparation des cas d'abus», s'est réjouit Guido Fleuri qui espère que ce voyage à Rome marquera les débats en Suisse. Il devrait en tout cas donner espoir à tous ceux qui se battent pour les indemnisations.

La répartition divise

Les soutiens sont déjà nombreux, comme la Conférence des évêques suisses qui siège au comité de soutien par le biais de sa commission nationale Justice et Paix. Sans parler des parlementaires de tout bord. «Je soutiens l'indemnisation financière des victimes», s'est déjà engagé le président du PDC, Christophe Darbellay.

Le mode de répartition fait l'objet de discussions car nul ne veut du principe de l'arrosoir. Le conseiller national Markus Ritter (SG/PDC) joue à ce titre un rôle clé puisqu'il préside également l'influente Union suisse des paysans. Il soutient un contre-projet indirect à l'initiative car il veut agir vite, puisqu'une grande partie des victimes est déjà âgée.

Malaise chez les paysans

Il s'agit toutefois d'un sujet très sensible dans la paysannerie, dont beaucoup s'opposent à l'idée d'une indemnisation financière. Ils craignent que leur profession, qui a employé beaucoup de ces enfants à l'époque, ne soit mise au pilori à cette occasion.

Paradoxalement, leurs représentants à Berne s'engagent en faveur de la réparation, comme les conseillers nationaux Max Binder (ZH/UDC) et Hansjörg Walter (TG/UDC). Le premier estime que la Confédération doit assurer le dédommagement, ce qui empêcherait les paysans de devoir passer à la caisse. Mais il reconnaît que la majorité de son parti s'y oppose.

Craintes à Berne

Même cas de figure au PLR où le conseiller aux Etats Joachim Eder (ZH), membre du comité d'initiative, espère une «minorité qualifiée» pour la réparation. Il estime que le parlement ne parlera d'argent que lorsque la réparation sera claire. L'initiative prévoit ainsi qu'une commission indépendante examine chaque cas séparément.

La conseillère nationale Ursula Schneider Schüttel (FR/PS), également membre du comité d'initiative, souhaite toutefois que «la discussion ne tourne pas qu'autour des questions financières.» Le travail historique et l'accès aux archives sont également très importants pour les victimes. «Et nombreuses sont celles qui attendent que quelqu'un leur dise: tu avais raison, ce qu'on t'a infligé n'était pas juste.»

Mais à Berne, une majorité du Parlement penche en faveur du contre-projet. On craint en effet que si le peuple est appelé à voter, des controverses peu recommandables n'éclatent à cette occasion. De quoi traumatiser une seconde fois les victimes. (nxp)

Créé: 25.03.2015, 10h32

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