Mardi 11 décembre 2018 | Dernière mise à jour 20:41

Rencontre «Je suis prêt à mourir sur Mars»

Le Suisse Steve Schild fait partie des 100 derniers candidats en lice pour aller vivre sur Mars. Portrait d’un homme fasciné par l’idée de coloniser la planète rouge.

Laura Juliano


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Un coup de barre? Mars, et ça peut repartir

Ils sont des dizaines à s’être portés volontaires pour aller habiter sur Mars. Il ne reste plus qu’un Suisse en lice. Quand Steve Schild parle de ce projet, ses yeux sont pleins d’étoiles. Il a un rêve, un projet. Et c’est tout ce qui compte. Il fait partie de la race des aventuriers, des gens qu’on moque, mais qui s’en moquent. Il sait que c’est de ce genre de défi dont a besoin l’humanité pour ne pas sombrer dans le désespoir.

Établir une colonie sur la planète rouge peut paraître insensé, pour ne pas dire débile. Cela coûte des fortunes, des milliards de francs pour être honnête. Et pour quoi faire? Rencontrer les petits hommes verts? Faire des châteaux de sable rouge avec eux? Trouver une terre d’exil pour quand la Terre sera inhabitable? Peut-être un peu de cela, mais c’est surtout pour se dépasser, montrer qu’on peut aller au-delà de ses limites et de l’imaginable que ces hommes sont prêts à tout risquer pour le bien commun.

On entend déjà les pisse-froid. On saurait quoi faire de cet argent sur Terre. On pourrait l’investir pour le bien des hommes. Vraiment? C’est exactement ce qui se passe avec ces projets qui paraissent extravagants de prime abord, mais qui sont surtout enthousiasmants. Les technologies de pointe utilisées se retrouvent toujours dans notre quotidien.

Comme Colomb qui a découvert l’Amérique, comme Armstrong qui a décroché la lune, comme les Piccard qui ont été au plus haut en ballon, au plus bas avec un sous-marin et autour de la planète sans autre énergie que le vent et bientôt le soleil, ces futurs colons de Mars sont des précurseurs. Ils incarnent tout simplement le rêve et l’espoir. Des valeurs inestimables dans une époque aussi tourmentée que la nôtre.

Philippe Messeiller, Rédacteur en chef adjoint.

Le projet Mars One: «Difficilement réalisable»

Face à l’enthousiasme sans faille du Thurgovien Steve Schild, l’astronaute vaudois Claude Nicollier réagit: «Le projet n’est pas farfelu, mais très difficilement réalisable! Je comprends qu’il y ait de l’enthousiasme parmi les 100 finalistes, car l’idée d’appartenir à un groupe «élitaire» comme celui-ci est plutôt plaisante. Par contre, le financement et la réalisation technique et opérationnelle d’une pareille mission en près de 10 ans, y compris assurer une bonne chance de survie à long terme sur la surface de Mars, sont illusoires!» Une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a estimé à soixante-huit jours l’espérance de vie sur Mars.

A l’origine du projet, le Néerlandais Bas Lansdorp, ingénieur en mécanique, s’est associé au producteur de l’émission de télé-réalité «Big Brother» afin de rentabiliser le projet, estimé à 6 milliards de dollars. Un montant bien trop faible, car selon l’Agence spatiale américaine (NASA), une mission humaine vers Mars coûterait de 80 à 100 milliards de dollars. Reste qu’un éminent scientifique, Gerard’t Hooft, Prix Nobel de physique en 1999, soutient aussi le projet.

Rappel des faits

4: Le nombre de candidats qui embarqueront pour le tout premier voyage vers Mars. Suivront 20 autres.

7 mois: La durée estimée pour rejoindre
la planète rouge.

6 milliards: Le coût en dollars du projet Mars One, alors que le programme Apollo a coûté 124 milliards de dollars actuels sur onze ans.

68: En jours, l’espérance de vie sur Mars calculée par le Massachusetts Institute of Technology (MIT).

