Samedi 30 mai 2020 | Dernière mise à jour 23:42

Coronavirus Le retour à l'école inquiète encore et toujours

Alors que des parents ont lancé une pétition contre la Société de pédiatrie, celle-ci annonce de nouvelles mesures pour surveiller la santé des enfants.

Pour la Société suisse de pédiatrie, tout enfant scolarisé avant l'épidémie, même s'il souffre d'une maladie grave, doit retourner à l'école. Ce qui inquiète bien des parents.

Pour la Société suisse de pédiatrie, tout enfant scolarisé avant l'épidémie, même s'il souffre d'une maladie grave, doit retourner à l'école. Ce qui inquiète bien des parents. Image: Keystone

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La communication balbutiante de l'Office fédéral de la santé n'a pas aidé à rassurer bien des parents. Les enfants sont-ils contagieux? Les réponses de Berne naviguaient entre un non catégorique et le conditionnel. Et aucune étude scientifique n'a pour l'instant définitivement réglé la question, même si une tendance semble se dessiner montrant que les plus jeunes ne sont pas des vecteurs importants du coronavirus.

Quel enfant est vulnérable?

Alors que certains pays ont laissé le libre choix aux parents d'envoyer leurs enfants à l'école, cela n'a pas été le cas en Suisse. Rentrée des classes obligatoire pour tout le monde, sauf pour les enfants vulnérables ou ceux vivant avec des personnes vulnérables. Et pour la Société suisse de pédiatrie (SSP), des enfants vulnérables, il n'y en a visiblement pas beaucoup: «Tous les enfants qui étaient scolarisés avant l'épidémie sont autorisés à retourner à l’école. Les facteurs de risque connus pour les adultes ne s’appliquent pas aux enfants. (...) il n’existe pas de maladies qui prédisposent spécifiquement à des formes graves de COVID-19», écrit-elle dans ses recommandations.

Elle conseille donc aux pédiatres «de travailler activement en faveur d’un enseignement présentiel pour que les enfants ne soient pas inutilement privés de la possibilité de retourner à l’école». Des explications qui n'ont pas convaincu cette famille vaudoise dont l'un des enfants a une maladie héréditaire rare, qui touche également sa maman. Elle est allée demander un certificat médical au pédiatre, qui l'a refusé à l'enfant. Ce dernier n'est toutefois pas retourné à l'école, puisqu'il remplit l'autre condition: vivre avec une personne vulnérable.

Mais les parents, indignés par les recommandations de la SSP, ont décidé de lancer une pétition, «Non aux directives abusives de la Société suisse de pédiatrie.» Ils demandent «de laisser la liberté aux pédiatres de délivrer des certificats de vulnérabilité en fonction de leur interprétation des connaissances, de leur expérience, et du dialogue avec les familles.» Et ils reprochent à la SSP, en soutenant la réouverture des écoles, «de donner la légitimation sanitaire dont les institutions politiques avaient besoin. Or, nous le rappelons, cette justification ne repose pas sur des bases scientifiques solides. Nous vous demandons donc de revenir sur votre positionnement concernant la réouverture des écoles.»

Pas d'interdiction faite aux pédiatres

La SSP, comme cela été notamment dit mardi soir dans «Forum», a rétorqué n'avoir jamais interdit à ses membres de délivrer des attestations médicales, chacun étant libre de ses décisions dans l'intérêt de l'enfant. Mais la position de beaucoup des praticiens semble claire: mieux vaut pour un enfant retourner à l'école, même s'il souffre d'une maladie grave, plutôt que de le marginaliser.

Les pétitionnaires ont répondu aux propos tenus dans l'émission de la RTS, arguant que, selon des nombreux témoignages, les pédiatres suivent les conseils de la SSP à la lettre. Et que, le doute subsistant quant à savoir si les enfants sont ou non vecteurs de la maladie, leur pétition, qui a recueilli ce mercredi plus de 300 signatures, a encore toute sa raison d'être. D'autant que l'on peut discuter sur le bienfait pédagogique d'un retour dans une école où il n'y a plus de notes. Les pétitionnaires ont précisé au Matin.ch qu'ils ne veulent surtout pas entendre que leur inquiétude est le fait de parents surprotecteurs. Ils sont juste de parents concernés par la santé de leurs enfants.

Syndrome inflammatoire à surveiller

D'ailleurs, la SSP reconnaît elle aussi que le coronavirus affecte les enfants. Dans de nouvelles recommandations à l'usage de ses membres publiées hier mardi, elle fait état du «nouveau syndrome inflammatoire aigu associé à la pandémie». Ce «Pediatric Multisystem Inflammatory Syndrome» a été recensé dans plusieurs pays, dont 10 cas (aucun décès) en Suisse «enregistrés depuis le début de la pandémie, principalement dans les cantons où l’incidence de COVID-19 (GE, VD, TI) est élevée».

Le coronavirus peut donc avoir des conséquences sur les enfants, même si ce syndrome est un effet secondaire. Mais la SSP de préconiser tout de même: «les enfants et les adolescents de tous âges présentant une forte fièvre pendant plusieurs jours ET des signes élevés d’inflammation (leucocytose, CRP élevée) ET des manifestations supplémentaires (exanthème, inflammation des muqueuses, problèmes gastro-intestinaux, instabilité circulatoire, etc). doivent être transférés immédiatement dans un hôpital pédiatrique».

Une étude sur les enfants

Dans cette même Newsletter, la SSP nous apprend que la Swiss Paediatric Surveillance Unit (SPSU) va lancer mi-mai une nouvelle étude sur les infections par le coronavirus. «Elle permettra de recueillir systématiquement des données sur les enfants atteints de COVID-19, pris en charge en ambulatoire ou en stationnaire. L’épidémiologie, le spectre des maladies, les facteurs de risque et les complications, ainsi que le syndrome inflammatoire, y seront enregistrés.» Voilà qui devrait, enfin, apporter son lot de données scientifiques sur le coronavirus chez l'enfant!

En somme, malgré les propos qui se veulent rassurants des autorités politiques et pédiatriques, on constate qu'il reste des zones d'incertitude qui ont de quoi nourrir l'inquiétude de parents. Rappelons toutefois que, même si le pédiatre refuse de délivrer un certificat médical à un enfant, les parents ont toujours la possibilité de s'adresser aux autorités scolaires, celles-ci ayant expliqué qu'elles tenaient à privilégier le dialogue pour trouver des solutions adaptées à chaque cas.

Michel Pralong

Créé: 13.05.2020, 14h52

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