Lundi 12 novembre 2018 | Dernière mise à jour 18:30

Militante Rencontre avec la mamie graffeuse

Louise Schneider (85 ans) a provoqué un buzz mondial en taguant la BNS mardi à Berne. Cette dernière nous a accueillis chez elle hier pour évoquer une vie de lutte.

«Heureusement que vous avez amené une bonbonne de peinture, la police a confisqué la mienne», plaisante Louise Schneider avant la séance photos. (Image: Charly Rappo)

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Les visiteurs sont accueillis par des drapeaux multicolores accrochés à la barrière du jardin. Louise Schneider nous attend sur les marches de la maison familiale de Köniz, dans la banlieue bernoise.

Cette arrière-grand-mère joviale est devenue une sensation internationale en quelques jours. Mardi, la militante avait tagué le mur de la Banque nationale (BNS) pour critiquer le commerce d’armes. Les images de cette mamie rebelle, la main un peu tremblante sous le poids de la bonbonne de peinture ont, depuis, fait le tour du monde. Connue jusqu’aux États-Unis

«Vu que je n’ai pas Internet, je n’ai pas vu toutes les réactions, explique-t-elle dans un grand éclat de rire. Apparemment, il y a eu des articles jusqu’aux États-Unis et en Afrique. Avec toute cette attention médiatique, la Banque nationale a renoncé à me poursuivre.»

Rapidement, certains avaient critiqué une instrumentalisation de cette grand-mère par le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA). «C’est n’importe quoi, s’emporte Louise. Je n’ai pas été manipulée. Ça fait un moment que j’avais cette idée en tête. En 2016, la BNS avait effacé un tag «Personne n’est illégal» sur une devanture. J’étais enragée contre cette réaction et je m’étais promis que ce mur ne resterait pas blanc longtemps. Si c’était à refaire, je ne changerais rien.»

Devenue copine avec les policiers

Derrière ces aspects de grand-mère tranquille, Louise Schneider est une véritable «Ma Dalton» de la lutte pour la paix. «J’ai dû montrer ma carte d’identité au moins 100 fois à la police bernoise. Maintenant, ils ne me la demandent même plus. C’est presque devenu des copains à force. C’est aussi pour ça que j’ai pu terminer tranquillement mon tag mardi.» Mais qu’est-ce qui la pousse encore à se battre, du haut de ses 86 ans? «En fait, j’ai encore 85 ans, corrige-t-elle. Tout le monde a écrit que j’en avais 86, mais je n’ai mon anniversaire qu’au mois de juillet. Comme chaque année, on va faire une grande fête dans le jardin. Il y aura plein de gens du GSsA. Je suis un peu la grand-mère de tous ces jeunes.»

La militante fait partie du groupe antimilitariste depuis sa création en 1982. «Toute ma vie est dédiée au pacifisme, résume celle qui récolte des signatures dans la rue deux fois par semaine. Je ne pourrai jamais m’arrêter de défendre ces idées. Tant que ma santé suivra, je continuerai ma lutte. En 50 ans, j’ai fait tellement de manifestations et d’actions.» Son combat pacifiste, Louise l’a longtemps mené aux côtés de son mari, Paul, décédé récemment à l’âge de 96 ans. «Il est toujours avec moi dans mon cœur, confie-t-elle alors que l’émotion lui serre la gorge. C’est aussi pour lui que je continue. C’est si dur sans lui.»

Contre la retraite à 65 ans

Lorsqu’elle évoque l’avenir, Louise Schneider ne cache pas sa crainte. «La situation est atroce. Je n’ose pas le dire aux jeunes. Il faut leur laisser espérer. L’écart se creuse de plus en plus entre les riches et les pauvres. Dans deux ou trois ans, je suis persuadée qu’on va droit vers la troisième Guerre mondiale si rien ne change.» Pourtant, la Bernoise n’est pas près de baisser les bras. Son prochain combat? La réforme des retraites. «Cela ne fait aucun sens que les femmes travaillent jusqu’à 65 ans. J’ai écrit directement à Alain Berset pour lui ordonner d’arrêter. (Rires.) Il m’a personnellement répondu. Je vais me battre pour que ça ne passe pas aux votations.» La lutte ne fait donc que commencer par la mamie tagueuse. (Le Matin)

Créé: 15.04.2017, 10h42

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