Lundi 9 décembre 2019 | Dernière mise à jour 11:05

Interview «Ceux qui poussent la riche Suisse à l’avarice en matière de sécurité sont à blâmer»

Le chef du Département fédéral de la défense défend l’achat des Gripen et assure que ni Saab ni l’Etat suédois ne sont intervenus dans la campagne.

Ueli Maurer considère comme priorité l’acquisition du Gripen, et il est convaincu que le peuple l’acceptera.

Ueli Maurer considère comme priorité l’acquisition du Gripen, et il est convaincu que le peuple l’acceptera. Image: Sebastian Magnani

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Après le détournement d’un avion éthiopien sur Genève, les médias internationaux se sont moqués de la chasse suisse qui ne vole qu’aux heures de bureau. Notre armée n’est-elle que partiellement mobilisable?

Sa capacité de mobilisation est intacte. Mais le détournement de lundi dernier sur Genève illustre ce qui se passe quand on ne cesse de diminuer le budget militaire. Avec le Portugal, nous sommes le pays qui consacre la plus petite part de son produit intérieur brut à la défense nationale – environ 0,9%. Ceux qui poussent la riche Suisse à l’avarice en matière de sécurité devraient se regarder dans un miroir. Ils sont eux-mêmes à blâmer.

Pourtant, vous avez restitué sur votre budget 900 millions de francs non utilisés, alors qu’une surveillance continue de l’espace aérien coûterait 30 millions de francs.

Ces 30 millions sont une somme approximative, à laquelle il faut ajouter le coût d’une centaine de spécialistes tels que des pilotes, des mécaniciens ou des contrôleurs aériens qu’il faut former pendant plusieurs années. Cet effort n’est possible qu’à partir d’aujourd’hui. Avec un budget annuel de 5 milliards de francs, nous avons enfin les moyens d’assurer cette surveillance continue. C’est aussi dans ce but que nous avons besoin du Gripen, qui remplacera les F/A-18 à partir de 2025.

Notre aviation aurait-elle pu intervenir à Genève si elle avait été en alerte 24 heures sur 24?

Oui, la chasse italienne nous a prévenus vers 4 h 30 du matin. Reste cette question: dans quelles conditions peut-on abattre un avion civil? Le cadre juridique est plus clair quand une partie de l’espace aérien est fermé, comme c’est le cas pendant le sommet de Davos. Là, j’emporte avec moi, en tant que ministre de la Défense, la fameuse mallette, au cas où il faudrait donner l’ordre de faire feu.

Et dans un cas comme celui de Genève?

Là, le droit d’urgence s’applique. Si on devait faire feu sur un avion, notre pilote de chasse devrait obligatoirement en référer préalablement soit au chef des forces armées aériennes, soit à moi-même – l’un de nous deux est joignable en permanence. Mais dans le cas d’un avion civil rempli de passagers, on doit être certain qu’il provoquerait de plus grandes pertes de vies humaines s’il n’était pas arrêté. Il faut évaluer aussi les dommages au sol. Ces situations font l’objet de règles, mais elles restent théoriques. Dans la pratique, la décision doit intervenir en quelques minutes.

Le Parlement a exigé un concept global pour la surveillance de l’espace aérien. Où en est-on?

Je l’ai reçu aujourd’hui (ndlr: jeudi) sur mon bureau. Les députés en disposeront dans quatre ou cinq semaines. Il s’agit ici du remplacement de nos armes de défense antiaérienne à partir de 2020. Nous évaluons actuellement des drones de surveillance. Nous aurons également besoin ces prochaines décennies d’hélicoptères pour le transport aérien.

Y a-t-il assez d’argent pour tout cela? Le Masterplan 2013 émet des doutes à ce sujet.

Les moyens suffisent pour les vingt prochaines années. Mais il reste des lacunes. Nous ne pouvons pas maintenir tous les systèmes au niveau technologique le plus actuel. Dans l’immédiat, la priorité est l’acquisition du Gripen. Je suis convaincu que le peuple l’acceptera le 18 mai.

Vraiment? Les sondages montrent un fort scepticisme de la population, et les interventions de l’ambassadeur suédois dans la campagne ont été diversement appréciées.

Ni Saab ni l’Etat suédois ne s’engagent en aucune manière dans la campagne de votation. Bien sûr que je rencontre l’ambassadeur de Suède. Pourquoi faudrait-il en déduire que tout ce dont nous parlons constitue de la publicité pour le Gripen? Les opposants essaient par tous les moyens d’éveiller l’impression qu’il y aurait des contacts secrets avec la Suède. C’est absurde.

Après le détournement de Genève, on reproche à la Suisse de se reposer sur l’étranger en matière de surveillance aérienne.

La Suisse a signé des accords de coopération en matière de sécurité aérienne avec ses voisins, notamment la France et l’Italie. Ces accords sont réciproques. Toutes les parties en bénéficient.

Reste qu’après le vote du 9 février le reproche de choisir ce qui nous arrange dans nos relations avec l’Union européenne a resurgi de plus belle à cette occasion.

C’est plutôt l’inverse qui se passe: l’Union européenne choisit ce qui l’arrange! Nous construisons pour 30 milliards de francs les tunnels de base du Lötschberg et du Gothard destinés au trafic Nord-Sud, nous subventionnons chaque camion qui traverse les Alpes. Nous veillons avec notre argent à ce que le système de transports européen fonctionne. Nous donnons de l’emploi à 800 000 Européens. Le reproche que vous évoquez est absolument infondé! C’est une représentation faussée de la réalité. Les relations avec l’Union européenne sont effectivement déséquilibrées – mais au détriment de la Suisse.

Cela justifie-t-il des exceptions en matière de libre circulation des personnes?

Le peuple en a décidé ainsi. Comme conseiller fédéral, je n’ai pas à porter de jugement là-dessus.

Comment allons-nous mettre ces exceptions en pratique?

La situation est difficile, au moins autant pour l’Union européenne que pour la Suisse. Mais nos relations avec l’UE sont si étroites que les deux parties ont un intérêt commun à trouver une solution.

Les Jeux olympiques d’hiver se terminent. Êtes-vous satisfait du bilan suisse?

A première vue, il est excellent. A y regarder de plus près, il apparaît qu’il repose sur un nombre restreint d’athlètes. Que l’un d’entre eux vienne à manquer, et l’espoir de médaille s’envole dans cette discipline. Pour améliorer cette situation, nous devrions investir davantage dans le sport, car les autres pays le font à un niveau bien supérieur au nôtre.

Combien, selon vous?

Il faudrait à mon avis une vingtaine de millions de francs par an. Nous pourrions les trouver en imaginant une solution typiquement helvétique. Les loteries pourraient en fournir une partie, en diminuant leurs versements à la culture. Les cantons en verseraient une autre, le reste se répartirait entre les sponsors et la Confédération. Nous avons surtout besoin d’entraîneurs pour les adolescents et les jeunes adultes. Ceux-ci touchent vite leurs limites quand leurs parents n’arrivent plus à les coacher eux-mêmes. Il faut professionnaliser cet encadrement.

Traduction: Jean-Claude Péclet

Créé: 23.02.2014, 11h56

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