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Crash du F/A-18 Skyguide se dit «infiniment désolé»

Le service de sécurité aérienne de la base de Meiringen (BE) a transmis une altitude trop basse au pilote. Skyguide assume ses responsabilités.

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L'altitude transmise par le service de sécurité aérienne de la base de Meiringen (BE) au pilote du F/A-18 qui s'est écrasé le 29 août était trop basse pour l'espace aérien spécifié, a indiqué mardi la justice militaire. Skyguide a déclaré dans une conférence de presse mardi qu'elle prenait ses responsabilités. «L'action d'un contrôleur aérien a apparemment contribué à l'accident et nous en sommes incroyablement désolés», a déclaré un porte-parole. «Nous ne pouvons pas revenir en arrière».

Selon le pilote de F/A-18 Pierre de Goumoëns, présent à la conférence de presse de Skyguide, la perte d'un contact radar n'est pas exceptionnelle, mais s'est raréfié avec les F/A-18. «La procédure est instruite et entraînée, ce n'est pas une procédure d'urgence.» Du côté de Skyguide, elle fait également partie de la formation des contrôleurs, a répondu Urs Lauener. Quant à savoir pourquoi le contact a été coupé, «il y a trop de possibilités. Nous ne pouvons encore rien dire», a déclaré Pierre de Goumoëns.

L'altitude transmise aux deux pilotes était-elle la même depuis le départ? Skyguide a déclaré que l'enquête allait le démontrer. Le service de sécurité aérienne a encore déclaré «faire confiance à ses pilotes pour mettre en oeuvre ses instructions». Le colonel de Goumoëns a de son côté déclaré avoir également confiance et avoir eu de bons résultats avec Skyguide depuis des années.

Enquête interne

Le contrôleur était relativement nouveau pour le contrôle aérien militaire. Est-ce que cela a eu une incidence? Skyguide s'est refusé a donner des précisions, se contentant de dire que l'homme avait 10 ans d'expérience. «Le reste relève de la sphère privée. »

Skyguide apportera tout son soutien à l'enquête militaire, assure-t-elle. Elle a, de son côté, ouvert une enquête interne. Celle-ci se base sur les indications dont Skyguide dispose, ainsi que sur les données du vol, pour le moment en possession du juge d'instruction.

Pas de conclusions définitives

L'enquête doit maintenant déterminer l'impact de cette indication du contrôleur aérien de Skyguide et son influence sur le crash. La justice militaire s'est présentée mardi à Berne devant les médias. Pas de conclusions définitives, ont averti les juges, mais une mise au point pour relativiser ou corriger les hypothèses sur les causes de l'accident publiées ces derniers jours dans les médias. L'enquête continue d'explorer toutes les pistes.

Pour l'instant, elle ne vise personne en particulier. Le contrôleur aérien de Skyguide qui a donné au pilote une indication d'altitude trop basse travaillait au centre de sécurité depuis 2015. Il jouit toujours de la présomption d'innocence. Mais rien n'est exclu, y compris l'ouverture d'une enquête pénale par la justice militaire.

A ce jour, aucun indice n'a en outre été retrouvé qui fasse penser à une défaillance technique ou qui permette d'établir un lien avec l'installation radar de la base de Meiringen. Skyguide y opère sur mandat des Forces aériennes.

Influence de l'erreur

La justice militaire devra désormais déterminer la raison de l'erreur de transmission d'altitude et son influence sur l'accident. Elle veut aussi connaître le lien entre la réaction du pilote et le crash.

A la question de savoir si l'altitude donnée par le contrôleur aurait été correcte si l'avion avait poursuivi son vol dans la direction opposée, les juges militaires ont répondu par l'affirmative. Tout en refusant de se livrer à des suppositions.

Contact perdu

Selon les résultats intermédiaires de l'enquête, quelques minutes après le décollage de la patrouille des deux F/A 18 depuis la base de Meiringen, le second pilote, un Vaudois de 27 ans encore en formation, a perdu le contact radar avec son leader, pour une raison encore inconnue. Les deux avions volaient en direction de l'est et se suivaient à environ 15 secondes.

Le pilote a alors demandé au contrôleur de Skyguide de lui indiquer l'altitude de franchissement à laquelle il pouvait poursuivre son vol. «Il a ainsi respecté les règles en vigueur dans le cas d'une rupture par contact radar», selon la justice militaire.

1300 mètres de moins

Le contrôleur aérien a indiqué au pilote une altitude de 10'000 pieds (3050 mètres environ), au lieu des 14'300 pieds (4360 mètres) prévus pour cet espace aérien. Il a transmis dans la foulée le guidage de l'avion au service de sécurité aérienne à Dübendorf (ZH), raison pour laquelle le pilote a réglé sa fréquence radio sur ce dernier. Il n'y a ensuite plus eu de contact entre l'avion et sa base de Meiringen.

C'est peu après que le contact radio a été perdu, après encore un contact avéré entre Dübendorf et le pilote.

Impossible de savoir pour l'instant si le pilote s'est rendu compte de l'erreur d'altitude qui lui a été communiquée par Meiringen, ou s'il a tenté une manoeuvre d'évitement, ont indiqué les juges. Le siège éjectable ne semble en tout cas pas avoir été actionné.

Pas de boîtes noires

Les boîtes noires n'ayant pas encore été retrouvées, certaines analyses techniques ne peuvent donc pas être réalisées pour l'heure. Des équipes d'experts de montagne sont toujours sur place pour récolter des débris de l'avion, mais ils sont tributaires de la météo.

Les interrogatoires vont aussi se poursuivre. Jusqu'ici, 11 personnes ont été interrogées. D'autres pourraient suivre. La formation du pilote et du contrôleur aérien est passée au crible. Des expertises techniques et médico-légales sont également prévues. Il ne faut pas s'attendre à une issue avant la fin de l'année, a toutefois prévenu la justice militaire.

L'accident fatal au pilote militaire de carrière de 27 ans est survenu dans l'après-midi du lundi 29 août. Le monoplace a décollé de la base aérienne de Meiringen à 16h01, pour un vol d'entraînement. A 16h05, la centrale d'engagement a perdu le contact.

Les débris de l'appareil ont été repérés depuis les airs le lendemain mardi dans la région du Hinter-Tierberg, un sommet à cheval sur les cantons de Berne et d'Uri. Le corps de la victime a été découvert deux jours après l'accident parmi les décombres.

Sympathie

Le Grand Conseil vaudois a adressé mardi toute sa sympathie à la famille du pilote vaudois. Le drame a touché un membre du Parlement qui a perdu son beau-fils dans l'accident.

Créé: 06.09.2016, 15h02

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