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Steve Schild n’est plus si loin de son rêve de gosse. Dans une année, il fera peut-être définitivement partie des 24 pionniers qui pourront fouler le sol martien dès 2024. En attendant d’être «là-haut», il vit son rêve au sous-sol qu’il a aménagé dans son appartement d’Elgg (ZH), à huit kilomètres de Frauenfeld (TG). Une trappe en bois et une dizaine d’escaliers plus tard, ce Thurgovien âgé de 30 ans arrive sur sa planète. Un poster grandeur nature de Mars fixé au mur, des photos de la lune, une de sa copine, des écrans d’ordinateur et télé, puis ses objets fétiches, dont une peluche extraterrestre prénommée «Steve». Un souvenir acheté lors de son voyage à Roswell, aux Etats-Unis, la Mecque des amateurs d’ovnis.

L’unique Suisse présélectionné pour la mission Mars One n’a pourtant rien d’un illuminé. «Je crois à ce projet. Mars peut accueillir la vie. Les températures et l’atmosphère y sont proches des conditions de la Terre. Mes chances d’intégrer le programme d’entraînement l’an prochain sont désormais plus grandes», s’enthousiasme ce passionné qui a difficilement pu cacher sa joie le vendredi 13 février dernier, à l’annonce de la bonne nouvelle. Une joie que ne partage pas son amie. «Depuis, elle ne veut plus parler de cette mission. Car si je suis pris, ça veut dire que dans un an je la quitte. Elle aimerait fonder une famille, avoir un enfant, mais cette mission, c’est ma priorité absolue», confie-t-il. Steve Schild est conscient que, si ce voyage se réalise, il n’y aura pas de retour possible. «Je suis prêt à vivre et à mourir sur Mars», affirme-t-il, des étoiles plein les yeux.

Interdit de «Star Trek»

C’est gamin qu’il se découvre une passion pour l’univers «Star Trek», des séries que ces parents lui interdisent de visionner. «Je me cachais alors derrière le canapé quand mes parents les regardaient. Je me suis toujours dit que j’allais moi aussi un jour voyager vers une planète.» Une intime conviction qui se réalise un soir de janvier 2013. Devant son ordinateur, il postule par Internet à la mission Mars One. «J’ai su au plus profond de moi que c’était le chemin à prendre et c’est la première fois de ma vie que je ressens une telle confiance», déclare l’astronaute en herbe.

Déterminé à aller jusqu’au bout de son rêve, l’électricien de métier peut se féliciter d’avoir réussi haut la main le dernier test du Dr Norbert Kraft, médecin américain réputé, fort de 17 ans d’expérience à former des astronautes. «Nous avons eu plus de 70 pages d’informations concernant Mars à retenir par cœur. Avec un autre candidat allemand, nous avons étudié plus de quatre jours non-stop. L’entretien a duré 15 minutes et il m’a posé trois questions», décrit Steve Schild. Dont la question piège: si dans trois ans, on lui propose de rentrer sur Terre, reviendrait-il? «J’ai répondu non. Ma famille sera désormais les gens avec qui je vivrai sur Mars. Et le but est que tous les deux ans de nouvelles personnes colonisent la planète. Mon devoir sera de les accueillir, de leur enseigner comment y vivre. Je veux faire partie de ces hommes qui auront construit une nouvelle civilisation. Nous aurons aussi peut-être découvert que Mars a été habité», suppose le Thurgovien.

100 000 dollars par an

Pour la prochaine étape, les 50 hommes et 50 femmes sélectionnés devront répondre à un test de personnalité. Le but, créer des groupes selon les affinités, mais toujours en séparant les hommes des femmes.

Autre critère primordial: rester en bonne santé. «Je pratique entre une à trois heures de sport par jour. Et puis aucune dépendance à l’alcool, la fumée ou aux drogues n’est toléré.» Une mise en condition pour le programme d’entraînement qui durera 10 ans, et pour lequel il devrait toucher environ 100 000 dollars par an.

Avant le premier grand voyage, où quatre chanceux embarqueront pour 7 mois, isolés dans une capsule de 13 m2 pour parvenir à ce «paradis perdu», les candidats testeront ces mêmes conditions sur Terre. «On sera entraîné jusqu’au bout de nos limites physiques et psychologiques», ajoute-t-il. Steve Schild sait déjà que sur Mars il emportera avec lui un drapeau suisse, un couteau suisse et une photo de sa famille. Puis, en refermant sa trappe en bois, il s’aperçoit qu’il est en retard… à son boulot. Bref, un homme qui sait garder les pieds sur terre. (Le Matin)

Créé: 23.02.2015, 12h33

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