Lundi 30 mars 2020 | Dernière mise à jour 15:52

Lausanne Elles ne le voient qu'en meurtrier

Des féministes se sont fait entendre jeudi soir contre le concert de Bertrand Cantat. La longue file des spectateurs, dont beaucoup de femmes, semblait consternée.

Une cinquantaine de militant(e)s féministes ont manifesté hier soir à Lausanne, avant le concert donné par Bertrand Cantat aux Docks.
Vidéo: Keystone

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«Assassin adulé, violences banalisées!» «Partout où tu iras, les féministes seront là!» Dès 19 h hier, des militants et surtout militantes, jeunes pour la plupart, s’étaient déplacés à l’appel de l’association Feminista, devant l’entrée du club Les Docks, qui accueillait Bertrand Cantat.

Le phénomène #metoo

Après le meurtre de sa compagne, Marie Trintignant, en Lituanie, en juillet 2003, il avait été jugé et condamné à de la prison ferme, et purgé sa peine. Mais, depuis plusieurs mois, son retour sur scène ne se fait pas sans tensions. Le mouvement #metoo s’est installé: l’artiste est désormais frappé du sceau de l’infamie pour certain(e)s.

Ce sont deux camps, pourtant du même bord politiquement, qui se font face devant la salle de concert lausannoise, où il doit se produire. Des gens d’une sensibilité de gauche qui se toisent. Face aux slogans d’une petite cinquantaine de féministes organisées, la file des spectateurs grossit au fur et à mesure. Parmi eux, de très nombreuses femmes, qui semblent imperturbables, voire agacées, parfois amusées devant ce militantisme bruyant. Quelques manifestants s’approchent pour tenter de distribuer des tracts et expliquer leurs motivations à un public déconcerté, voire consterné. Principal objet de la discussion: faut-il dissocier (ou pas) l’artiste de l’individu? «Il a payé sa dette en purgeant sa peine de prison et, désormais, il a le droit de vivre et travailler comme artiste», s’agace Alexandra. Face à elle, une militante rétorque qu’il a le droit de continuer à vivre comme auteur, mais qu’il doit se retirer de la vie publique. Une trentenaire explique alors avoir elle-même connu la violence conjugale et donc être sensible à la question. «Mais là, poursuit-elle, leur manif ne sert à rien et ça n’aura aucun impact.»

En entendant les féministes crier, «ces mains qui jouent de la guitare et qui signent des autographes sont les mêmes qui ont tué Marie», un homme ironise: «Et où étiez-vous en 2014, quand Cantat s’est produit au Paléo festival et aux Docks avec le groupe Detroit?»

Pour Valérie, sociologue et spectatrice hier, ce type de féminisme, «que l’on qualifie curieusement de néo, est en fait franchement régressif! Il me fait plutôt penser aux ligues de vertu puritaines qui sévissaient dans les années 1920 aux USA et qui dictaient les campagnes de censure des films au cinéma. Car elles pensaient bêtement que le public deviendrait dépravé à force de voir des femmes fatales et des gangsters.» Pour Valérie, c’est nier complètement la prise de distance que chaque individu peut opérer entre une personne et un personnage.

Créé: 19.04.2018, 21h36

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