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Manifestation Les «Salopes» débarquent à Genève

La première marche des «Salopes» arrive en Suisse. Ce rassemblement survient en pleine recrudescence mondiale des revendications des femmes et des féministes.

Apparue au Canada, la «Slut Walk» a essaimé à travers le monde, comme ici à Paris en octobre 2011.

Apparue au Canada, la «Slut Walk» a essaimé à travers le monde, comme ici à Paris en octobre 2011. Image: Thomas PADILLA / MAXPPP

Les «Salopes» vont-elles trop loin?

LES REVENDICATIONS DES «SALOPES»

1 Modifier le Code pénal

2 Financer des études sur les violences sexuelles

3 Former la police pour le recueil des plaintes

4 Faire de la prévention auprès des agresseurs potentiels

5 Parler des violences sexuelles en cours d’éducation sexuelle ou civique

Les «Salopes» frappent où ça fait mal

Le viol est inexcusable. Sous toutes ses formes, de toutes les manières et pour n’importe qui. Les victimes de ces abus abjects ne devraient jamais être tenues pour responsables du crime qu’elles ont subi. Ce n’est malheureusement pas le cas. Avec provocation, la première marche des «Salopes» de Suisse qui aura lieu demain à Genève est là pour nous le rappeler.

Leur message est simple et direct: «Ne nous dites pas comment nous comporter, dites-leur de ne pas violer!» Leurs revendications sont frappées au coin du bon sens: faire changer la culpabilité de camp, revoir les lois ou encore former correctement les policiers. Mais, surtout, elles veulent que «ces agressions sexuelles deviennent une question collective, sociale et politique et non plus individuelle et privée».

La législation suisse date d’un autre temps. Le viol y est encore décrit comme «un acte sexuel subi par une personne de sexe féminin». Pas un mot sur les agressions à l’encontre des hommes. Rien non plus sur les autres types de pénétration. Les lois sont archaïques. Heureusement que des organisations comme celle des «Salopes» se mettent à frapper là où cela fait mal pour que les choses évoluent.

Trop souvent, les victimes sont pointées du doigt. Comme si un habit ou un comportement pouvait expliquer quoi que ce soit. En plus d’avoir été sali(e), il faut affronter le regard des autres. Une deuxième agression tout aussi insupportable que celle de la chair. Le coupable ne peut être personne d’autre que le bourreau. Dans un monde où règne la loi du silence, il n’y a rien de tel qu’un cri pour réveiller les consciences.

Philippe Messeiller, Rédacteur en chef adjoint

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Porter une minijupe et des talons hauts n’est pas un appel au viol. Tel est en substance le message de la «Slut Walk» (marche des «Salopes») qui arrive en Suisse après être passée par les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne. Demain à Genève, les organisateurs de Slutwalk Suisse espèrent pouvoir compter sur des centaines de participants. Après s’être retrouvés quai des Forces-Motrices, les manifestants auront droit à un spectacle de burlesque et, surtout, aux témoignages de «survivantes», comme le mouvement appelle celles qui ont subi agression sexuelle ou viol.

La marche des «Salopes» est née à Toronto suite aux propos d’un policier, Michael Sanguinetti. Dans le cadre d’un colloque en janvier 2011, l’officier avait déclaré que «les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes si elles ne veulent pas être des victimes». Trois mois plus tard, 3000 personnes se réunissaient à Toronto pour protester avant que l’idée n’essaime à travers le monde et devienne, au dire de l’écrivaine féministe américaine Jessica Valenti, «le mouvement féministe le plus réussi des vingt dernières années».

«Elle l’a bien cherché»

Pour l’heure, le comité d’organisation suisse compte une quinzaine de personnes, parmi lesquelles la conseillère municipale genevoise Olga Baranova (PS). «Avec sa phrase, ce policier a montré comment on renverse le rapport entre victime et agresseur. Ce discours va dans le même sens que les «ce n’est pas si grave», «elle l’a bien cherché» ou «elle n’a même pas crié pour se défendre», s’insurge la jeune femme. Elle plaide notamment pour une meilleure prévention auprès des jeunes, agresseurs potentiels. «Il existe bien des cours d’éducation sexuelle sur Genève, mais ils restent très techniques. Or la prise de conscience est de la responsabilité de tous, des parents comme des enseignants.» Le terme de salope ne la gêne pas. «Flirter, s’habiller d’une manière qui attire l’attention n’est pas le problème, mais bien la manière dont c’est reçu.»

Sylvain Thévoz, conseiller municipal (PS/GE), sera de la marche. Il voit dans les récents drames familiaux le signe d’une violence exercée par la pression économique, qui éclate dans le cadre familial. «Par ailleurs, notre société bombardée d’images à la limite de la pornographie brouille le message. Il faut rappeler que l’autre n’est pas une paire de seins ou de fesses.»

Renouveau du féminisme?

Dépassé, le féminisme? Ou au contraire en plein renouveau? Il y a dix ans naissait, en banlieue française, le groupe Ni Putes Ni Soumises. Aujourd’hui, les «Slut Walks» partagent des revendications avec les Femen, ces jeunes Ukrainiennes qui défilent seins nus. Et une jeune Belge a récemment déclenché un torrent de témoignages après avoir filmé en cachette les réactions machistes à son passage.

La jeunesse des participants de samedi réjouit Maria Roth-Bernasconi. «La nouvelle génération se rend compte que non, tout n’est pas encore acquis, qu’elle doit encore lutter. Les femmes doivent se battre, pas seulement pour avancer dans leur carrière ou pour concilier travail et famille, mais bien dans le cadre de la société toute entière.» La conseillère nationale genevoise voit aussi dans ces mouvements une réaction à la montée du fondamentalisme religieux. «Voyez cette jeune femme accusée d’atteinte à la pudeur en Tunisie après avoir été violée par des policiers et les protestations que cela engendre. Elles ont raison de dire que c’est inacceptable.» A contrario, cette multiplication des revendications ne risque-t-elle pas de lasser l’opinion? Olga Baranova balaie la question. «Nous n’arriverons jamais à une unanimité totale là-dessus. Ce n’est pas une raison pour garder le silence. De même, ce n’est pas parce que la situation en Suisse est meilleure qu’ailleurs que cela rend les inégalités et les violences plus acceptables. Il y a encore tant de femmes qui se refusent à porter plainte ou à témoigner lorsqu’elles ont subi une agression sexuelle. Et une victime, quelle qu’elle soit, est toujours une victime de trop.» (Le Matin)

Créé: 05.10.2012, 07h27

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