Samedi 6 juin 2020 | Dernière mise à jour 16:20

Espace Une technologie suisse va œuvrer sur Mars

Un robot de l'Agence spatiale européenne va tenter de détecter des signes de vie sur Mars à l'aide d'un système de caméra conçu en Suisse.

Développé à Neuchâtel, le système de caméra «Clupi» devrait embarquer à bort de la mission ExoMars en 2022.
Vidéo: Keystone

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Y a-t-il eu de la vie sur Mars? C'est à cette question que l'astromobile Curiosity de l'Agence spatiale européenne (ESA) va essayer de répondre grâce à une caméra développée par l'institut Space-X à Neuchâtel.

De la roche rouge, de la caillasse grise et quelques grosses pierres, le tout surmonté d'une image panoramique de Mars prise par le rover Curiosity, avec un ciel un peu jaune... On s'y croirait s'il n'y avait également des projecteurs, un bureau et des écrans d'ordinateurs.

C'est de là que Nikolaus Kuhn, de l'Université de Bâle, donne des ordres à un petit engin monté sur de larges pneus et surmonté d'une caméra reflex à miroirs, qui s'ébranle en bourdonnant sur le sol martien reconstitué.

Le Pr Kuhn appelle cela un «studio de photo pour Mars». Dans ce laboratoire martien de l'alma mater bâloise installé à Witterswil (SO), il teste avec ses collègues les conditions dans lesquelles une caméra développée à Neuchâtel devra faire des images en gros plan du sol de Mars. Il s'agit notamment de déterminer quelles sont les conditions de luminosité et de contraste les mieux à même de faire ressortir les structures fines des roches martiennes.

Mission ExoMars

Développé par le Space Exploration Institute (Space-X) à Neuchâtel et construit par Thales Alenia Suisse, le système de caméra «Clupi» (pour Close-Up Imager) doit embarquer à bord du robot «Rosalind Franklin» de la mission ExoMars des agences spatiales européenne ESA et russe Roskosmos. Le départ prévu cette année a été reporté à 2022.

«Théoriquement, on aurait pu partir, mais il y aurait eu un certain risque que la mission échoue», a indiqué à Keystone-ATS Jean-Luc Josset, de Space-X, directeur de l'équipe scientifique autour de Clupi. Outre la nécessité de tests supplémentaires des équipements informatiques, l'épidémie de coronavirus est venue perturber les préparatifs.

Cela signifie donc que le laboratoire installé à Witterswil dispose de davantage de temps pour tester tous les paramètres et se préparer à des situations particulières. Il faut dire que la mission dépend largement d'un fonctionnement optimal de Clupi.

ExoMars (pour exobiologie des Mars) vise en effet à détecter d'éventuelles traces de vie passée sur la planète rouge. La sonde TGO (Trace Gas orbiter) se trouve déjà en orbite de Mars depuis 2016.

Le rover doit quant à lui y être déposé en 2023 pour prélever et analyser des échantillons de roches pendant six mois à une douzaine d'endroits différents. Outre la caméra, il dispose d'un mini-laboratoire.

Couches très anciennes

L'équipe du Pr Kuhn participe au choix de ces endroits prometteurs, où il pourrait y avoir eu de l'eau et même des microorganismes. «Ces couches-ci par exemple n'ont pu se former que grâce à des microorganismes qui les ont collées les unes aux autres», explique le spécialiste, montrant un pierre terrestre.

Pour le professeur bâlois, même si la recherche de traces de vie est au centre de la mission, il s'agit également d'une occasion unique de remonter trois milliards d'années en arrière afin de mieux comprendre certains processus qui se sont produits sur la Terre encore jeune.

Les couches rocheuses à l'endroit où le rover d'ExoMars doit se poser sont parvenues à la surface par l'érosion et datent de 3,9 milliards d'années. Elles sont à peine plus jeunes que la planète elle-même.

«Sur Mars, il n'y a pas ou presque pas de tectonique des plaques, presque pas de volcanisme et surtout, pas d'activités humaines», note le Pr Kuhn. Peu de choses, donc, qui auraient pu falsifier ce livre d'histoire écrit dans la pierre.

La NASA aussi

Les indices relevés lors de précédentes missions laissent à penser que des conditions très différentes ont pu régner sur Mars il y a trois milliards d'années, avec des températures plus élevées et de l'eau sous forme liquide. On ignore toutefois la durée de cette phase plus chaude.

Reconstruire l'histoire climatique de Mars pourrait aider à mieux comprendre celle de notre planète. «De telles missions sont une affaire de décennies», conclut Jean-Luc Josset. Il a eu l'idée de Clupi en 2005, et la mission aurait dû s'envoler en 2009, puis 2020.

ExoMars 2020 a été précédée par la mission ExoMars 2016. Celle-ci s'était soldée par la mise en orbite réussie de la sonde TGO, mais aussi par le crash de l'atterrisseur test Schiaparelli à la surface de Mars.

Désormais ce sera donc 2022. Au risque de se faire brûler la politesse par la NASA qui doit lancer cet été son robot «Perseverance», avec des visées similaires. (ats/nxp)

Créé: 27.03.2020, 11h56

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