Mardi 11 décembre 2018 | Dernière mise à jour 20:41

Alpages Canicule: les vaches suisses en souffrance

La chaleur assèche les pâturages et contraint certains éleveurs à envoyer leurs bêtes à l'abattoir. Reportage.

Journaliste: Laura Juliano Image/Montage: Yann Bernard

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Pâturages brûlés, cours d'eau asséchés, Jean-Louis Roch et ses 42 vaches ont connu des jours meilleurs. Pour produire ses 7000 kg de gruyère et 900 kg de vacherin, cet éleveur fribourgeois va devoir faire des sacrifices. «Cette année est la pire, déplore-t-il. Il a plu un peu, mais le problème, c'est le vent qui vient tout essuyer après. C'est presque pire que le soleil.»

Peu habitué à voir le mercure stagner à 30 degrés dans son alpage d'Albeuve (FR) situé à 1300 mètres, Jean-Louis Roch est bientôt à court de fourrage. «On en a encore pour quelques jours mais si ça continue, on va devoir entamer nos réserves d'hiver.»

De vache à lait à vache à viande

Antony Liechti, éleveur à Bellelay, dans le Jura bernois, a déjà franchi ce cap. Normalement pour compenser les pertes, il se serait approvisionné en Suisse, en France ou en Allemagne. Mais cette année, tous les fournisseurs endurent la même galère. «Pour l'instant, ils ne veulent pas lâcher leurs provisions! Si nous ne trouvons pas d'alternative, nous allons devoir envoyer trois ou quatre bêtes à l'abattoir», regrette-t-il.

À l'image du paysan St-Gallois qui annonçait hier devoir abattre ses vaches assoiffées, Antony Liechti insiste: ce n'est pas un choix. Mais une nécessité. «On fait du mieux qu'on peut avec ce qu'on a.» Pour le fromager fribourgeois, la perspective est un peu différente. «De toute façon, des vaches on doit en tuer chaque année, lorsqu'elles ont un problème pour faire du lait. La canicule risque d'accélérer ce processus.»

Pourquoi ne pas les revendre à un autre éleveur plutôt que de les envoyer à l'abattoir? «D'abord, parce que le marché est saturé et ensuite parce qu'avec le temps qu'il fait, tout le monde est embêté et n'achète pas forcément des vaches maintenant», explique Jean-Louis Roch.

L'herbe, plus verte chez le voisin

Pour une fois, l'expression est à prendre au sens propre. Certains alpages de la région ont échappé au pire. «Ça se joue à pas grand chose, affirme Antony Liechti. C'est très local. Il y en a qui ont bénéficié d'un petit orage. Nous, nous avons eu moins de chance.»

L'accès à l'eau est aussi un point clé pour assurer la survie des vaches qui doivent boire entre 100 et 200 litres par jour en période de canicule. «Moi j'ai de la chance, j'ai les sources qui donnent encore un peu, soupire Jean-Louis Roch. Mais j'ai des voisins plus haut qui n'ont plus rien. Ils sont obligés d'en ramener en véhicule depuis le bas.»

Pas prêt de chiffrer l'impact sur sa production, le fromager se veut malgré tout optimiste et croise les doigts pour que le vent tourne. Littéralement. (Le Matin)

Créé: 03.08.2018, 18h04

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