Samedi 16 février 2019 | Dernière mise à jour 09:43

Migration «Réglons l'asile par le travail»

La nouvelle vice-présidente des Femmes socialistes suisses, Cesla Amarelle, est le fer de lance de la riposte de gauche sur l’asile. Elle lève le voile sur l’initiative en préparation.

«La filière de l’asile est engorgée par des personnes qui essayent de trouver du travail et qui se retrouvent dans la filière asile alors que leur cas ressort de la migration du travail.»

«La filière de l’asile est engorgée par des personnes qui essayent de trouver du travail et qui se retrouvent dans la filière asile alors que leur cas ressort de la migration du travail.»

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Cesla Amarelle, qu’allez-vous proposer?

Aujourd’hui, nous avons un problème avec l’asile. L’UDC veut nous battre sur ce terrain. Alors oui, nous manquons de places d’accueil et il y a des personnes qui n’ont rien à faire dans cette filière asile mais qui l’occupent. Ces questions peuvent se traiter dans l’immédiat de manière opérationnelle par des places d’hébergements notamment. Mais l’essentiel du problème est ailleurs! C’est ce que la gauche doit mettre en avant. La filière de l’asile est engorgée par des personnes qui essayent de trouver du travail et qui se retrouvent dans la filière asile alors que leur cas ressort de la migration du travail. La loi empêche leur situation d’être traitée correctement.

Que voulez-vous faire alors?

Il faut à mon avis mettre un terme au principe de la migration d’élite instaurée en 2003, et passer à des critères plus justes en matière de migration du travail. C’est l’un des points fondamentaux.

Vous voulez ouvrir le marché du travail? Vous allez faire peur aux Suisses!

Il s’agit d’une ouverture relative conditionnée par la capacité du marché du travail à intégrer de nouvelles personnes, indépendamment de leur origine géographique. Nous voulons réguler la migration en fonction des besoins réels du marché. Tout le monde sait aujourd’hui que nous avons besoin de personnes, notamment dans les soins, et qui peuvent venir d’autres pays que l’Union européenne. Un Indien ne devrait pas forcément être bac +20 pour venir travailler en Suisse! Mais aujourd’hui, comme les critères ne sont pas adéquats, nous faisons face à de la migration irrégulière qui risque d’augmenter, alors que les besoins de l’économie sont réels. Rien ne justifie la situation indigne des sans-papiers qui travaillent en Suisse et qui se prennent en charge financièrement.

Et pourquoi les travailleurs européens ne suffiraient-ils pas?

L’existence même des sans-papiers qui travaillent est la démonstration que la migration économique depuis l’Europe ne permet pas de satisfaire aux besoins de l’économie. Aujourd’hui, nous sommes face à trois générations de sans-papiers, des personnes intégrées qui n’ont pas de permis de séjour. Si l’économie donne du travail durable à un migrant, cette personne a droit à un permis durable.

Un travail, un permis. C’est ce que vous proposez?

Un travail, un permis devrait se situer au centre du projet d’initiative. Mais avec des mesures de protection du marché extrêmement strictes. Le travail ne doit pas être accordé à des conditions de dumping social et salarial. Il faut donc que les partenaires sociaux et l’Etat soient les garants de conditions de travail dignes. Au-delà de ce critère «un travail, un permis», il faut à mon sens notamment tenir compte du droit d’asile en lien avec l’admission provisoire.

Et vous pensez régler le problème de l’asile comme ça?

Aujourd’hui, toute une série de personnes viennent de pays où les problèmes de persécution individuelle sont rares. Les causes d’exode ne sont pas non plus directement liées à une situation générale de violence. Si ces personnes ont la possibilité de trouver du travail, il faudrait qu’elles connaissent les conditions qui leur permettent ou pas de venir travailler et vivre en Suisse. Ensuite, l’un des enjeux majeurs, c’est de redéfinir le terme de réfugié. Il faut consolider le statut des personnes admises provisoirement. Derrière les admissions provisoires, vous avez les Bosniaques, les Erythréens, les Syriens. Ils ne sont pas persécutés individuellement mais se trouvent dans une situation humanitaire grave. Il faut leur donner un statut similaire à celui des réfugiés. On sait d’ailleurs que 95% des personnes avec des permis F restent durablement en Suisse. Il faut donc renforcer leur intégration.

Donc leur permettre aussi de travailler et de se déplacer d’un canton à l’autre?

Exactement. Il s’agit d’un combat très important, car on parle ici de plusieurs dizaines de milliers de personnes et leurs enfants qui vivent, et pour certains travaillent, depuis de nombreuses années en Suisse. Il faut permettre à ces personnes d’avoir une vie normale ici.

Et les renvois, vous allez y toucher?

Je suis en principe opposée aux renvois. Mais l’Etat doit renvoyer les personnes qui ont notamment commis des délits pénaux graves, y compris avec des mesures de contrainte. D’ailleurs, il peut le faire déjà aujourd’hui. Une personne qui vient pour dealer n’a pas sa place en Suisse. Mais la population comprend très bien qu’on ne devrait pas renvoyer les grands-mamans bosniaques qui ont vécu les massacres, ou les familles installées depuis vingt ans dans le pays.   (Le Matin)

Créé: 09.11.2012, 10h00

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