Dimanche 18 août 2019 | Dernière mise à jour 12:12

Médias «La Région» se retrouve sans rédactrice en chef

A la tête de la rédaction depuis février 2018, Caroline Gebhard n'occupe plus ses fonctions. Son avocat évoque un licenciement abusif.

Caroline Gebhard était à la tête de la rédaction depuis février 2018.

Caroline Gebhard était à la tête de la rédaction depuis février 2018. Image: Keystone

Rassemblement à Yverdon en soutien à la liberté de la presse

Une soixantaine de personnes se sont rassemblées vendredi soir à Yverdon-les-Bains (VD) en soutien à l'indépendance de la presse. Une mobilisation qui intervient après la révélation des pressions exercées par la Municipalité sur le journal local et le départ de sa rédactrice en chef.

Réunis sur la place Pestalozzi, les manifestants ont tenu à rappeler leur attachement à la liberté de la presse. «Ce n'est pas le rôle d'un exécutif de contrôler le contenu d'un journal», a déclaré Mathilde Marendaz, une des organisatrices.

La veille, «24 heures» révélait la teneur d'un courrier signé du syndic de la cité thermale à la rédactrice en chef du journal du Nord vaudois «La Région». Jean-Daniel Carrard y faisait part de la «déception» de la municipalité s'agissant de la couverture par le titre de l'actualité locale.

En conséquence, il lui annonçait la suppression de la diffusion de la lettre des autorités dans ses pages, synonyme d'un manque à gagner d'environ 28'000 francs par an pour le titre.

Peu après, la rédactrice en chef Caroline Gebhard était convoquée par le conseil d'administration du groupe éditant le journal, lui aussi peu satisfait de la ligne éditoriale. Là deux versions s'opposent: l'avocat de la journaliste évoque un licenciement abusif alors que celui du groupe affirme qu'elle a démissionné.

Une pétition en soutien à la journaliste a été lancée sur la Toile.

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Le journal du Nord vaudois «La Région» se cherche un ou une nouvelle responsable de rédaction. Sa rédactrice en chef a été licenciée de manière abusive, clame son avocat. Non, elle a démissionné de son propre chef, conteste la partie adverse.

A la tête de la rédaction depuis février 2018, Caroline Gebhard n'occupe plus ses fonctions. «Elle a été convoquée et licenciée par le conseil d'administration fin juin alors qu'elle n'avait jamais reçu d'avertissement et de manière cavalière», déplore son avocat Raphaël Mahaim, confirmant une information parue jeudi dans «24 heures». A ses yeux, il s'agit clairement d'un licenciement abusif.

Et d'ajouter que sa cliente accuse le coup. «Mme Gebhard a investi énormément d'énergie pour ce journal et les échos étaient positifs. Elle est coupée dans son élan».

Pris les devants

Une version que conteste Charles Munoz, avocat de la société Regio Hebdo SA qui édite le titre. Caroline Gebhard et le conseil d'administration rencontraient depuis un certain temps des désaccords sur la ligne éditoriale. «Elle a été convoquée en juin par une délégation du conseil d'administration pour lui communiquer un certain nombre de mécontentements».

«L'idée était aussi de lui signifier son congé, mais c'est elle qui a pris les devants et a donné sa démission pour fin août, alors qu'elle avait un dédit de six mois», poursuit le conseil. Sa décision a toutefois été acceptée.

Et Charles Munoz de s'étrangler: «Le comble, c'est qu'elle a déposé une requête d'extrême urgence pour empêcher son employeur de communiquer sur le sujet et sa demande a été acceptée. Voilà que juste après, un article paraît».

Muni pas contente

Ce qui est certain, c'est que la couverture de l'actualité locale par le journal faisait grincer des dents au sein de la Municipalité d'Yverdon. Dans un courrier datant de mai 2019 et dont Keystone-ATS s'est procuré copie, le syndic Jean-Daniel Carrard fait part de «la déception» de l'exécutif sur la manière dont ont été couverts certains événements.

Et de reprocher à la rédactrice en chef de ne pas avoir publié une photo sur laquelle apparaissaient plusieurs syndics ou de ne pas avoir relayé ses propos lors d'un événement co-organisé par la Ville. «La répétition de ce type de choix rédactionnels partiaux nous fait penser qu'il s'agit d'une volonté délibérée, peu professionnelle», peut-on lire.

Le chef de l'exécutif lui annonce «en conséquence», la suspension de la parution de la lettre d'information de la Ville dans le journal. La diffusion de cette newsletter est facturée 3480 francs par édition, hors taxes, précise le service de communication de la Ville. Celle-ci était diffusée huit fois par an.

Démarche légitime

Le service de communication ajoute que «la Municipalité s'est interrogée sur la qualité de la couverture de l'actualité locale». «Dans le souci d'utiliser au mieux les budgets à disposition, il lui paraît parfaitement légitime de s'interroger sur les meilleurs moyens de diffuser les informations utiles aux administrés, afin que ceux-ci puissent en toute connaissance de cause se forger une opinion et évaluer les prestations publiques», conclut-il.

De son côté, impressum bondit au plafond. «Que des autorités locales osent exercer de telles pressions sur un journal est une atteinte intolérable à la liberté de la presse». S'agissant du licenciement de Caroline Gebhard, il le juge abusif. «Caroline Gebhard est une grande professionnelle qui fait l'unanimité dans le milieu du journalisme», souligne Flavienne Wahli Di Matteo, présidente d'impressum vaud. (ats/nxp)

Créé: 04.07.2019, 16h03

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