Mercredi 16 janvier 2019 | Dernière mise à jour 14:30

Prévention Réagir face au cybermobbing

Pro Juventute lance aujourd’hui une campagne contre le harcèlement virtuel. Un phénomène en hausse qui touche beaucoup les jeunes.

L’affiche de la campagne. Pour les victimes, la souffrance ressentie peut être immense.

L’affiche de la campagne. Pour les victimes, la souffrance ressentie peut être immense. Image: Pro Juventute

La liberté, ça s’apprend

Par Sandra Jean
Rédactrice en chef

Un ado sur dix en Suisse est victime de harcèlement sur le Web. Chaque semaine, la ligne téléphonique destinée aux enfants, le 147, reçoit deux ou trois appels de jeunes désespérés, en proie au cybermobbing. Insultes, photos compromettantes, dénonciations fallacieuses, la gamme de persécutions virtuelles n’a de limites que celles des auteurs. Les conséquences, elles, n’ont rien de virtuel. Elles peuvent conduire jusqu’au suicide, dans les cas les plus extrêmes.

Le phénomène est en train de prendre une telle ampleur que Pro Juventute a décidé de lancer aujourd’hui une campagne nationale d’information. Le besoin est immense. Il est à la hauteur de la méconnaissance crasse des règles les plus élémentaires du droit mais surtout du respect que l’on doit à son prochain.

Souvent planqués derrière leur anonymat, les auteurs de cybermobbing pensent qu’ils ne risquent rien. De toute façon, «il ne s’agit pas de la vraie vie». Certains avouent même ne pas s’être rendu compte de la gravité de leurs agissements. «Ce n’est que du virtuel», après tout.

Devant cet abysse d’inconscience, la démarche de Pro Juventute ne peut qu’être saluée. Mais ça ne suffit pas. Les parents et l’école seraient bien avisés de lui emboîter rapidement le pas en expliquant une fois pour toutes à ces jeunes têtes brûlées les droits et les devoirs qui, au final, sont les mêmes sur le Net que dans la vraie vie. Le plus tôt sera le mieux. La Toile, elle, ne dort jamais.

Que faire?  

Informer les jeunes qu’ils peuvent se tourner, de manière anonyme, vers le 147 ou des sites comme www.ciao.ch et www.147.ch. Si un jeune se confie à un adulte du cercle familial ou de l’école, il est impératif de le prendre au sérieux et de ne pas minimiser ce qui lui arrive.

Il est d’ailleurs conseillé aux parents de s’informer même si leur enfant n’est pas concerné mais surfe régulièrement.
En cas d’attaque, qu’il s’agisse de commentaires ou de photos envoyés sur un site, par e-mails ou par SMS, mieux vaut ne pas répondre. Les attaques visent à provoquer une réaction, les alimenter ne ferait qu’envenimer les choses. En cas d’attaques répétées, il faut essayer de garder les preuves.

Si les auteurs des attaques sont connus de la victime, entamer le dialogue avec eux et avec les adultes qui les entourent, parents et enseignants. Les parents qui découvrent que leur enfant est l’auteur de telles attaques doivent eux aussi réagir. Idéalement, les jeunes témoins de cybermobbing aussi.

Il n’existe pas de législation spécifique, mais le Code pénal prévoit des jours-amendes envers les auteurs d’attaques à l’honneur. Tout ce qui est publié sur Facebook relève également du Code pénal.

Le harcèlement virtuel: Témoignages de victimes et d'un agresseur recueillis par Pro Juventute

Auteure d’e-mails malveillants

Une fille de 17 ans appelle car elle est dépassée par ce qu’elle a fait: des mois durant, elle a utilisé l’adresse électronique d’une camarade qu’elle n’aime pas pour envoyer des e-mails malveillants sur d’autres camarades. Mais la victime a découvert son identité et s’est tournée vers la direction de l’établissement. L’auteure du méfait est convoquée chez le directeur.

Filmé à son insu

Insulté, exclu par ses camarades, un ado de 16 ans a vu la situation se dégrader depuis quelques semaines: il reçoit des SMS malveillants et fait l’objet de commentaires moqueurs sur Facebook. Une vidéo le montrant à son insu dans le vestiaire circule. Désespéré, il ne veut plus aller
en cours. Suite à un entretien téléphonique, il décide de demander de l’aide à un adulte, soit l’assistant social scolaire, et de porter plainte.

Un jeu qui tourne mal

Une fille de 15 ans est mortifiée par la publication sur Facebook de photos d’elle faites par une copine pendant qu’elles jouaient à être sexy après avoir bu de l’alcool. La copine a envoyé les photos par MMS et elles font désormais le tour de l’école. La victime a effacé les photos qu’elle a pu de Facebook mais ne sait pas s’il y en a d’autres qui circulent. Elle a honte, se sent trahie et a peur que ses parents découvrent les images.

