Mercredi 19 décembre 2018 | Dernière mise à jour 04:49

France Les «sept de Briançon» ou le procès symbole

Des militants ayant facilité le passage aux frontières d'une vingtaine de migrants sont jugés depuis jeudi, à Gap.

Ce procès est devenu le symbole de l'aide aux migrants.

Ce procès est devenu le symbole de l'aide aux migrants. Image: AFP

Manif à Genève

Près de 50 personnes se sont réunies en milieu de journée à Genève, à proximité du consulat de France. Deux des militants jugés sont de jeunes genevois.

«L'essentiel des personnes qui soutiennent les sept de Briançon ont fait le déplacement à Gap», a relevé Jean Burgermeister, député d'Ensemble à Gauche. «A travers ce procès, c'est tous les mouvements de solidarité avec les migrants qui sont concernés», a-t-il déclaré, appelant les personnes présentes à «s'inspirer du courage des sept de Briançon».

«La Suisse participe à la répression des migrants, une politique qui fait le lit des gouvernements d'extrême droite», a-t-il poursuivi. «On veut salir les personnes qui aident les migrants.

«Leurs actions sont justes et légitimes, elles sont l'expression de la démocratie», a pour sa part souligné Emmanuel Deonna, conseiller municipal socialiste en Ville de Genève, refusant la stigmatisation et la criminalisation des migrants et des personnes qui les soutiennent.

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Manifestation «spontanée» ou aide à l'entrée irrégulière? Sept militants poursuivis pour avoir fait entrer des étrangers en France en avril, ce qu'ils réfutent avec des centaines de défenseurs de la cause des migrants venus les soutenir, sont jugés depuis jeudi matin, à Gap.

Leur procès, devenu symbole de l'aide aux réfugiés qui affluent à la frontière franco-italienne dans la région de Briançon depuis l'an dernier, a attiré un total de 850 personnes dans la journée devant le tribunal de Gap selon la police.

A l'intérieur, sept militants - une Italienne, un Suisse, un Belgo-suisse et quatre Français, âgés de 22 à 52 ans - sont poursuivis pour «aide directe ou indirecte en bande organisée à l'entrée irrégulière d'étrangers sur le territoire national». Ils encourent dix ans de prison et 750'000 euros d'amende. Seule l'Italienne est absente à l'audience.

«Il y a eu une volonté d'exprimer nos idées»

Appelés les uns après les autres à la barre, ces «solidaires» de la cause des migrants, comme ils se présentent, ont souligné que le 22 avril, en manifestant sur les hauteurs de Montgenèvre, leur intention n'avait jamais été de faire passer la frontière franco-italienne à des clandestins, mais de réagir à une action menée localement, la veille, par un groupuscule d'extrême droite hostile aux migrants, Génération Identitaire (GI). «Aucun d'entre vous ne (le) revendique (...) alors que cela a ensuite été revendiqué sur les réseaux sociaux ?», leur demande le procureur Raphaël Balland.

«Il y a eu une volonté d'exprimer nos idées, notre mécontentement face au déploiement, la veille au col de l'Echelle, de Génération identitaire, mais aussi, plus généralement, contre la militarisation des frontières. C'était une simple manifestation et il n'y a eu aucun groupe de meneurs. Ce n'était pas une bande organisée. On a tous manifesté ensemble», répond un des prévenus, Théo Buckmaster, Belgo-Suisse de 24 ans.

«Cette manifestation était spontanée et improvisée mais s'inscrivait dans le cadre de la défaillance de l'Etat. Il n'y a eu aucun mot d'ordre. On n'a forcé personne. Le but n'était pas de franchir la frontière mais de dénoncer la militarisation de la frontière et la manifestation de GI», abonde Benoit Ducos, Français de 49 ans.

«Délit de solidarité»

L'accusation, elle, leur reproche d'avoir facilité, ce jour-là, le passage de la frontière franco-italienne à une vingtaine de migrants mêlés au cortège, qui après des heurts avec les forces de l'ordre a rallié Briançon sous escorte.

Le procès des trois militants étrangers, prévu initialement à la fin mai, avait été renvoyé, le temps que le Conseil constitutionnel statue sur le «délit de solidarité». En juillet, les Sages ont estimé qu'au nom du «principe de fraternité», une aide désintéressée au «séjour» irrégulier ne saurait être passible de poursuites, l'aide à «l'entrée» restant cependant illégale. De quoi maintenir les poursuites, selon le parquet de Gap.

Sous les applaudissements

Les prévenus sont arrivés jeudi matin sous les applaudissements au palais de justice, protégé par deux compagnies de CRS. A quelques mètres du cordon du sécurité, les militants ont déposé des pancartes où l'on pouvait lire: «la Solidarité est une zone à défendre», «Je suis, tu es, nous sommes tous migrants» ou encore «SOS Solidaire». Des étals avaient été installés pour se restaurer ou échanger à l'extérieur du tribunal, l'audience ayant attiré de nombreux soutiens, locaux ou venus de plus loin.

Les avocats de la défense ont d'abord attaqué la procédure sur la forme, «aucun élément objectif», selon eux, ne pouvant justifier l'ouverture d'une enquête de flagrance sur la manifestation.

«Une personne de couleur noire et d'origine africaine dans une manifestation n'est pas forcément un migrant en situation irrégulière. Cette appréciation des officiers de police est purement discriminatoire», a argué Me Cécile Faure-Brac. Tension

La présidente du tribunal, Isabelle Defarge, a ensuite fait projeter des images du 22 avril, filmées par des policiers, des manifestants, mais aussi par des militants d'extrême droite. Des témoins ont ensuite décrit la tension qui régnait dans la région depuis la veille.

Le procès se poursuivait jeudi en début de soirée, le procureur n'ayant pas encore pris ses réquisitions. (ats/nxp)

Créé: 08.11.2018, 16h34

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