Moqué sur Facebook à cause de «Pingu»

«J’ai avoué à mes amis que je regarde encore l’émission «Pingu» à la télévision. Depuis, je suis très sérieusement harcelé sur Facebook et à l’école. Je n’ai plus d’amis
et je ne sais plus quoi faire de ma vie. Ma vie n’a plus de sens, dois-je me suicider? C’est ce que je vais faire si je ne reçois pas de bons conseils! Aidez-moi!!!!!!»

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Le suicide d’Amanda Todd aurait pu survenir en Suisse comme n’importe où ailleurs. La question n’est pas si mais quand un tel drame arrivera en Suisse.» Ce cri d’alarme est lancé par Stephan Oetiker, directeur de Pro Juventute. Amanda Todd est cette Canadienne de 15 ans victime de «cybermobbing» depuis des mois qui a mis fin à ses jours après avoir posté une vidéo où elle appelait à l’aide via des pancartes.

Pour éviter un tel drame en terre helvétique, Pro Juventute lance aujourd’hui une campagne nationale par le biais d’affiches, d’un spot télévisé et avec l’appui de personnalités comme Diego Benaglio ou la chanteuse Heidi Happy. Par cybermobbing, également appelé harcèlement virtuel ou cyberintimidation, il faut comprendre des insultes ou des photos compromettantes envoyées sur des sites, mais aussi directement à la victime par e-mails ou SMS. Un phénomène grandissant en Suisse.

«De plus en plus d’appels concernent le cybermobbing», souligne Stephan Oetiker. Le 147 reçoit deux ou trois appels liés à cette problématique par semaine. La fondation s’est décidée à agir lorsque l’étude qu’elle a fait réaliser par l’institut Gfk a montré la méconnaissance du grand public. «70% ne savent pas où trouver de l’aide et seul un Suisse sur deux (51,9%) sait ce qu’est le cybermobbing.» Une méconnaissance qui atteint trois personnes sur quatre en Suisse romande. Enfin, une étude tessinoise a montré qu’un jeune sur dix en serait victime en Suisse. Ces «chiffres sont effrayants.»

Facebook, «plate-forme idéale»

Les jeunes sont en première ligne parce qu’Internet fait partie intégrante de leur vie, notamment les 13-16 ans. Un site comme Facebook est une «plate-forme idéale, avertit Stephan Oetiker, car il demande peu d’investissement et permet de toucher un maximum de gens en un minimum de temps». Des attaques qui restent difficiles à imaginer pour les parents. «Ils ne se rendent pas compte de l’importance du monde virtuel pour leurs enfants, parce que le monde physique, réel, reste beaucoup plus important pour eux.»

Alors, faut-il priver les ados de leur connexion? Une telle mesure est irréaliste, avertissent les experts. Il faut surtout que chacun prenne conscience de la gravité du cybermobbing. Ce qui est pour l’agitateur une blague sans conséquence peut s’avérer dévastateur, et les jeunes qui appellent le 147 feraient souvent part de leur envie d’en finir.

Harcèlement invisible

L'inhibition des agresseurs est d’une part plus faible, car ils peuvent être anonymes ou changer d’identité (voir ci-dessous); d’autre part, le harcèlement peut se poursuivre 24 h sur 24, en silence, à l’insu de la famille ou du corps enseignant.

Paradoxalement, les agresseurs ne se rendraient souvent pas compte du calvaire infligé à leur victime. «Ils ont les compétences technologiques, mais pas sociales», insiste Stephan Oetiker. Il est vrai qu’ils font aussi preuve d’insouciance quant à ce qu’ils postent d’eux-mêmes. Récemment, un policier s’est rendu chez un jeune auteur de commentaires malveillants sur Facebook pour lui poser des questions: le garçon en a été extrêmement surpris.

Il n’est pas à exclure que, avec l’utilisation toujours plus grande du Web, les adultes soient de plus en plus concernés. La Suisse a connu ces dernières années des cas où des adolescents s’en sont pris à des adultes et ont été dénoncés à la justice. En 2008, aux Etats-Unis, c’est la mère d’une élève qui avait été inculpée suite au suicide de Megan Meier, 13 ans, pour avoir harcelé l’ado via un faux compte sur Myspace. Stephan Oetiker, lui, dit avoir été frappé par le fait que sur sa dernière pancarte Amanda Todd disait qu’elle était seule. «C’est cette solitude de la victime qu’il nous faut absolument combattre.»

Le numéro d’appel d’urgence de Pro Juventute 147 est ouvert 24 h sur 24.

www.projuventute.ch

Des informations supplémentaires peuvent également être téléchargées sur

www.safersurfing.ch (Le Matin)

Créé: 22.10.2012, 07h28

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